De nombreuses espÚces tuées

Filets anti-requins : des "mailles de la mort" pour protĂ©ger les Sud-Africains

  • PubliĂ© le 14 janvier 2021 Ă  07:14
Gary Snodgrass agite un leurre prÚs d'un requin, à Umkoaas, prÚs de Durban, en Afrique du Sud, le 10 décembre 2020

"Ce sont les mailles de la mort". Sur son zodiac au large des cÎtes touristiques sud-africaines, Walter Bernardis, pionnier des plongées avec les requins, tire sur un filet anti-prédateur censé protéger les baigneurs de leurs attaques.

Ressemblant Ă  de banals filets de pĂȘche de 200 mĂštres de long sur 6 mĂštres ancrĂ©s face aux plages les plus frĂ©quentĂ©es de l'Est du pays, ces dispositifs, pour protĂ©ger l'homme, tuent indiffĂ©remment requins, dauphins, tortues, baleines ou dugongs, dĂ©noncent leurs dĂ©tracteurs. "Tout ce qui passe la tĂȘte dedans va mourir: c'est comme ça que fonctionnent les filets", rĂ©sume Walter, qui a dĂ©sertĂ© les salles de classe aprĂšs 20 ans d'enseignement pour conduire des touristes Ă  la rencontre de ces poissons qui traĂźnent une si mauvaise rĂ©putation.

Dans les années 1950 en Afrique du Sud, une série d'attaques mortelles a fait déserter les plages de la province du Kwazulu-Natal, donnant des sueurs froides à une industrie du tourisme bien huilée sur tout le front de mer. La province attire chaque année plus de 6 millions de visiteurs. L'imagerie collective, renforcée par des films tels que les Dents de la mer sorti en 1975, a ensuite contribué à installer durablement l'image du requin mangeur d'hommes.

Aujourd'hui, sur plus de 300 km de cÎtes étendues au nord et au sud de Durban, pas moins de 37 plages sont équipées de ces filets anti-requin controversés. Et sans les restrictions liées à la pandémie de Covid-19, en cette période d'été austral et de grandes vacances, ces plages seraient noires de monde.

- "On en croise si rarement" -

De fait, aucune attaque mortelle dans une des zones désormais protégées n'est à déplorer depuis 67 ans. Une sécurité qui a un prix: chaque année, au moins 400 requins meurent tués par les dispositifs anti-prédateurs, reconnaßt le comité requins, l'organisation qui gÚre ces systÚmes dans la région.

Parmi eux, une cinquantaine sont issus d'espÚces menacées, comme les grands requins blancs et les requins marteaux. "Avant on appelait ça +plongée avec les requins tigre+", raconte Gary Snodgrass, un autre professionnel qui emmÚne les touristes nager avec eux. Mais ces derniÚres années, "on en croise si rarement" que le nom a dû changer.

En 2019, 690 animaux ont Ă©tĂ© capturĂ©s dans ces filets anti-prĂ©dateurs. "Beaucoup ont Ă©tĂ© relĂąchĂ©s en vie", assure Matt Dickens, le directeur scientifique du comitĂ© requins. "Et ça reprĂ©sente moins de 10% du nombre d'animaux capturĂ©s par le secteur de la pĂȘche". DĂ©jĂ  victimes de la destruction de leur habitat, les requins sont aussi menacĂ©s par la surpĂȘche et le commerce juteux de leurs ailerons.

- Une centaine d'attaques en 2019 -

Huit espÚces sur les quelque 400 répertoriées sont désormais protégées par la Convention internationale sur le commerce d'espÚces sauvages menacées d'extinction (Cites). Mais la terreur qu'ils génÚrent éclipse souvent leur déclin. TrÚs médiatisées, les attaques de requins sont pourtant trÚs rares: une centaine ont été confirmées dans le monde en 2019, selon l'Université de Floride qui les répertorie.

Leur disparition entraßnerait par ailleurs un déséquilibre dans l'écosystÚme marin, soulignent militants environnementaux et scientifiques. Ces superprédateurs jouent un rÎle majeur dans la régulation de la population des fonds marins.

Pour Jean Harris, directrice de l'ONG sud-africaine Wild Oceans, c'est "l'Ă©tat d'esprit des gens" qui doit changer. Car "ces filets n'empĂȘchent pas les gros requins de s'approcher des plages". De fait, rien n'empĂȘche les prĂ©dateurs de passer en-dessous ou Ă  cĂŽtĂ© de ces filets. Selon les plongeurs professionnels, beaucoup sont mĂȘme pris dans les mailles au retour, lorsqu'ils quittent la zone de baignade. En tout, seules cinq espĂšces de requin, sur les plus de 400 recensĂ©es, sont rĂ©putĂ©es dangereuses pour l'homme, requin-bouledogue et requin-tigre en tĂȘte.

AFP

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