Hantavirus : ce que l'Argentine sait, et ne sait pas, de son expĂ©rience du virus

  • PubliĂ© le 15 mai 2026 Ă  18:19
  • ActualisĂ© le 16 mai 2026 Ă  05:47
Le biologiste Raul Gonzalez Ittig, professeur de gĂ©nĂ©tique des populations Ă  l’UniversitĂ© de CĂłrdoba, le 13 mai 2026 en Argentine

Endémique depuis des décennies dans certaines régions d'Argentine, l'hantavirus, y compris la souche "Andes" transmissible d'humain à humain qui s'est répandue à bord du navire de croisiÚre MV Hondius, a conféré aux scientifiques locaux une certain expertise de la maladie, sans lever toutes les inconnues.

L'Argentine comptabilise pour la campagne épidémiologique en cours (juin à juin) 102 cas d'hantavirus, aprÚs 57 cas en 2024-2025, 75 en 2023-2024, 65 en 2022-2023 et un pic à 126 en 2018-2019.

- Le rongeur et l'environnement

Le vecteur de la souche Andes est le "raton colilargo", rat à longue queue (oligoryzomys longicaudatus) par lequel la contagion peut survenir par contact avec les excréments, l'urine ou la salive, en général en environnement clos.

Le colilargo vit dans des zones boisĂ©es oĂč il se nourrit essentiellement de graines, de plantes et fruits, et est sensible aux variations de l'environnement.

Pour le biologiste Raul Gonzalez Ittig, professeur de gĂ©nĂ©tique des populations Ă  l’UniversitĂ© de CĂłrdoba, une hausse des cas en Argentine peut ĂȘtre liĂ©e Ă  une sĂ©quence climatique: aprĂšs deux ans secs, des pluies intenses associĂ©es au phĂ©nomĂšne El Niño ont favorisĂ© un "dĂ©veloppement accru de la vĂ©gĂ©tation et une plus grande disponibilitĂ© de nourriture pour les rongeurs".

Plus de rongeurs signifie "une probabilitĂ© plus Ă©levĂ©e qu’un travailleur rural soit infectĂ©", souligne le spĂ©cialiste auprĂšs de l'AFP.

Un contact rendu plus probable car "les humains ont commencĂ© Ă  occuper davantage de milieux oĂč vivaient les rongeurs", estime l'Ă©pidĂ©miologiste Rodrigo Bustamante, de l'hĂŽpital de Bariloche.

Et un seul rat suffit "Ă  commencer l'histoire" enclenchant un possible mĂ©canisme de tranmission d'humain Ă  humain, relĂšve l'infectiologue MarĂ­a Ester LĂĄzaro, auteure d’une thĂšse sur la souche Andes, rappelant des cas documentĂ©s de foyers meurtriers en 1996 et 2018.

- Pas de mutation -

Toutefois, la transmission interhumaine "n’est pas la rĂšgle, mais un Ă©vĂ©nement exceptionnel qui requiert un contact rapprochĂ©, moins d’un mĂštre pendant 30 minutes", souligne le Dr Bustamante.

Les scientifiques argentins, comme leurs pairs à l'étranger, écartent l'idée d'un mutation ayant favorisé la transmission interhumaine.

"Je pense que le virus a toujours eu cette propriété", indique le Dr Bustamante, selon qui "il n'y a pas eu une mutation ponctuelle".

"C’est un virus trĂšs stable, Ă  la difference du Covid-19 ou de la grippe", appuie Mme Lazaro. Les divers hantavirus ont accompagnĂ© "depuis des temps ancestraux avec leur rat hĂŽte, sans changer".

- Difficile à étudier -

L’un des dĂ©fis des scientifiques argentins avec l'hantavirus "c’est qu’il y a si peu de cas", explique Mme Lazaro. "Il faut beaucoup de temps pour avoir un nombre Ă  peine correct qui permette de tirer des conclusions."

M. Bustamante juge également "trÚs difficile de tirer des conclusions représentatives".

Une autre difficultĂ© rĂ©side dans l'Ă©volution clinique, avec des symptĂŽme d'abord anodins qui peuvent se dĂ©grader extrĂȘmement brutalement.

"En l'espace de quelques heures, le patient peut passer d’un Ă©tat semblable Ă  celui d'une grippe Ă  l'assistance respiratoire", dĂ©taille Mme Lazaro. "Comme un tsunami."

D'oĂč des difficultĂ©s "pour mener l’interrogatoire sur le parcours des patients, les endroits oĂč ils ont Ă©tĂ©, et pour des tests cliniques".

- Le cas de la Terre de Feu -

En Terre de Feu, d’oĂč a appareillĂ© le MV Hondius, existe un dĂ©bat pour savoir si un rongeur local, le colilargo de Patagonie (oligoryzomys magellanicus) est le mĂȘme ou une sous-espĂšce du oligoryzomys longicaudatus, officiellement absent de la province.

Selon Juan Petrina, directeur provincial des services d'épidémiologie, il "présente des différences morphologiques, d'alimentation".

Pour Guillermo DeFerrari, biologiste au Centre austral d'investigations scientifiques d'UshuaĂŻa, l'enjeu est de savoir si ce rongeur local est, ou non, un vecteur possible de la maladie.

Les tests Ă  ce jour sur des rongeurs en Terre de feu se sont avĂ©rĂ©s nĂ©gatifs pour l'hantavirus. Mais une mission imminente Ă  UshuaĂŻa de scientifiques de l’institut Malbran de Buenos Aires, rĂ©fĂ©rence nationale, visera Ă  actualiser ce point.

Du fait de la longue durée d'incubation, une infection a cependant pu se produire ailleurs que dans ce territoire du sud de l'Argentine.

AFP

guest
0 Commentaires