Politique

Face Ă  Trump, Bayrou virulent, Macron en diplomatie

  • PubliĂ© le 7 mars 2025 Ă  23:33
  • ActualisĂ© le 8 mars 2025 Ă  07:32
Le ton offensif de François Bayrou vis-à-vis de Donald Trump contraste avec celui plus modéré d'Emmanuel Macron

Deux partitions françaises vis-à-vis de Donald Trump ou chacun dans son rÎle ? Le ton offensif de François Bayrou contraste avec celui plus modéré d'Emmanuel Macron, qui négocie tous azimuts sur l'Ukraine pendant que son Premier ministre prépare l'opinion à un budget trÚs ardu, orienté défense.

Dans son allocution télévisée mercredi soir, le chef de l'Etat a visé nommément son homologue russe Vladimir Poutine mais n'a pas cité Donald Trump. Et s'il a alerté sur la "menace russe", il ne s'est pas attardé sur les risques créés par une administration américaine en plein rapprochement avec Moscou.

Jeudi soir, Ă  l'issue d'un sommet extraordinaire de l'Union europĂ©enne Ă  Bruxelles sur la dĂ©fense et l'Ukraine, Emmanuel Macron a mĂȘme assurĂ© que la France Ă©tait un "alliĂ© loyal et fidĂšle" de Washington, et qu'elle avait "respect et amitiĂ©" pour Donald Trump - une maniĂšre aussi de "rĂ©clamer la mĂȘme chose" en retour.

Son Premier ministre s'est lui montré beaucoup plus pugnace, devant le Parlement puis vendredi sur Europe 1 et CNews, en accusant le milliardaire républicain d'opérer un "renversement des alliances".

Sans aller jusqu'à le qualifier d'ennemi, François Bayrou lui a "donné tort" de "renverser les lois qui faisaient que nous vivions en paix" et de "faire de ses alliés des adversaires et des ennemis".

Il s'est aussi demandé si on pouvait encore qualifier le président américain d'allié, dÚs lors qu'il a décidé "de passer dans le camp" des "adversaires" de l'Europe, en provoquant une "destruction de l'ordre international".

- "Plus mollo" -

Chacun joue sa partition naturelle, plus diplomatique pour le chef de l'Etat, plus tournée vers l'opinion française pour le Premier ministre.

"La parole qui fait foi sur l'international c'est celle du président", rappelle l'entourage d'Emmanuel Macron.

Pour l'ElysĂ©e, la prioritĂ© est de mettre en accusation la Russie, rĂ©elle "menace existentielle" pour les EuropĂ©ens Ă  ses yeux, tandis que les États-Unis, eux, "n'attaquent pas la France" malgrĂ© les bouleversements gĂ©opolitiques en cours.

Surtout, Emmanuel Macron doit garder le contact et l’oreille de Donald Trump pour arracher une place Ă  la table des nĂ©gociations entre le prĂ©sident amĂ©ricain et Vladimir Poutine, et un accord de paix "durable" que les EuropĂ©ens et l'Ukraine veulent assorti de solides "garanties de sĂ©curitĂ©".

AprÚs le sommet extraordinaire de l'Union européenne sur la défense et l'Ukraine, le président français a encore téléphoné à son homologue américain.

Le chef de l'Etat "a une obligation d’y aller plus mollo parce c'est son domaine rĂ©servĂ©", explique l'entourage de François Bayrou, qui dĂ©fend une relation de "co-responsabilitĂ©" avec le prĂ©sident dont il respecte les prĂ©rogatives sur la politique Ă©trangĂšre et la dĂ©fense.

"Un certain nombre de gens aimeraient qu'il y ait une querelle, une guerre" au sommet de l'État, mais "c'est impossible (...) parce que la situation du pays est trop grave", a assurĂ© le chef du gouvernement vendredi.

- "Bad cop" -

Le Premier ministre joue au "bad cop", le rÎle du méchant, pour "établir un rapport de force", avance le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet.

Il a aussi "besoin de maximiser" la menace géopolitique "pour faire passer l'agenda budgétaire, arriver à contenir le Rassemblement national et plus marginalement le Parti socialiste", ajoute-t-il.

Or, de l'aveu mĂȘme de François Bayrou, le prochain budget pour 2026 relĂšve de la "quadrature du cercle" car il devra intĂ©grer une hausse importante des dĂ©penses militaires tout en rĂ©duisant le dĂ©ficit public. Et sans augmenter les impĂŽts, a martelĂ© mercredi Emmanuel Macron.

Le chef du gouvernement veut "garder son Ă©quilibre politique" pour rester en place et "faire en sorte que l’Ukraine ne soit plus un sujet de discussion, afin qu'on soit tous embarquĂ©s contre nos adversaires", explique M. Moreau-Chevrolet.

La patronne du Rassemblement national Marine Le Pen, dont la base électorale est divisée sur Donald Trump, a jugé, elle, vendredi que "la premiÚre des menaces" pour la France n'était pas la Russie mais "le fondamentalisme islamiste", saluant un président américain qui "tient ses promesses".

 AFP

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