AprÚs le succÚs de Jean Rochefort sur Youtube avec "Madame Bovary", le comédien "rapplique" sur France 5 chaque jeudi soir pour conter une histoire de "Boloss", comme celle du "p'tit keum" de Saint-Ex dans le désert qui dit: "Dessine-moi un mouton, gros !".
On reconnaĂźtra peut-ĂȘtre "Le Petit Prince" d'Antoine de Saint ExupĂ©ry, dans cette version tirĂ©e des "Boloss des Belles Lettres" (Ed. J'ai lu) de Quentin Leclerc, 24 ans, et Michel Pimpant, 38 ans, et reprise par l'acteur moustachu de 85 ans.
Le "bogoss" qui s'est "crashé" dans le Sahara "essaye de faire son MacGyver avec trois allumettes et un rouleau de PQ pour réparer sa carlingue, mais ça marche pas du tout!", raconte avec le plus grand sérieux Jean Rochefort, qui donne rendez-vous chaque jeudi à 20H35 pour une de ces brÚves histoires de "Boloss" (nuls).
"RomĂ©o & Juliette" de William Shakespeare, "L'OdyssĂ©e" d'HomĂšre, "Le PĂšre Goriot" de HonorĂ© de Balzac, "Le Parfum" de Patrick SĂŒskind, "Les Liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© enregistrĂ©s, selon Quentin Leclerc et Michel Pimpant, et cinquante autres devraient suivre, toujours avec le comĂ©dien.
Les "Boloss des Belles Lettres" ont d'abord été "un délire potache de littérature" développé sur Twitter par ces ex-étudiants en Lettres modernes qui ne s'étaient jamais rencontrés mais se sont trouvé "des affinités" sur la Toile, ont-ils raconté à l'AFP.
"Quentin parlait des livres, citait beaucoup de ses lectures à la volée sur un coin de table virtuelle", se souvient son acolyte.
En septembre 2012, ils lancent leur blog, toujours à distance, Quentin habitant en Bretagne et Michel à Paris. "Nous n'étions que deux guignols sur internet à se marrer avec nos copains et des inconnus", confie Michel Pimpant. Quand un producteur les contacte.
Il leur propose une adaptation TV, mais sur la base d'"un contresens total": "il voulait filmer un +djeun+ des banlieues au pied d'une barre d'immeuble".
Les deux auteurs jugent totalement rĂ©ducteur de faire de leurs textes un programme de "djeuns" parce qu'il y a "plein de mots bizarres" dedans. Eux veulent "dĂ©fendre juste une certaine inventivitĂ©, un projet extrĂȘmement spontanĂ©" qui n'entre pas dans des cases.
- "Rochefort, objectif démesuré" -
Les deux "boloss" déclinent donc l'offre du producteur, mais cet épisode les fait "sortir de l'innocence".
Ils sélectionnent "le meilleur" de leur production de blogueurs, ajoutent des textes "inédits" et publient "Les Boloss des Belles Lettres" en 2013.
"Certaines personnes ont eu des rĂ©actions de rejet Ă©pidermique", note Quentin Leclerc. "Pourtant, ce ne sont que des rĂ©sumĂ©s, on ne touche mĂȘme pas le texte, c'est un simple exercice de style".
Eux mettent en avant "l'effet comique" produit par le "décloisonnement" de la grande littérature, de sa langue "élevée, noble, étanche" confrontée au langage quotidien, argotique du XXIe siÚcle.
Une autre producteur TV se présente alors avec un projet différent, une petite histoire lue par un acteur.
"Nous avions comme objectif démesuré d'avoir Jean Rochefort", ajoute Quentin Leclerc.
ContactĂ©, le comĂ©dien, emballĂ©, leur tĂ©lĂ©phone trois ou quatre jours aprĂšs en personne. "Notre idĂ©al se rĂ©alisait, on aurait peut-ĂȘtre fait un truc au rabais si on n'avait pas eu un tel acteur", souligne Michel Pimpant.
Ils se mettent aussitÎt au travail avec le comédien, qui a déjà joué ce genre de personnage guindé et loufoque dans "Un éléphant ça trompe énormément".
Avec lui, "on apporte des modifications, on travaille l'oralité et le rythme", expliquent les deux jeunes auteurs.
"Il a une vision que nous n'avons pas, il nous fait des propositions, toujours avec enthousiasme et bienveillance, il est trĂšs respectueux de ce que nous faisons".
Jean Rochefort se taille d'abord un franc succĂšs sur Youtube avec leur "Madame Bovary".
Ensuite, il a fallu convaincre une chaßne. "Ce fut un parcours du combattant parce que la littérature pose problÚme à la télé", confient les deux compÚres. "Mais nous avons prouvé que cela pouvait marcher avec nos deux millions de +vues+ sur Youtube de +Madame Bovary+, +la petite zouz campagnarde, pas dégueu+".
Par Laurence THOMANN - © 2016 AFP
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