Épuisement, manque d'effectifs, problèmes matériels : face aux syndicats de pompiers qui dénoncent l'insuffisance de leurs moyens après la mort de trois d'entre eux en deux semaines, le ministre de l'Intérieur a assuré mercredi en Gironde, où deux professionnels ont péri mardi, que la France "fait face".
Dans une caserne de Bordeaux où il s'exprimait après avoir rencontré les familles endeuillées la veille, auxquelles il a proposé qu'un hommage national soit rendu aux victimes décédées aux abords de l'aéroport de Mérignac, Laurent Nuñez a balayé les critiques.
"Nous faisons face. Donc il y en a un peu assez de ces polémiques (...) Le +France bashing+, ça suffit, on est un pays qui sait aussi gérer des crises", a déclaré le ministre de l'Intérieur. La flotte aérienne "a été multipliée par deux depuis 2022", année d'incendies ravageurs dans le Sud-Ouest, et "95% des feux se combattent par des moyens terrestres", a-t-il ajouté.
Mais pour certains syndicats de la profession, "dire que tout va bien n'est pas une réalité".
Selon un document de la Sécurité civile consulté par l'AFP, 8 des 12 Canadair de la flotte étaient disponibles en date de mardi soir, tout comme 7 Dash sur 8, 2 Beechcraft sur 3 et 4 hélicoptères bombardiers d'eau sur 5.
Au sol, au 1er juillet, 541 nouveaux engins de secours avaient été livrés dans les Services départementaux d'incendie et de secours (Sdis), dont 365 camions-citernes feux de forêt. Mais "la perte de 1.000 engins entre 2004 et 2020 n'est pas compensée par la commande de 2022", estime Sébastien Delavoux (CGT).
Pour Guillaume Millet (CFDT), ce sont surtout les moyens humains qui manquent. "Quand on envoie une colonne de renfort d'une cinquantaine d'hommes, il en faudrait 100 pour respecter les repos de sécurité. Mais aujourd'hui, on ne fait qu'avec 50, donc les gens sont épuisés."
- "Surengagement" -
"La fatigue est un ennemi lors des feux de forêt, par l'intensité des missions et la durée des engagements", abonde Sébastien Delavoux. Les agents, "rincés", peuvent connaître "des pertes de lucidité", avec des risques d'intoxication réels, insiste-t-il.
David Saquet, président de l'Unsa Pompiers, explique aussi le "surengagement des personnels" par leur activité courante qui s'ajoute aux feux.
Le Secours et soins d'urgence aux personnes (SSUAP) représente 74% à 80% de l'activité opérationnelle totale des sapeurs-pompiers, soit plus de quatre millions de sorties dédiées aux détresses médicales et aux accidents de la vie quotidienne.
"La ressource n'est pas intarissable et les corps sont mis à rude épreuve, il y a de la fatigue physique, mentale", souligne le syndicaliste.
"On a des gardes de plusieurs jours, 24h sur 24, parce que les collègues sont en congés" et dans certains départements, des pompiers partis "en feu de forêt pendant plus d'une dizaine d'heures reviennent pour être réinjectés dans ces gardes. C'est anormal", affirme-t-il.
- Système qui "va exploser" -
Même constat pour Bruno Ménard, porte-parole national du syndicat des pompiers volontaires, qui représentent 80% des effectifs. Pour lui, "on arrive au bout d'un système qui va exploser".
"Certains sont lessivés, ils sont envoyés en renfort d'un département à l'autre, dorment sur des lits picots entre les camions dans un hangar. Voire, entre deux interventions, repartent travailler chez leur employeur", explique-t-il.
Le 8 juillet, un sapeur-pompier volontaire de 22 ans avait déjà péri alors qu'il luttait contre un feu en Savoie. Selon la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, toutes interventions confondues, six pompiers sont morts en 2025 et huit, à ce jour, en 2026.
Selon le ministre de l'Intérieur, plus de 12.500 départs de feu sont intervenus depuis le début de l'année et 44.000 hectares ont déjà brûlé, davantage qu'en 2022.
Dans le Var, les sapeurs-pompiers luttaient toujours mercredi contre un incendie qui a parcouru plus de 2.500 hectares. En Gironde, un feu d'une virulence "rare", selon le Sdis 33, a déjà parcouru 600 hectares et évolue défavorablement au nord du bassin d'Arcachon, plusieurs centaines d'habitants étant évacués d'un village de la forêt des Landes de Gascogne, déjà ravagée par les flammes en 2022.
Face à ces feux multiples, le parquet de Bordeaux a annoncé un durcissement des poursuites pénales contre l'emploi du feu en milieu forestier, en ciblant le jet de mégots. Après le drame de Mérignac, une enquête a été ouverte du chef d'incendie volontaire, sans "éléments de preuve définitifs" à ce stade selon le procureur, Renaud Gaudeul.
AFP
