Des élus dénoncent une "diversion"

Instagram donne quelques gages de protection des adolescents avant une audition explosive au CongrĂšs

  • PubliĂ© le 8 dĂ©cembre 2021 Ă  03:44
  • ActualisĂ© le 8 dĂ©cembre 2021 Ă  11:05
Le patron d'Instagram, Adam Mosseri, a donnĂ© mardi quelques gages sur la protection des adolescents, Ă  la veille de son audition sur le sujet au CongrĂšs qui promet d'ĂȘtre tendue, des Ă©lus dĂ©nonçant dĂ©jĂ  ses annonces comme une "diversion"

Le patron d'Instagram, Adam Mosseri, a donnĂ© mardi quelques gages sur la protection des adolescents, Ă  la veille de son audition sur le sujet au CongrĂšs qui promet d'ĂȘtre tendue, des Ă©lus dĂ©nonçant dĂ©jĂ  ses annonces comme une "diversion".

L'ancien entrepreneur qui dirige Instagram depuis trois ans n'a pas annoncé de modification majeure mais plutÎt une série de changements à la marge "pour que les jeunes soient encore mieux protégés sur Instagram".

L'application va notamment empĂȘcher les utilisateurs de mentionner dans leurs publications des adolescents qui ne sont pas abonnĂ©s Ă  leur profil. Elle avait dĂ©jĂ  rendu les comptes des mineurs privĂ©s par dĂ©faut quand ils s'inscrivent.

Le réseau social va aussi proposer, en mars 2022, des outils pour permettre aux parents de voir combien de temps leurs enfants passent sur l'application et instaurer des limites. Ils auront prochainement accÚs à un centre d'informations avec des tutoriels et des conseils d'experts.

Autre nouveautĂ©, Instagram lance, sur tous les grands marchĂ©s anglophones, l'option "Fais une pause", qui suggĂ©rera aux utilisateurs d'arrĂȘter pendant un moment de faire dĂ©filer des contenus sur l'appli. "Des Ă©tudes prĂ©liminaires montrent que quand les ados activent ce rappel, plus de 90% le gardent actif ensuite", prĂ©cise Adam Mosseri dans le communiquĂ© de l'entreprise.

Le patron a aussi annoncé l'apparition, en janvier, d'un nouvel espace au sein de l'application qui permettra aux adolescents de passer en revue toute leur activité sur Instagram, des contenus postés aux commentaires, en passant par les "likes", et éventuellement d'en supprimer une partie, afin de leur permettre de "gérer plus facilement leur empreinte numérique".

– Une "diversion" –

Ces modifications n'ont pas convaincu le sénateur démocrate Richard Blumenthal. "C'est un tout petit pas, trÚs loin de ce qui est nécessaire pour protéger les enfants et les consommateurs", a-t-il déclaré à l'AFP mardi.

Ces annonces "semblent davantage conçues pour distraire de l'audition de demain que pour parvenir à de réelles avancées pour la sécurité des mineurs", a ajouté l'élu, qui a déjà interrogé au CongrÚs Antigone Davis, responsable de la sûreté chez Facebook.

Fin septembre, le groupe californien avait mis sur pause son travail sur une version d'Instagram pour les moins de 13 ans, mais n'y a pas renoncé. "Je continue d'accueillir favorablement une collaboration productive avec les législateurs en vue d'accomplir notre objectif commun : créer un monde en ligne qui bénéficie aux générations futures tout en les protégeant", a indiqué Adam Mosseri.

"C'est une annonce creuse" pour "faire diversion", a de son cÎté réagi la sénatrice républicaine Marsha Blackburn, cheffe de file des républicains à la sous-commission sénatoriale à la Protection des consommateurs, qui va entendre le dirigeant mercredi.

Président de la Family Online Safety Institute, association de défense des familles utilisatrices d'internet, Stephen Balkam a lui salué un signe "encourageant". "C'est le dernier d'une longue série d'améliorations qu'a faite Instagram depuis deux ou trois ans."

"Instagram est plus sûr qu'il ne l'était", a-t-il poursuivi, "moins toxique pour les adolescents. Mais il ne sera jamais parfait, jamais complÚtement sûr. Mais c'est vrai de tous les réseaux sociaux."

L'image d'Instagram et de sa maison mÚre Facebook, depuis rebaptisée Meta Platforms, a été largement ternie par la lanceuse d'alerte Frances Haugen, une ex-employée de Facebook qui a fait fuiter cet automne des documents internes. Ils montrent que les dirigeants avaient conscience de certains risques pour les mineurs, notamment pour la santé mentale de certaines jeunes filles confrontées, image aprÚs image, au mythe du corps féminin idéal.

- "Impact positif" -

Mi-septembre, en réponse au scandale, Instagram avait dit réfléchir à un systÚme qui encouragerait les utilisateurs à ne pas s'appesantir sur certains contenus. "Nous aurons bientÎt plus d'informations à partager là-dessus, et sur des changements en matiÚre de recommandations aux adolescents", a assuré Adam Mosseri mardi. Il a aussi répété qu'il voyait, "tous les jours, l'impact positif qu'a Instagram sur la jeunesse partout dans le monde".

Lors de ses nombreuses auditions devant des parlementaires de plusieurs pays, dont ceux de la mĂȘme commission sĂ©natoriale qui entendra Adam Mosseri, la lanceuse d'alerte Frances Haugen avait rĂ©clamĂ© Ă  Facebook et Instagram de partager le produit de leurs recherches sur les effets de ces plateformes sur leurs utilisateurs.

C'est également ce qu'ont demandé une dizaine d'universitaires du monde entier dans une lettre ouverte à Mark Zuckerberg, publiée lundi et signée par plus de 200 de leurs pairs. "Nous vous demandons de solliciter un examen indépendant et transparent de toutes vos recherches passées, présentes et futures sur la santé mentale des enfants et des adolescents", ont écrit les auteurs.

AFP

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