L'ex-magnat d'Hollywood Harvey Weinstein a été reconnu coupable lundi d'agression sexuelle et de viol, mais a évité une condamnation pour les accusations les plus graves, un verdict immédiatement salué comme "une nouvelle Úre" de justice par le mouvement #MeToo.
Harvey Weinstein, 67 ans, qui a été écroué et connaßtra sa peine le 11 mars, est désormais passible de 25 ans de prison et de quatre autres pour ces deux faits. Son avocate a annoncé qu'il fera appel. Le jury l'a disculpé de la circonstance aggravante de comportement "prédateur", qui aurait pu lui valoir la prison à vie.
Il s'agit de la premiÚre reconnaissance de culpabilité dans une affaire post-#MeToo, celle de l'acteur Bill Cosby résultant de poursuites entamées en 2015, avant que le mouvement anti-agressions sexuelles ne commence en octobre 2017. Ce verdict "change le cours de l'histoire" dans la lutte contre les violences sexuelles, a affirmé le procureur de Manhattan, Cyrus Vance, à la sortie du tribunal.
C'est le début "d'une nouvelle Úre de justice", a abondé la présidente du mouvement Time's Up, Tina Tchen, dans un communiqué. "C'est un verdict mitigé, un compromis", qui permet "aux deux parties de revendiquer une espÚce de victoire", a cependant analysé Bennett Gershman, professeur de droit à l'université Pace et ancien procureur. Harvey Weinstein a toujours démenti toute forme d'agression sexuelle, affirmant que toutes ses relations sexuelles étaient consenties.
Ce verdict de culpabilité partiel concrétise la chute de celui qui fit la pluie et le beau temps dans le monde du cinéma indépendant durant un quart de siÚcle. Le jury a mis cinq jours pour parvenir à une décision à l'unanimité sur certains chefs d'accusation, condition nécessaire pour prononcer un verdict. Les jurés devaient se déterminer sur le témoignage de trois femmes, parmi les plus de 80 qui ont accusé Harvey Weinstein de harcÚlement ou d'agression sexuelle.
Au final, le jury ne l'a jugé coupable que des deux chefs les moins graves, l'agression sexuelle de l'ancienne assistante de production Mimi Haleyi, en 2006, et le viol de l'aspirante actrice Jessica Mann, en 2013. Il a, en revanche, disculpé le producteur d'un chef de viol plus grave lié à Jessica Mann, et surtout de la circonstance aggravante de comportement "prédateur". Le jury a aussi jugé le co-fondateur du studio Miramax non coupable du viol de l'actrice Annabella Sciorra, durant l'hiver 1993. Ce viol présumé, bien que prescrit, pouvait seul déclencher la circonstance aggravante.
- "Un impact énorme" -
Tout au long du procÚs, la défense avait cherché à discréditer le récit des trois femmes. Les avocats d'Harvey Weinstein ont produit une série de courriers électroniques montrant que Mimi Haleyi et Jessica Mann avaient maintenu le contact, de leur propre initiative, avec l'accusé aprÚs les faits présumés.
Dans le cas de Jessica Mann, la victime prĂ©sumĂ©e a mĂȘme concĂ©dĂ© avoir eu des relations sexuelles sans opposition avec Harvey Weinstein jusqu'en 2016. "Ce n'Ă©tait pas une relation", avait martelĂ© la procureure Joan Illuzzi-Orbon. "Jessica Mann Ă©tait la poupĂ©e de chiffon d'Harvey Weinstein." Mimi Haleyi a elle racontĂ© avoir eu un rapport sexuel initiĂ© par l'accusĂ© deux semaines environ aprĂšs le viol prĂ©sumĂ©, sans manifester de rĂ©sistance.
Jessica Mann a dit avoir maintenu des relations avec l'ancien magnat du cinéma par "peur", tandis que Mimi Haleyi a expliqué qu'il s'agissait pour elle de maintenir une "relation professionnelle".
La dĂ©fense avait cherchĂ© Ă dĂ©peindre deux femmes opportunistes, prĂȘtes Ă se soumettre aux caprices du producteur, voire Ă ses pulsions sexuelles, pour tenter de mettre un pied Ă Hollywood. Les avocats d'Harvey Weinstein avaient aussi laissĂ© entendre que les deux plaignantes avaient tĂ©moignĂ© par intĂ©rĂȘt, pour augmenter leurs chances d'obtenir du producteur des dommages et intĂ©rĂȘts une fois celui-ci condamnĂ©.
"Elles ont sacrifié leur dignité, leur intimité, leur quiétude dans l'espoir de faire entendre leur voix" au procÚs, leur avait opposé la procureure. "Pour les femmes qui ont témoigné dans ce dossier et vécu un enfer traumatique, vous avez rendu un service public aux filles et femmes du monde entier", a tweeté lundi la comédienne Ashley Judd, qui affirme qu'Harvey Weinstein l'a harcelée sexuellement en 1997.
Ce verdict de culpabilité pourrait constituer un tournant pour le mouvement #MeToo, mais aussi pour la jurisprudence de ce type d'affaires, qui donnent trÚs rarement lieu à des condamnations. "Cela va avoir un impact énorme", a prédit Bennett Gershman, professeur de droit à l'université Pace de New York.
M. Weinstein doit encore répondre d'une autre inculpation pour deux agressions sexuelles à Los Angeles, annoncée début janvier.
AFP



