Intempérie meurtriÚre

Il y a dix ans la tempĂȘte Xynthia faisait 59 morts, dont 47 en France

  • PubliĂ© le 22 fĂ©vrier 2020 Ă  00:06
  • ActualisĂ© le 22 fĂ©vrier 2020 Ă  06:13
La tempĂȘte Xynthia frappe le village de Ver-sur-Mer dans le Calvados le 28 fĂ©vrier 2010

Aucune intempĂ©rie n'a Ă©tĂ© aussi meurtriĂšre en France depuis cette fin fĂ©vrier 2010.La tempĂȘte Xynthia balayait la cĂŽte atlantique provoquant la mort de 47 personnes, dont 29 dans la seule commune vendĂ©enne de La Faute-sur-mer, et des dĂ©gĂąts considĂ©rables. Cette tempĂȘte, conjuguant vents violents et marĂ©es Ă  fort coefficient, a soufflĂ© sur l'Europe occidentale les 27 et 28 fĂ©vrier 2010, depuis l'Espagne jusqu'Ă  l'Allemagne. Le bilan s'Ă©lĂšvera Ă  59 morts. La France a payĂ© le plus lourd tribut avec 47 dĂ©cĂšs et d'importants dĂ©gĂąts en particulier en VendĂ©e et en Charente-Maritime, oĂč les digues n'ont pas suffi Ă  arrĂȘter la puissance des flots.

A la Faute-sur-Mer, ce 27 février, un "avis de coup de vent", fréquent en hiver, avait conduit Annette et François Anil à ne rien "laisser traßner dehors". Plus tard, dans la soirée, est diffusé un avis de "risque de submersion dans le sud Vendée". "Avec mon épouse, on s'est regardé et on a dit +c'est nous+", se souvient M. Anil, qui a vu l'eau envahir sa salle à manger quelques heures plus tard et a trouvé refuge sur le buffet.

Mais en pleine nuit, bien peu avaient Ă©tĂ© alertĂ©s et pris conscience du danger. L'eau est montĂ©e jusqu'Ă  2,80 mĂštres dans la "cuvette mortifĂšre" de La Faute-sur-Mer, oĂč une trentaine de personnes ont pĂ©ri. Dans ce secteur devenu inconstructible depuis, "les gens qui avaient un Ă©tage ont pu s'y rĂ©fugier, ceux qui n'en avaient pas sont morts", rĂ©sume Corinne Lepage, ancienne ministre et avocate qui a dĂ©fendu les victimes de Xynthia dans un marathon judiciaire achevĂ© Ă  l'automne 2019.

- L'urbanisme en question -

Immédiatement aprÚs la tragédie, des questions surgissent: celle de l'urbanisme et celle de l'entretien des digues. A la Faute-sur-Mer, il est décidé de raser 600 maisons, prÚs d'un tiers des habitations de la commune. "Depuis la Seconde guerre mondiale, il n'y a pas une ville en France qui a vu 30% de sa population disparaßtre, 30% de ses maisons disparaßtre", souligne Laurent Huger, premier adjoint au maire. Et "aprÚs la Seconde guerre mondiale, on a pu reconstruire, ce qui n'est pas le cas ici".

Dans le petit village de Charron, en Charente-maritime, oĂč une grand-mĂšre et ses deux petits-enfants avaient pĂ©ri noyĂ©s, ce sont 180 maisons qui seront dĂ©truites. Au total, les dĂ©gĂąts provoquĂ©s par Xynthia ont coĂ»tĂ© 1,5 milliard d'euros aux assurances (470.000 sinistres dĂ©clarĂ©s dans 28 dĂ©partements), tandis que le montant pour l'Etat des rachats de maisons en VendĂ©e et en Charente-Maritime avoisine les 300 millions d'euros.

Sur le terrain judiciaire, à l'issue là aussi d'une longue procédure, l'ancien maire de La Faute-sur-Mer, René Marratier, a lui été condamné à deux ans de prison avec sursis pour "homicides involontaires".

- Alerte vagues-submersion -

Depuis dix ans les choses ont beaucoup Ă©voluĂ©. Des mesures ont Ă©tĂ© prises pour durcir les Plans de prĂ©vention des risques d'inondation (PPRI) et, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les rĂšgles d'urbanisme ont Ă©tĂ© remises en cause. La ministre de la Transition Ă©cologique, Élisabeth Borne, qui a Ă©galement Ă©tĂ© prĂ©fĂšte de la rĂ©gion Poitou-Charentes (2013-14), vient ainsi d'annoncer le projet de "relocaliser" entre 5.000 et 50.000 habitations menacĂ©es par l'Ă©rosion maritime d'ici 2100.

Selon Corinne Lepage, "les Ă©lus ont pris la question du risque beaucoup plus au sĂ©rieux qu'ils ne l'avaient fait prĂ©cĂ©demment, oĂč finalement la question de la pression fonciĂšre avait tendance souvent Ă  l'emporter". "Aujourd'hui, quand il y a une inondation, un risque naturel de quelque nature que ce soit, on voit les Ă©lus au premier rang", note-t-elle.

Autre consĂ©quence de Xynthia, l'alerte "vagues-submersion" a Ă©tĂ© intĂ©grĂ©e en 2011 au dispositif de MĂ©tĂ©o-France. Bien que l'alerte rouge de MĂ©tĂ©o-France ait Ă©tĂ© dĂ©clenchĂ©e pour Xynthia, beaucoup avaient eu confiance dans les digues et certaines ont Ă©tĂ© dĂ©faillantes. Les rĂšgles concernant ces ouvrages et leur entretien ont donc aussi Ă©voluĂ©. Pour autant, selon Lionel Quillet, le "Monsieur digues" du Conseil dĂ©partemental de Charente-Maritime, "il faut arrĂȘter de monter des digues, ce sont les maisons qu'il va falloir monter, sur pilotis, flottantes ou que sais-je. Il faut arrĂȘter de vivre contre le risque, il faut vivre avec", plaide-t-il.

Laurent Roblet, un Vendéen, a retrouvé une maison en bord de mer aprÚs avoir été exproprié suite à Xynthia. "On est tellement habitué à vivre au bord de l'eau. La proximité de l'eau depuis qu'on est tout petit fait qu'on n'a pas spécialement peur", explique-t-il.

Le dimanche 1er mars, une commémoration est prévue à La-Faute-sur-mer, avec une marche silencieuse.

AFP

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