Henrik de Danemark, un aristocrate girondin épris de viticulture et de poésie, est décédé mardi soir à 83 ans sans avoir jamais coiffé la couronne royale aprÚs ses noces avec l'héritiÚre du trÎne danois, Margrethe.
NĂ© Henri Marie Jean AndrĂ© de Laborde de Monpezat, Henrik s'est Ă©teint Ă 23h18 entourĂ© de sa femme et de leurs deux fils, a annoncĂ© le palais royal mercredi. Henrik avait Ă©tĂ© rapatriĂ© fin janvier alors qu'il se trouvait en villĂ©giature en Egypte, et hospitalisĂ© au Rigshospitalet pour une infection pulmonaire avant d'ĂȘtre transfĂ©rĂ© vers le chĂąteau de Fredensborg pour "vivre ses derniers instants", selon un communiquĂ© publiĂ© mardi.
Le 9 février, son fils aßné Frederick, le prince héritier, avait interrompu son voyage en Corée du Sud dans le cadre des JO pour se rendre au chevet de son pÚre dont l'état de santé s'était dégradé.
- Un prince retraité -
En septembre, la maison royale danoise avait annoncé qu'il souffrait de "démence", dont la maladie d'Alzheimer est une forme fréquente. Le diagnostic précis n'avait pas été révélé. Depuis le 1er janvier 2016, Henrik était retraité, libéré de ces obligations officielles qu'il honorait diversement selon son humeur: il semblait parfois s'y ennuyer royalement mais boudait comme un enfant s'il n'était pas convié.
"Les controverses ont marqué son histoire au Danemark et sa relation avec la population danoise", selon sa biographe Stephanie Surrugue. En avril 2015, il s'était fait porter pùle lors des célébrations du 75e anniversaire de la reine, mais avait été perçu à Venise quelques jours aprÚs, s'attirant railleries et foudres de la presse à grand tirage.
Et l'Ă©tĂ© dernier, il avait publiquement fait savoir qu'il refusait d'ĂȘtre inhumĂ© avec sa femme dans la nĂ©cropole royale de la cathĂ©drale de Roskilde, comme le sont traditionnellement les couples royaux. N'ayant pas obtenu le titre et la fonction qu'il convoitait, il arguait qu'il n'Ă©tait pas son Ă©gal dans la vie et ne souhaitait pas l'ĂȘtre dans la mort. La maison royale n'a pas encore indiquĂ© oĂč il sera enterrĂ©.
NĂ© le 11 juin 1934 Ă Talence, prĂšs de Bordeaux (sud-ouest de la France), le jeune et fringant comte avait Ă©pousĂ© en juin 1967 Margrethe, couronnĂ©e en janvier 1972. Henri de Laborde de Monpezat passe ses premiĂšres annĂ©es en Indochine oĂč son pĂšre administre les plantations familiales. La guerre les chasse dĂ©finitivement du Vietnam, mĂȘme s'il reviendra passer son bac Ă HanoĂŻ.
AprĂšs des Ă©tudes de sciences politiques, de vietnamien et de chinois, il embrasse la carriĂšre diplomatique. C'est en poste, Ă Londres, qu'il rencontre Margrethe, alors hĂ©ritiĂšre de la couronne danoise. En l'Ă©pousant, il change de prĂ©nom, renonce Ă sa nationalitĂ© française pour devenir danois et abjure sa foi catholique pour le protestantisme. Surtout, il se rĂ©signe bon grĂ© mal grĂ© Ă mettre ses pas dans ceux de Margrethe que ses sujets adorent. "J'accepte de jouer le jeu. Mais c'est trĂšs dur pour un homme de ne pas ĂȘtre considĂ©rĂ© sur le mĂȘme plan que son Ă©pouse", admet-il dans ses mĂ©moires, "Destin oblige", publiĂ©s en 1997.
- Vin et Citroën -
D'autant plus dur que le "Français", amateur de rimes, de vins boisés et de bonne chÚre, incarnation de l'arrogance méridionale en terre luthérienne, met du temps avant de se faire accepter. "Tout ce que je faisais était critiqué. Mon danois était bancal. Je préférais le vin à la biÚre, les chaussettes en soie aux chaussettes en tricot, les Citroën aux Volvo, le tennis au football. J'étais différent".
Ce n'est qu'en 1984, douze ans aprÚs l'accession au trÎne de son épouse qu'il obtient son propre apanage, prélevé sur celui de la Reine. Quelques 13 ans plus tard, il remplace pour la premiÚre fois la souveraine, malade, lors d'une visite au Groenland. "J'étais en premiÚre ligne! Je n'étais plus l'ombre, le deuxiÚme, la silhouette, le clown, le toutou!", s'était-il amusé par la suite.
En 2002, nouveau drame: la reine Margrethe grippée demande au prince héritier, Frederick, de la remplacer pour la lecture des voeux. Ni une ni deux, le prince-consort quitte Copenhague furieux pour se réfugier dans sa propriété vinicole de Cayx (ou Caïx) dans le Lot. Henrik, également sculpteur, a publié plusieurs recueils de poésie, dont certains ont été illustrés par Margrethe, peintre et plasticienne respectée.
AFP


