Lutte contre les violences faites aux femmes

Juana Rivas et ses enfants, cause nationale en Espagne

  • PubliĂ© le 30 juillet 2017 Ă  13:47
Juana Rivas, une mÚre espagnole à Macarena en décembre 2016 en Espagne

Une mĂšre sĂ©parĂ©e, victime de violences de la part de son ex-compagnon italien et qui a disparu avec leurs enfants pour Ă©viter d'avoir Ă  les lui remettre, mobilise l'Espagne, oĂč la lutte contre les violences faites aux femmes est une cause nationale.


Le quotidien le plus lu en Espagne, El Pais, lui a consacré un éditorial. Et une campagne de soutien lancée au début de l'année sur change.org, a obtenu plus de 200.000 signatures. AprÚs avoir manifesté cette semaine à Grenade contre la violence faite aux femmes, en pleurs à l'idée de laisser ses enfants à un pÚre violent selon elle, Juana Rivas a disparu.

Elle est partie avec ses deux enfants de 11 et 3 ans plutĂŽt que de les remettre au pĂšre comme prĂ©vu jeudi par la justice espagnole. Certains, placardent mĂȘme Ă  Grenade (sud) l'affiche "Juana esta en mi casa". Jeanne est chez moi, pour manifester leur soutien. "S'ils cherchent Ă  me les voler, je les dĂ©fendrai jusqu'Ă  mon dernier souffle", a-t-elle dĂ©clarĂ© Ă  la presse.

"Il faut se mettre Ă  la place de cette mĂšre, il faut ĂȘtre conscient de ce qui s'est produit... elle a Ă©tĂ© agressĂ©e Ă  deux reprises, son mari a Ă©tĂ© condamnĂ© et les personnes il faut s'en occuper, les comprendre", a dit sur elle le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy.

- Judiciairement complexe -

Judiciairement, son histoire est complexe, selon les documents judiciaires consultés par l'AFP. Le compagnon de Juana, Francesco, un Italien actuellement installé en Sardaigne, avait été condamné en 2009 pour des mauvais traitements sur sa compagne.

Elle l'avait quitté, puis avait revécu avec lui jusqu'à son départ en mai 2016 avec ses enfants, pour des vacances.
Juana Rivas avait promis de revenir mais elle n'est jamais retournée en Italie. Le pÚre a donc déposé une plainte la visant pour enlÚvement international d'enfants.

Depuis l'Espagne, elle a riposté en dénonçant de mauvais traitements et s'est battue pour obtenir le droit de rester dans sa ville avec ses enfants. Mais elle a été déboutée à deux reprises par la justice espagnole car c'est normalement au juge de la derniÚre résidence légale de l'enfant, en l'occurrence l'Italie, qui doit trancher.

Une expertise psychologique de l'aßné ordonnée par la justice a en outre montré qu'il voulait vivre avec sa mÚre mais avait de bons rapports avec son pÚre et tenait à lui, et que le fait de le voir "ne supposait pas un grave danger pour son intégrité" physique ou psychologique.

La version du pĂšre, qui a parlĂ© Ă  l'agence italienne Ansa, est aussi diffĂ©rente. L'homme ĂągĂ© d'une cinquantaine d'annĂ©es assure vouloir juste prendre ses enfants dans ses bras et ne pas avoir Ă©tĂ© en mesure de leur parler, mĂȘme au tĂ©lĂ©phone, depuis la fin de l'annĂ©e 2016. Il nie les mauvais traitements et dĂ©nonce une campagne de presse contre lui. Son avocat indique mĂȘme avoir dĂ©posĂ© plainte pour diffamation.

En Espagne la lutte contre la violence faite aux femmes est une cause nationale depuis des années. Chaque assassinat est rapporté dans la presse. Et police et justice imposent facilement des mesures d'éloignement. Au point que le pays affiche un taux d'homicide inférieur à d'autres plus au nord, dont la France.

Cette semaine l'ensemble des partis politiques ont d'ailleurs signé un "pacte national contre la violence de genre" machiste qui débouchera sur une législation encore plus protectrice des femmes. Il pourrait aussi avoir pour conséquence d'encadrer beaucoup plus strictement les visites d'enfants de pÚres ayant maltraité leur femme. En attendant le tribunal de premiÚre instance de Grenade en charge du dossier a ordonné aux deux parties de comparaßtre le 8 août et demandé à la police de tenter de retrouver les enfants.

AFP

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