L'ONU accuse les talibans de "violations graves" de droits humains visant des Afghans renvoyés dans leur pays

  • PubliĂ© le 24 juillet 2025 Ă  13:18
  • ActualisĂ© le 24 juillet 2025 Ă  14:05
Un bus iranien dépose des réfugiés afghans à la frontiÚre d'Islam Qala, dans la province d'Herat, le 24 juillet 2025 en Afghanistan

L'ONU accuse jeudi les autorités talibanes d'avoir commis des "violations graves" des droits humains comprenant des "cas de torture" contre des Afghans de retour chez eux aprÚs avoir été expulsés de pays tiers, visant notamment des femmes, des membres de l'ancien gouvernement ou des journalistes.

Depuis 2023 et le début de vastes campagnes d'expulsion lancées par l'Iran et le Pakistan, des millions d'Afghans sont rentrés dans leur pays. Pour la seule année 2025, plus de 1,9 millions de personnes ont regagné le territoire afghan, dont l'écrasante majorité en provenance d'Iran, selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR).

Une fois arrivés en Afghanistan, certains ont été victimes de "violations graves" de leurs droits, commises par les autorités talibanes "en fonction de leur profil", dénonce un nouveau rapport onusien.

Ces violations, selon cette source, concerne des femmes, des employés de médias et des membres de la société civile, mais aussi des individus affiliés à la République tombée en 2021 et à ses forces de sécurité, malgré une amnistie décrétée par les talibans.

"Ces violations comprennent des cas de torture, de maltraitance, d'arrestation et de détention arbitraire et de menaces à la sécurité", rapportent la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (Manua) et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, dans un rapport commun.

Le document se base sur des entretiens menés en 2024 avec 49 Afghans contraints de rentrer dans leur pays.

"Renvoyer chez eux des individus qui risquent d'y ĂȘtre persĂ©cutĂ©s, torturĂ©s ou d'y subir un traitement ou des punitions cruelles, inhumaines ou dĂ©gradantes, des disparitions forcĂ©es ou d'autres prĂ©judices irrĂ©parables, est une violation du principe de non-refoulement et une entorse grave au droit international", ont dĂ©noncĂ© la Manua et le Haut-Commissariat.

Le gouvernement taliban assure que la loi islamique qu'il a instaurée "garantit" les droits de chacun.

Mercredi, le chef de la diplomatie Amir Khan Muttaqi a estimé, lors d'une conférence de presse, que le respect des droits humains était utilisé comme une "excuse" par "certains pays" --non nommés-- pour ne pas reconnaßtre l'"émirat islamique".

Seule la Russie reconnaĂźt le gouvernement taliban depuis son retour au pouvoir en 2021.

- Vague d'expulsions -

Pakistan, Iran, Tadjikistan, mais aussi Allemagne et Etats-Unis: de nombreux pays ont expulsé ou annoncé leur intention de renvoyer des Afghans.

Cet afflux est un défi pour les autorités talibanes qui appellent réguliÚrement à l'aide les organisations internationales, pourtant confrontées à des coupes budgétaires massives.

Le Pakistan et l'Iran, terres d'accueil pendant des dĂ©cennies pour les Afghans fuyant guerres et autres flĂ©aux, les accusent d'ĂȘtre impliquĂ©s dans des faits de "terrorisme", de narcotrafic ou de faire monter le chĂŽmage et la criminalitĂ©.

AprÚs avoir fixé à début juillet la date limite pour quitter son territoire, Téhéran a finalement donné jusqu'à début septembre aux quatre millions d'Afghans illégaux pour plier bagage.

Le Tadjikistan, autre pays voisin, a emboßté le pas à Islamabad et Téhéran en annonçant vouloir expulser des Afghans. Depuis le 8 juillet, au moins 377 l'ont été, a indiqué le HCR à l'AFP.

La semaine derniÚre, 81 Afghans ont aussi été expulsés d'Allemagne aprÚs avoir été condamnés par la justice, tandis qu'aux Etats-Unis, l'administration Trump a annoncé révoquer le statut de protection temporaire pour des milliers d'Afghans sur son sol, arguant que la sécurité avait été rétablie dans leur pays.

Mais pour l'ONU, la situation humanitaire y est "dĂ©sastreuse" et l'organisation a rĂ©clamĂ© la semaine derniĂšre "l'arrĂȘt immĂ©diat" de ces renvois.

"Personne ne devrait ĂȘtre renvoyĂ© dans un pays oĂč il risque d'ĂȘtre persĂ©cutĂ© sur base de son identitĂ© ou de son histoire personnelle", a estimĂ© jeudi le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker TĂŒrk.

"En Afghanistan, cela est encore plus vrai pour les femmes et les filles, soumises à une série de mesures qui relÚvent d'une persécution uniquement basée sur leur genre", a-t-il dénoncé.

L'Afghanistan est le seul pays au monde oĂč les filles ne peuvent plus aller Ă  l'Ă©cole au-delĂ  de 12 ans et oĂč les femmes sont interdites d'accĂšs aux parcs, aux salles de sport, aux instituts de beautĂ© et aux universitĂ©s.

AFP

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