Rock star

Johnny Hallyday, les ressorts d'une passion française

  • PubliĂ© le 7 dĂ©cembre 2017 Ă  20:16
  • ActualisĂ© le 7 dĂ©cembre 2017 Ă  20:40
Le chanteur Johnny Hallyday, le 22 octobre 1962 Ă  Paris

Incarnation d'une jeunesse qui n'avait pas sa place en France avant les années 60, Johnny Hallyday a suscité les emballements à toutes les époques et dans toutes les couches de la population. Une passion française qui tient autant à l'idéal de liberté qu'il pouvait incarner qu'à une personnalité attachante.


- La jeunesse libérée -

Quand il sort "Souvenirs, souvenirs", son troisiÚme 45 tours, le 3 juin 1960, le succÚs est retentissant. Johnny n'a pas encore 17 ans et il est déjà une vedette, qui, en imposant le rock'n roll en France, va provoquer une rupture générationnelle dans une société française corsetée. "Il y a un avant et un aprÚs Johnny Hallyday", abonde Michka Assyas, auteur du "Nouveau dictionnaire du rock".

A ce titre, "il représente énormément pour les Français", affirme Didier Varrod, journaliste à France Inter. "Il est arrivé imprégné de la culture américaine, avec James Dean puis Elvis Presley pour héros. On l'a tÎt surnommé +l'Elvis Presley français+, mais dans les nombreux foyers qui n'avaient pas la télévision, la figure emblématique de cette musique américaine qu'on ne connaßt pas encore, c'est Johnny Hallyday."

"DÚs le début, on peut parler de folie autour de lui, poursuit Varrod. Il va incarner avec sa posture, son charisme, son déhanché, toute la puissance sulfureuse du rock'n roll dans une France qui est encore dans une phase d'aprÚs Seconde guerre mondiale, une France en noir et blanc, qui appréhende l'Amérique comme le pays qui a l'a libérée."

Si Johnny impose la classe adolescente, en quĂȘte d'espace et de libertĂ©, dans la sociĂ©tĂ© française, pour le sociologue Jean-Pierre Le Goff, interrogĂ© par le Figaro, Johnny est aussi "l'incarnation d'une culture rock qui transcende les Ăąges et les catĂ©gories sociales". "Il est une mythologie pour la population des annĂ©es 60 mais aussi celle des Trente Glorieuses, Ă  laquelle s'ajoute l'image de perpĂ©tuel rebelle".

- Sans limites -

Un rebelle qui a su s'adapter, selon les évolutions de la société, tout en continuant de vivre à fond de train, ce qui a tout autant passionné ses admirateurs.
"Dans sa vie, il a fait des folies que son public ne pouvait pas faire, et les gens lui pardonnaient tout", souligne le journaliste Philippe Manoeuvre, ajoutant que la passion pour Johnny "s'est transmise de pĂšre en fils, comme pour les Rolling Stones".

L'universitaire Jean-François Brieu, auteur de "Johnny Hallyday, une passion française", expliquait en 2010 à Sud Ouest, que Johnny n'était pas vraiment devenu un "rocker familial assagi", ni "le gars bourgeois qu'on a décrit", "mais toujours ce type à la vie démente, qui poursuit ses désirs jusqu'à la limite".
"Il Ă©tait +l'ĂŒber chanteur de rock+, il incarnait la dĂ©mesure," insiste Manoeuvre. "Son inconscience, quand il arrivait en hĂ©lico ou en moto sur scĂšne, quand il traversait le Parc des Princes au milieu de la foule, a marquĂ© tout le monde."

Johnny a aussi continué de convertir le public, en suivant toutes les modes musicales et en fédérant un maximum dans ses concerts, devenus autant de rassemblements populaires pour tous les ùges et catégories sociales. "Johnny est devenu un monument national, qui trimbalait malgré lui l'histoire d'un pays et des émotions trÚs particuliÚres", résume Amanda Sthers, une de ses biographes.

- Attachant -

La plus grande rock-star française est aussi une personnalité généreuse, aux yeux de ses fans.
"Ce qui Ă©tait complĂštement renversant, c'est la gentillesse dont il faisait preuve. Dans les loges, en concert, son comportement avec les gens Ă©tait comme une dĂ©claration d'amour Ă  l'ĂȘtre humain. Il avait en lui une trĂšs grande timiditĂ©, alors que c'Ă©tait le roi quand mĂȘme", dit le chanteur Miossec qui lui a Ă©crit plusieurs chansons.

Pour Michka Assayas, "il a suscité une dévotion, un amour plus que n'importe quel autre artiste en France". "La passion est épidermique chez les couches populaires, mais elle a écumé aussi auprÚs de la crÚme des intellos", relÚve Manoeuvre. "Le bonhomme bluffait les intellectuels, d'Elsa Triolet à Françoise Giroud, en passant par la classe politique". "Je pense qu'il n'aura pas de successeur. Il a été sanctifié de son vivant", conclut Assyas.

AFP

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