Face Ă  Trump, les Groenlandais tentent de rassurer leurs enfants

  • PubliĂ© le 25 janvier 2026 Ă  13:08
  • ActualisĂ© le 25 janvier 2026 Ă  14:18
Lykke Lynge et ses enfants dans un café de Nuuk, la capitale du Groenland, le 19 janvier 2026

"Mes enfants sont en sécurité avec moi": dans un café de Nuuk, la capitale groenlandaise, Lykke jette un regard attendri sur ses quatre fils et filles qui sirotent un chocolat chaud, en apparence insouciants des convulsions du monde.

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche l'an dernier et son ambition retrouvée de mettre la main sur le Groenland, la politique internationale s'est invitée dans les foyers de l'ßle arctique.

Rythmée par les déclarations plus ou moins menaçantes du président américain, la situation est devenue anxiogÚne, et chacun tente de rassurer ses enfants.

Juriste de 42 ans, Lykke Lynge s'en remet à sa foi chrétienne.

"Il y a beaucoup de troubles dans le monde", dit-elle. "Mais mĂȘme si on aime notre pays, on a des valeurs encore plus Ă©levĂ©es qui font que l'on arrive Ă  dormir et qu'on n'a pas peur", assure-t-elle.

Tout le monde n'a cependant pas la religion chevillée au corps.

DÚs le 27 janvier 2025, soit une semaine aprÚs l'investiture de Donald Trump, les autorités groenlandaises ont publié un guide intitulé "Comment parler aux enfants en période d'incertitude?"

"Quand quelqu'un dit qu'il va venir prendre notre pays ou qu'il va nous bombarder, évidemment les enfants ont trÚs peur, parce qu'ils ne peuvent pas, seuls, s'y retrouver dans tout ce flot d'informations", explique Tina Dam, cheffe de programme à l'Unicef sur le territoire autonome danois.

Ce guide - auquel l'agence onusienne a contribuĂ© - recommande aux parents d'ĂȘtre calmes et ouverts, d'Ă©couter les enfants et d'ĂȘtre sensibles Ă  leur ressenti, ou encore de limiter leur consommation d'actualitĂ©.

Comme ailleurs dans le monde, les réseaux sociaux, en particulier TikTok, sont devenus la principale source d'information chez les jeunes.

"Aujourd'hui, les enfants ont accÚs à de nombreuses informations qui ne leur sont pas destinées et qui ne sont clairement pas adaptées à leur ùge", souligne Tina Dam.

"C'est pourquoi, en tant qu'adultes, nous devons en ĂȘtre conscients, protĂ©ger nos enfants et ĂȘtre capables de parler avec eux de ce qu'ils entendent, car la rhĂ©torique est plutĂŽt agressive", dit-elle.

- "Cher Donald Trump" -

Mais comment rassurer les enfants quand on n'a pas soi-mĂȘme la rĂ©ponse Ă  de nombreuses questions? Consultante de 41 ans, Arnakkuluk Jo Kleist dit beaucoup parler Ă  Manumina, sa fille de 13 ans, abreuvĂ©e elle aussi de vidĂ©os TikTok mais qui "ne semble heureusement pas aussi anxieuse que nous".

"Il lui arrive de poser des questions sur ce qui pourrait arriver, auxquelles je ne sais pas quoi répondre. Parce qu'en réalité, personne n'a encore de réponse", confie-t-elle.

L'hĂ©ritage inuit, trĂšs prĂ©sent dans ce territoire arctique extrĂȘme, contribue probablement aussi Ă  contenir l'angoisse.

MĂȘme si les inquiĂ©tudes sont rĂ©elles parmi les 57.000 habitants de l'Ăźle, jamais ils ne semblent avoir cĂ©dĂ© Ă  un sentiment de panique, y compris quand une opĂ©ration militaire semblait encore d'actualitĂ©.

"Nous avons une histoire et des rĂ©alitĂ©s dans notre pays oĂč (...) nous sommes habituĂ©s Ă  nous retrouver dans des situations qui Ă©chappent Ă  notre contrĂŽle", affirme Arnakkuluk Jo Kleist. "On essaie de s'y adapter et de se dire: bon, qu'est-ce que je peux faire dans cette situation ?"

Les réseaux sociaux ne fonctionnent pas à sens unique. Certains enfants et adolescents groenlandais s'en servent aussi pour s'adresser au monde et faire passer leur message.

Marley, 7 ans, et sa sƓur Mila, 14 ans, sont ainsi Ă  l'origine d'une , Ă  la fois sĂ©rieuse sur le fond et lĂ©gĂšre sur la forme, vue plus de deux millions de fois sur Instagram - soit l'Ă©quivalent de 35 fois la population groenlandaise.

Le petit bonhomme joufflu s'y adresse au président américain avec la touchante détermination que peuvent avoir les enfants de son ùge.
"Cher Donald Trump", lance-t-il entre deux mimiques, "j'ai un message pour vous: vous faites peur aux enfants groenlandais".

"C'est une façon de faire face", explique sa mÚre, Paninnguaq Heilmann-Sigurdsen, à l'AFP.

"C'est adapté aux enfants, mais aussi sérieux. Je pense que c'est une façon équilibrée de parler de faits graves tout en s'adressant à des enfants".


AFP

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