Mécontentement

"Inutile et dangereux": les associations dénoncent les mesures attendues sur l'immigration

  • PubliĂ© le 6 novembre 2019 Ă  00:37
  • ActualisĂ© le 6 novembre 2019 Ă  07:15
Des réfugiés devant la "plate-forme d'accueil des réfugiés" de France Terre d'Asile à Paris en janvier 2017

Quotas inutiles, baisse de l'accÚs aux soins "dangereuse": les associations d'aide aux migrants et exclus ont étrillé mardi les mesures gouvernementales sur l'immigration attendues mercredi.

"Installer le terme de quota au milieu de la politique publique d'immigration, c'est la promesse de polémiques sans fins et d'une efficacité totalement douteuse", prévient Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile.

Mardi matin, la ministre du Travail Muriel PĂ©nicaud a confirmĂ© que des "quotas" ou "objectifs chiffrĂ©s" d'immigrĂ©s "professionnels" allaient ĂȘtre fixĂ©s chaque annĂ©e dĂšs 2020 pour que la "France recrute" en fonction de ses besoins de travail. Cette mesure devrait ĂȘtre annoncĂ©e avec d'autres mercredi Ă  l'issue d'un ComitĂ© interministĂ©riel.

Ces quotas ne concerneraient qu'une petite partie de l'immigration: 34.000 titres de séjours "professionnels" sur 260.000 octroyés au total en 2018. Bien moins que le nombre accordés aux étudiants, aux conjoints ou aux réfugiés. "Le débat n'est pas trÚs clair", s'inquiÚte Cyrille de Billy, secrétaire général de la Cimade. "Est-ce que cela n'annonce pas derriÚre l'ouverture d'un autre débat pour toucher à l'immigration familiale ou au droit d'asile?", abonde Pierre Henry, directeur général de France Terre d'asile.

La perspective hérisse les associations. "La France violerait alors ses obligations internationales, sur le droit d'asile et la famille notamment", préviennent M. Henry et de Billy.

Par ailleurs, note le second, "il est trĂšs pĂ©rilleux de dĂ©terminer Ă  l'avance le niveau d'activitĂ© Ă©conomique", en particulier pour de la "main d'?uvre non qualifiĂ©e" et dans "des secteurs Ă©conomiques peu rĂ©gulĂ©s et flexibles". Les exĂ©cutifs prĂ©cĂ©dents ne s'y Ă©taient pas risquĂ©s. En 2008, sous Nicolas Sarkozy, une commission chargĂ©e par le gouvernement de plancher sur les quotas d'immigration les avait jugĂ©s "inefficaces", "irrĂ©alisables ou sans intĂ©rĂȘt".

- "Non sens" -

Les associations sont également vent debout contre plusieurs autres mesures attendues mercredi, notamment les restrictions dans l'accÚs aux soins.
Le gouvernement prévoit ainsi l'instauration d'un délai de carence de trois mois avant que les demandeurs d'asile ne puissent accéder à la Protection universelle maladie (PUMa, la sécurité sociale de base), et la nécessité d'un accord préalable de la Sécu pour certains actes non-urgents dans le cadre de l'Aide médicale d'Etat (AME).

"Le gouvernement instrumentalise la politique de la santé à des fins migratoires", dénonce Florent Guéguen, directeur de la Fédération des acteurs de solidarités (FAS) qui regroupe plus de 800 associations et organismes de lutte contre l'exclusion. "C'est un non sens", déplore M. Henry, car "ce sont des dispositifs de santé publique qui nous protÚgent tous".

"Les demandeurs d'asile arrivent aprĂšs des mois ou annĂ©es d'errance, de traumatismes, et ont besoin de soins. Certains ont des maladies respiratoires, la gale ou la tuberculose, qui doivent ĂȘtre traitĂ©es rapidement", souligne M. GuĂ©guen. "Ce dĂ©lai est indigne, choquant, et trĂšs dangereux pour la santĂ© publique", abonde Bruno Morel, directeur gĂ©nĂ©ral d'EmmaĂŒs SolidaritĂ©, qui se dit "extrĂȘmement inquiet".

"Au final, l'Etat ne fera pas d'économies, au contraire: plus on soigne tardivement, plus ça coûte cher", ajoute M. Guéguen. Quant à ceux qui ont besoin de soins rapidement, ils iront aux urgences, "qui vont se retrouver encore plus chargées alors qu'elles sont déjà en crise", regrette-t-il.

Toutes ces mesures tĂ©moignent selon ces associations d'une "vision idĂ©ologique" voire d'une instrumentalisation "Ă©lectoraliste" de l'immigration. "Aucune politique rĂ©pressive ne va changer le phĂ©nomĂšne migratoire, des gens continueront d'arriver", note M. de Billy, qui souligne que loin des craintes d'"invasion", le solde migratoire est restĂ©, hormis en 2016 marquĂ©e par une poussĂ©e due au conflit syrien, "assez stable ces derniĂšres annĂ©es". "Il vaut mieux ĂȘtre pragmatique", ajoute-t-il, "et faire en sorte que ça se passe au mieux" en augmentant les dispositifs d'accueil, plutĂŽt que de les diminuer et laisser Ă©merger "des zones de prĂ©caritĂ© et de non droits".
AFP

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