Membre de l'Etat islamique

Jihadiste ou espion ? La justice danoise rend son verdict dans l'affaire Samsam

  • PubliĂ© le 8 novembre 2023 Ă  08:14
  • ActualisĂ© le 8 novembre 2023 Ă  08:53
Le Danois Ahmed Samsam devant un tribunal de Madrid, le 12 juin 2018

Il affirme avoir été en Syrie un indicateur des renseignements danois mais a été condamné à huit ans de prison pour avoir rejoint le groupe Etat islamique: la justice danoise tranche mercredi sur le cas d'Ahmed Samsam, à l'issue d'un procÚs sans précédent.

Agé de 34 ans, ce Danois d'origine syrienne au lourd casier judiciaire poursuit les services secrets (PET) et le renseignement militaire (FE) dans une affaire qui a plongé la classe politique du pays scandinave dans l'embarras.

Samsam affirme avoir été employé par les services danois et envoyé en Syrie en 2013 et 2014 afin de les informer sur les combattants jihadistes étrangers.

En 2018, faute d'avoir réussi à le prouver devant les tribunaux espagnols, il avait été condamné à huit ans de prison pour avoir rejoint le groupe Etat islamique (EI).

De leur cÎté, les renseignements ont souligné ne pouvoir ni confirmer ni infirmer l'identité de leurs informateurs.

"Cela nuit à (leur) capacité à recourir à des sources, à les protéger et à prévenir le terrorisme", avait insisté leur conseil, Peter Biering, à l'ouverture de l'audience. "C'est une question de sécurité nationale".
Ahmed Samsam avait pris la fuite vers l'Espagne pour, dit-il, échapper à des délinquants de Copenhague dans une affaire de rÚglements de compte indépendante de ses voyages en Syrie.

AprĂšs son arrestation Ă  Malaga oĂč, selon les autoritĂ©s espagnoles, il tentait d'acquĂ©rir des armes avec son frĂšre, la police avait dĂ©couvert des photos de lui sur Facebook avec le drapeau de l'EI.

Samsam n'a jamais niĂ© s'ĂȘtre rendu dans son pays d'origine pendant la guerre civile. En 2012, il part effectivement de son propre chef en Syrie, pour combattre le rĂ©gime de Bachar al-Assad. A son retour, la justice danoise s'intĂ©resse Ă  son sĂ©jour mais l'affaire est classĂ©e.

- "Accord des services" -

Le Danois assure avoir ensuite été à plusieurs reprises envoyé dans la zone de guerre avec de l'argent et de l'équipement fournis par le PET puis le FE, d'aprÚs des informations relayées par les médias DR et Berlingske, qui s'appuient sur des témoignages anonymes et des preuves de virements bancaires.

Tout au long du procÚs qu'il a intenté aux services de renseignements danois, il n'a eu de cesse de répéter, s'appuyant sur des témoins et des articles de presse qui soutiennent ses dires: il n'a pas été un combattant jihadiste, mais un indicateur.

"Au Danemark, la plupart de ceux qui ont suivi l'affaire pensent désormais que Samsam a été envoyé en Syrie avec l'accord des services de renseignement", note Lasse Lund Madsen, professeur de droit à l'Université d'Aarhus qui suit attentivement l'affaire.

"Cela m'a été confirmé par des sources au sein des renseignements", dit-il.

Depuis 2020, Ahmed Samsam purge au Danemark la peine prononcée par la justice espagnole, réduite depuis à six ans.

Lors du procÚs, le tribunal a entendu plusieurs responsables de presse, notamment l'ancien rédacteur en chef du quotidien Berlingske, Simon Andersen.

Ce dernier a racontĂ© avoir Ă©tĂ© contactĂ©, sur sa messagerie privĂ©e, par l'ancien chef des renseignements militaires, Lars Findsen, lui-mĂȘme inculpĂ© dans une autre affaire pour des fuites, qui selon lui souhaitait que le FE fasse amende honorable en nĂ©gociant un accord avec l'avocat de Samsam Ă  l'Ă©poque.

L'ancien conseil, Thomas Braedder, a également admis à la barre avoir été en contact avec les services de renseignement, sans pouvoir entrer dans les détails de ces échanges.

L'affaire Samsam, qui dure depuis plus de six ans, captive le Danemark mais embarrasse sa classe politique.

Au Parlement, une commission d'enquĂȘte prĂ©liminaire lancĂ©e en fĂ©vrier pour faire la lumiĂšre sur ce cas inĂ©dit a Ă©tĂ© enterrĂ©e discrĂštement en juin.

Le verdict est attendu dans un tribunal de Copenhague peu aprÚs 10H00 mercredi (13h à La Réunion).

AFP

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