L'Etat américain de l'Ohio a approuvé mardi l'inscription du droit à l'avortement dans sa Constitution, selon les projections de médias américains, accordant une victoire retentissante aux défenseurs de l'IVG sur cette question centrale qui pÚsera sur la présidentielle de 2024.
Une explosion de joie a accueilli la nouvelle lors d'un rassemblement de la coalition pro-avortement à Columbus, la capitale de cet Etat du Midwest contrÎlé par les républicains.
"Gagner était la seule option et nous l'avons fait ensemble!", a lancé une organisatrice depuis la tribune sous les applaudissements et les cris victorieux. "C'est votre corps, vos droits!", s'est réjoui un autre.
Les deux camps ont mené une campagne acharnée à coups de millions de dollars et de spots télévisés omniprésents, envoyant également des milliers de volontaires frapper aux portes des habitants pour les rallier à leur cause.
Ce scrutin test a été suivi de trÚs prÚs à travers le pays, car il permet de jauger la tendance chez les électeurs à un an de la présidentielle.
Le président démocrate Joe Biden a aussitÎt salué le résultat.
"La dĂ©mocratie a gagnĂ©", a-t-il dit dans un communiquĂ©. Le programme "extrĂȘme et dangereux" des anti-avortement "est en dĂ©calage avec la grande majoritĂ© des AmĂ©ricains", a-t-il affirmĂ©.
- Cour suprĂȘme -
L'Ohio vient donc s'ajouter aux Etats, progressistes comme conservateurs, qui l'an dernier ont systématiquement voté pour les pro-IVG lors de scrutins sur l'avortement, à la grande surprise des républicains.
Car le sujet mobilise fortement les AmĂ©ricains. Et mĂȘme chez ceux ne s'identifiant pas comme progressistes, certains ont jugĂ© trop radicales les interdictions dĂ©cidĂ©es par plusieurs Etats.
Dans l'Ohio, pour les dĂ©fenseurs de l'amendement Ă la Constitution, il fallait cocher "oui" pour empĂȘcher l'Etat d'interfĂ©rer dans une "dĂ©cision personnelle"; pour ses opposants, il Ă©tait impĂ©ratif de dire "non" Ă un texte qui "va trop loin".
Depuis que la Cour suprĂȘme a cassĂ© Ă l'Ă©tĂ© 2022 l'arrĂȘt qui garantissait le droit fĂ©dĂ©ral des AmĂ©ricaines Ă interrompre leur grossesse, la question du droit Ă l'avortement est revenue aux Etats.
Plusieurs l'ont restreint ou interdit, d'autres l'ont renforcé.
Dans l'Ohio, une tentative de la droite de compliquer l'organisation et l'adoption de référendums (avec l'avortement en ligne de mire) a échoué en août.
Les défenseurs de l'avortement ont eux réussi à rassembler des centaines de milliers de signatures afin de soumettre à la population un amendement constitutionnel consacrant le droit à l'IVG.
- Viol, inceste -
Il s'agissait aussi de contrer une loi, entrĂ©e en vigueur aprĂšs la dĂ©cision de la Cour suprĂȘme, qui bannit la plupart des avortements - mĂȘme en cas de viol ou d'inceste - dĂšs qu'un battement de cĆur peut ĂȘtre dĂ©tectĂ©. C'est-Ă -dire vers six semaines, souvent avant mĂȘme qu'une femme ait connaissance de sa grossesse.
Cette législation est actuellement en suspens en raison d'une bataille juridique. Pour le moment, l'avortement est légal dans l'Ohio jusqu'à environ 22 semaines de grossesse.
Mais pendant le court temps durant lequel la loi ultra restrictive a été en vigueur, une fillette de 10 ans enceinte aprÚs un viol a dû se rendre dans l'Indiana voisin pour avorter, une affaire qui avait choqué dans tout le pays.
Les électeurs de l'Ohio ont voté par anticipation pendant des semaines avant mardi.
L'amendement prévoit que tout individu ait "le droit de prendre et d'appliquer ses propres décisions" en matiÚre notamment d'avortement, de contraception et de traitement lié à la fertilité ou aux fausses couches.
Pour ses opposants, comme le gouverneur républicain Mike DeWine, cela ouvrirait la porte à des avortements "à n'importe quel moment pendant la grossesse" et à la possibilité que des mineures y aient recours sans l'accord de leurs parents.
Le camp adverse le dément catégoriquement.
La question de l'avortement était dans tous les esprits lors de deux autres scrutins mardi.
Dans le trÚs conservateur Kentucky, le gouverneur démocrate Andy Beshear est parvenu à se faire réélire, selon les projections des médias américains. Il avait fait du droit à l'IVG un axe majeur de sa campagne.
Le président Biden l'a immédiatement appelé pour le féliciter, a fait savoir la Maison Blanche.
Et en Virginie, oĂč se sont tenues des Ă©lections lĂ©gislatives, si les rĂ©publicains l'emportent, cela pourrait permettre au gouverneur Glenn Youngkin de tenter d'imposer des restrictions Ă l'avortement.
AFP




