Dans sa ville natale de Brilon, en Allemagne, le millionnaire et favori à la chancellerie Friedrich Merz s'efforce, verre de biÚre à la main, d'atténuer son image hautaine et de donner un élan populaire à sa campagne.
Dimanche, ce pilote et propriétaire d'un jet privé, a invité dans sa petite commune de l'ouest du pays le trÚs populaire chef des conservateurs bavarois Markus Söder pour un "petit déjeuner" avec biÚre, boudin blanc et bretzel, propre à plaire à son hÎte.
"Je m'en tiendrai au fait (...) que je suis ici chez moi, que je suis là et que je recherche le contact avec les gens tout autant qu'avec notre merveilleux environnement", a-t-il lancé devant un millier de partisans.
Une rare expression d'Ă©motion Ă©manant de ce dĂ©putĂ© de 69 ans, ancien rival malheureux d'Angela Merkel, Ă un moment oĂč son camp chrĂ©tien-dĂ©mocrate reste, certes, en tĂȘte des sondages mais stagne autour de 30%, Ă un mois des Ă©lections lĂ©gislatives anticipĂ©es du 23 fĂ©vrier.
Une rĂ©cente Ă©tude de l'Insa le voit mĂȘme descendre en dessous de cette barre symbolique, Ă 29%.
- "A nouveau fier de l'Allemagne" -
Ce catholique, mariĂ© depuis plus de 40 ans Ă une juriste et pĂšre de trois enfants, prĂȘche un retour aux valeurs traditionnelles et un durcissement sur l'immigration afin de contenir la montĂ©e de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD, extrĂȘme droite), en deuxiĂšme position des sondages.
Il s'est prononcé contre la parité entre femmes et hommes dans un gouvernement sous sa direction et son parti a dit vouloir annuler la loi du gouvernement d'Olaf Scholz visant à faciliter le changement de genre.
Mais il est "la réponse de la CDU au succÚs de l'AfD", qui séduit avec ses positions "anti-woke" et hostiles aux étrangers, analyse l'hebdomadaire Die Zeit.
Atlantiste convaincu, il s'est aussi engagĂ© Ă ouvrir "un nouveau chapitre" avec les Ătats-Unis de Donald Trump, tout en plaidant pour une "Europe unie" face au nouveau prĂ©sident amĂ©ricain.
L'un des slogans de campagne de la CDU - "une Allemagne dont nous pouvons de nouveau ĂȘtre fier" aprĂšs deux rĂ©cessions successives dans le pays - rappelle d'ailleurs celui de Trump visant Ă "rendre sa grandeur Ă l'AmĂ©rique".
Depuis qu'il a pris les rĂȘnes du parti conservateur en janvier 2022, Friedrich Merz, connu pour ses sautes d'humeur, a tentĂ© de gommer son image d'homme du passĂ©, animĂ© par une soif de revanche contre Angela Merkel.
Ecarté en 2002 par l'ex-chanceliÚre (2005-2021) du poste stratégique de président du groupe parlementaire, il s'était reconverti dans la finance en 2009, travaillant pour BlackRock, l'un des plus gros gestionnaires d'actifs au monde.
- Objectif: "compétitivité" -
Les sociaux-démocrates aiment pointer "l'inexpérience" de cet élu qui n'a assuré aucune fonction gouvernementale, enchaßnant les mandats au Bundestag allemand et au Parlement européen (1989-1994).
Une étude de l'institut Forsa de novembre révélait pourtant que 47% des sondés lui faisaient confiance pour relancer l'économie, contre 16% au social-démocrate Olaf Scholz.
"Chaque jour, chaque décision de mon futur gouvernement ne comportera qu'une seule question +est-ce bon pour la compétitivité de notre industrie?+ Nous devons rétablir la compétitivité de ce pays", a asséné mardi le conservateur lors du Forum économique de Davos en Suisse.
Les recettes de ce libéral: réduire les impÎts des entreprises et la bureaucratie et durcir les rÚgles de "l'allocation citoyenne", prestation versée aux chÎmeurs, afin de les contraindre à réintégrer le marché du travail.
En matiÚre de politique migratoire, il prÎne l'expulsion des demandeurs d'asile déboutés et des criminels, assortie d'une réduction des aides aux migrants.
Il a parfois usĂ© d'une rhĂ©torique similaire Ă celle de l'AfD, mĂȘme s'il exclut toute alliance avec ce parti, qualifiant notamment de "petits pachas" originaires de "l'espace arabe" les auteurs prĂ©sumĂ©s d'Ă©chauffourĂ©es Ă Berlin en 2022.
La mĂȘme annĂ©e, il avait accusĂ© les Ukrainiens venus se rĂ©fugier en Allemagne aprĂšs l'invasion russe, surtout des femmes et des enfants, de pratiquer un "tourisme social" pour empocher des allocations, avant de s'excuser.
Friedrich Merz n'en est pas moins l'un des plus fervents partisans déclarés de l'aide militaire à Kiev.
 AFP


