"Il peut repartir à tout moment": malgré de premiers signes de stabilisation, les incendies qui font rage en France et en Espagne mobilisent toujours des centaines de pompiers, une catastrophe écologique et économique pour la région de Bordeaux.
Ces feux ont déjà contraint plus de 325.000 personnes à fuir, notamment près de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, où les flammes se situent à 15 km de l'agglomération, mais aussi dans plusieurs régions espagnoles où l'on déplore un mort dans la région de Valence, dans le sud-est de l'Espagne.
En Gironde, après plusieurs journées de progression ininterrompue, "la situation est restée globalement stable au cours de la nuit, sans évolution majeure à signaler", a indiqué lundi matin la préfecture. Colonies de vacances et camps scouts sont désormais suspendus dans le département, ainsi que les séjours adaptés aux personnes handicapées.
Le retour d'une fine pluie a offert un peu de répit aux pompiers. Jamais flaques d'eau et rosée du matin n'avaient autant fait plaisir à Saint Jean d'Illac, près de Bordeaux.
Météo-France prévoit cependant une nouvelle vague de chaleur sur le sud-ouest à partir de mardi avec des maximales jusqu'à 40°C et des vents un peu moins forts mais plus secs.
"Il s'est vraiment calmé cette nuit" mais "il peut repartir à tout moment", confie un pompier girondin, sous couvert d'anonymat.
"On a tourné partout pour protéger les maisons, mais on a rien trouvé, le feu n'est jamais arrivé", dit-il. Il était chargé de protéger les zones périurbaines "pour éviter que ça crame les habitations comme au Porge ou au Ferret", presqu'île touristique évacuée dès vendredi.
Dans l'enceinte d'un établissement scolaire, une quarantaine de camions de pompiers stationnent, à côté de citernes prêtés par des agriculteurs et des professionnels du bâtiment. Des dizaines de pompiers aux traits tirés et les yeux fatigués, petit-déjeunent dans le réfectoire.
La nuit a été intense aussi dans la région de Madrid. De premiers retours à domicile sont prévus lundi pour les évacués, "une fois les conditions de sécurité réunies", a annoncé le préfet de la région Francisco Martin Aguirre.
Dans un café situé à quelques kilomètres au nord du feu d'Avila, le plus important de l'histoire de l'Espagne, un pompier confie à l'AFP tôt lundi que lui et son équipe ont passé toute l'après-midi et toute la nuit depuis dimanche à essayer en vain d'éteindre les flammes.
Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols européens sont très secs depuis des mois, phénomène accentué par les canicules exceptionnelles qui ont traversé le continent en juin et en juillet et fait évaporer davantage d'eau.
Et les services de secours de la région de Madrid s'attendent dans la journée à "des rafales de vent pouvant atteindre 30 km/h (qui) compliqueront la tâche".
- Plus de 13.000 entreprise évacuées -
La région de Bordeaux réputée dans le monde entier pour son vignoble est aussi celle de France qui compte le plus de campings, 45 établissements ont été évacués, représentant environ 40.000 campeurs.
Sur les pourtours du bassin d'Arcachon, les pompiers ont fait face dans la nuit de samedi à dimanche à un "pyrocumulonimbus" appelé "orage de feu". Le brasier géant a englouti 240 habitations.
"J'incite les touristes à ne pas venir, ne pas rejoindre la Gironde", a appelé dimanche la préfète de Gironde Sophie Brocas dimanche, invitant "les touristes présents à envisager une autre destination" tandis que la solidarité locale s'organise depuis plusieurs jours.
"Il faut aider tous ceux qu'on peut aider pour sauver les habitants, sauver nos bois, nos villages et nos villes. C'est une petite aide dans cet océan de besoins", décrit Yannick Poulet, fonctionnaire territorial de 59 ans, au nombre des bénévoles.
Au Porge, entre la station balnéaire chic du Cap Ferret et Bordeaux, les images aériennes de l'AFP témoignent de la violence du feu : des rangées de maisons ravagées, des voitures carbonisées et des bâtiments entièrement détruits.
Non loin, le tissu d'industries de défense et de sites scientifiques autour de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, avec poudrerie, usine de missiles et centres de recherches, est désormais sous haute surveillance, exposé à l'incendie massif.
"Plus de 13.000 entreprises" ont été évacuées dans le seul département de la Gironde et "ne peuvent pas, évidemment, mener leur activité normale", a indiqué lundi le ministre de l'Economie Roland Lescure.
L'incendie perturbe également fortement les transports, une autoroute est fermée sur 60 kilomètres et le trafic ferroviaire interrompu.
- "Pacte national" espagnol -
En Espagne, le Premier ministre, Pedro Sanchez, doit se rendre lundi matin dans la zone sinistrée de Castellon, près de Valence où le feu a fait une première victime. Dimanche, il a renouvelé son appel à un "pacte" national contre les effets du changement climatique mondial mais qui touche l'Espagne au premier chef.
L'incendie d'Avila, près de Madrid, est le plus grand de l'histoire récente du pays (25.000 ha ravagés, 60.000 personnes évacuées).
Les autorités doivent communiquer "un horaire" pour "la réouverture du camping d'El Escorial qui avait entraîné l'évacuation de 4.500 personnes" et pour une maison de retraite à San Martín de Valdeiglesias, commune située à une cinquantaine de kilomètres de Madrid.
"Je ne savais pas quoi prendre. J'ai pensé que toute ma maison allait brûler", raconte Roberto Velasco, 84 ans, à l'AFP dans un centre d'évacuation improvisé dans un gymnase au nord de Madrid, après avoir fui son village, Navalagamella. Il a emporté une petite valise et un disque dur contenant des copies de vieilles lettres de familles et des souvenirs de ses ancêtres chiliens.
"Au début, je pensais que je prendrais un peu de musique et des livres", raconte-t-il, assis, l'air fatigué, sur un lit de camp, vêtu d'un T-shirt gris sale. "Mais je n'ai apporté que le disque dur et quelques vêtements. Je n'ai même pas pris une serviette".
AFP





INCENDIES : LA FAILLITE D'UN GOUVERNEMENT ET D'UN SYSTEME
Publié le 26/07/2026
En Gironde et dans les Landes, les pompiers peinent à contenir les deux incendies qui se sont déclarés mercredi et jeudi au nord du bassin d’Arcachon et vers Biscarosse. Dimanche, la préfecture avait fait évacuer plus de 200 000 personnes habitant l’ouest et le sud-ouest de l’agglomération bordelaise. Au Porge et dans les communes avoisinantes, vers Biscarosse, près de 200 habitations n’ont pas pu être sauvées des flammes. Des dizaines de pompiers sont blessés – deux sont morts mardi dans un autre incendie à proximité de l’aéroport de Mérignac - et depuis vendredi, la fumée recouvre, suivant les vents, l’agglomération bordelaise, rendant l’atmosphère difficilement respirable.
Le gouvernement, la préfecture parlent de feux « hors de contrôle » et de conditions météorologiques exceptionnelles. Mais si les deux feux sont devenus difficilement arrêtables, c’est bien parce que les pompiers n’ont pas eu les moyens de les éteindre lorsqu’ils ont démarré. Ils étaient d’une part en nombre bien insuffisant et d’autre part, jeudi et vendredi, seulement deux Canadairs, un Dash larguant des produits retardant et deux AirTractor capables de larguer de petits volumes d’eau étaient à l’œuvre. Or combattre de tels incendies, les Canadairs sont essentiels mais il en faut au moins quatre se relayant en permanence sur la zone visée pour arriver à un résultat. Avec seulement deux Canadairs, les pompiers ne peuvent qu’essayer de retarder la progression de l’incendie en humidifiant les abords.
Pour masquer sa faillite, le gouvernement a fait intervenir un Airbus A400M transformé en bombardier d’eau ou de retardant. C’est de l’affichage. Un tel avion a un temps de rotation beaucoup plus long qu’un Canadair et est donc bien moins efficace. Le fait est que sur les 12 Canadairs de la flotte française, 5 sont en maintenance et 2 sont affectés à la Corse. Dans ces conditions, les pompiers ne peuvent que faire des choix, abandonnant tel ou tel front, d’autant plus que dans le Var et en Corse, les flammes font aussi des dégâts. Ce sont ces moyens en défaut qui ont fait de ces feux des feux incontrôlables.
Pour pallier l’incurie gouvernementale, la population de Gironde et des Landes ne peut compter que sur le dévouement et la détermination des pompiers et sur elle-même. Ainsi bien des agriculteurs et des locaux se sont mis à disposition avec leurs citernes, leurs tracteurs et leurs tuyaux d’arrosage. Des travailleurs ont taillé des coupe-feux aux abords des forêts et des maisons. Des dizaines de milliers d’évacués ont pu compter sur des proches et dans les centres d’hébergement, des centaines de volontaires permettent à ceux qui n’ont pas d’autre solution de trouver refuge.
Alors, bien des habitants sont en colère. A la suite du mégafeu qui avait ravagé la forêt des Landes et de Gironde en 2022, les politiciens avaient multiplié les promesses d’achat de Canadairs notamment. Quatre ans après, aucun matériel supplémentaire n’est en activité. C’est un choix politique, pas technique car en Gironde même, les usines Dassault produisent chaque mois 3 Rafale et près de 3 Falcon, des jets pour riches. Le réchauffement climatique aggrave les risques d’incendie, mais la classe politique aux ordres de la grande bourgeoisie ne voit pas de problème, à l’image du ministre de l’Intérieur Laurent Nunez qui dimanche estimait que les budgets de la protection civile étaient suffisants. Révoltant !