François Fillon, candidat de la droite à la présidentielle, a appelé lundi à Berlin à "un sursaut" de l'Europe "menacée de disparition" dans un contexte de repli des Etats-Unis, tout en assumant ses divergences avec l'Allemagne notamment sur la question des réfugiés.
L'ancien Premier ministre effectuait dans la capitale allemande, oĂč il a rencontrĂ© notamment la chanceliĂšre Angela Merkel, son premier dĂ©placement Ă l'Ă©tranger depuis qu'il a Ă©tĂ© dĂ©signĂ© candidat de la droite.
Si son programme de réforme économique, avec la baisse des dépenses de l'Etat, plaßt à Berlin, son positionnement conciliant à l'égard de la Russie ou certains de ses projets concernant l'avenir de l'Europe suscitent interrogations ou inquiétudes en Allemagne.
Faire à Berlin son premier déplacement de campagne hors de France, "de la part de quelqu'un qui a voté non à Maastricht, c'est un geste politique fort", a commenté Bruno Le Maire, chargé des affaires européennes et internationales.
Malgré les divergences, "il n'y a pas d'autre option qu'une entente franco-allemande trÚs forte", a dit M. Fillon au sortir de son entretien avec Angela Merkel, soulignant que la chanceliÚre partageait cette opinion.
- "Europe en crise" -
"Je suis venu lui dire que l'Europe est aujourd'hui en crise, qu'elle est menacée par la politique américaine, par la Russie, la Chine, et qu'elle a besoin de retrouver un vrai projet pragmatique construit sur des bases intergouvernementales", a-t-il expliqué.
M. Fillon a également martelé ce message dans un discours à Berlin devant une fondation proche du parti conservateur de la chanceliÚre.
"L?Europe devrait dĂ©cupler notre puissance, aujourd?hui elle la rĂ©duit. Elle devrait dĂ©cider, elle hĂ©site. Elle devrait simplifier, elle complique", a jugĂ© M. Fillon. "A force de tergiversation nous ne savons plus oĂč nous voulons aller ni ce que nous voulons construire ensemble, notre faiblesse nous disloque", a-t-il dit, tirant ainsi "le signal d'alarme" et appelant Ă "un sursaut europĂ©en".
Outre la chanceliĂšre, il a rencontrĂ© le ministre des Finances, Wolfgang SchaĂŒble et la ministre de la DĂ©fense, Ursula von der Leyen.
M. Fillon a appelé à "assumer les différences" entre son programme et la politique menée à Berlin: "Nous avons des différences ? Assumons-les au lieu de les nier", a-t-il plaidé, afin de "trouver une place entre les Etats-Unis de Donald Trump, la Russie de Vladimir Poutine et la Chine de Xi Jinping".
La discorde est notable sur la politique migratoire. L'ancien Premier ministre a prévenu que "la France ne peut pas accepter plus de réfugiés", alors que la chanceliÚre réclame davantage de solidarité de ses partenaires européens via un systÚme de quotas d'accueil de demandeurs d'asile.
- la Russie "partenaire majeur" -
François Fillon a sur le plan diplomatique estimé que la Russie avait vocation à devenir "un partenaire majeur des nations européennes". Mme Merkel plaide elle pour la fermeté à l'égard de Moscou et le maintien des sanctions au sujet de l'Ukraine.
"Plus on isole la Russie, plus elle use de sa puissance de façon unilatérale et plus elle bascule vers l?Asie", a argumenté M. Fillon.
Le candidat et la chanceliÚre se retrouvent en revanche davantage sur le renforcement de l'Europe de la Défense. M. Fillon a plaidé pour "mettre en commun des moyens, bùtir une industrie européenne et créer un fonds qui mutualise et finance les dépenses d?intervention extérieure".
Sujet aussi plus consensuel: le programme Ă©conomique du candidat de la droite. M. Fillon l'a lui-mĂȘme qualifiĂ© de "radical", avec plus de 100 milliards de rĂ©ductions dans les dĂ©penses publiques et 500.000 fonctionnaires en moins.
NĂ©anmoins, l'Ă©quilibre des finances publiques ne sera atteint qu'en 2022 selon ses projections. "Mon objectif est de corriger cela et d?ĂȘtre aussi proches que possible de 3% en 2018 avec un objectif de zĂ©ro dĂ©ficit en 2022", a-t-il rappelĂ©.
AFP

