Peur d'ĂȘtre lĂąchĂ©e"

L'Ukraine face au défi d'un soutien occidental qui se fissure

  • PubliĂ© le 6 dĂ©cembre 2023 Ă  15:15
  • ActualisĂ© le 6 dĂ©cembre 2023 Ă  15:27
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky devant le Mur du souvenir des morts pour l'Ukraine, à l'occasion du jour des forces armées, le 6 décembre 2023 à Kiev

"Peur d'ĂȘtre lĂąchĂ©e": l'Ukraine, dont la contre-offensive face aux Russes n'a pas donnĂ© les rĂ©sultats escomptĂ©s, est prise dans des vents contraires avec une aide amĂ©ricaine en question et une unitĂ© europĂ©enne chancelante Ă  l'approche d'un Conseil europĂ©en dĂ©cisif la semaine prochaine.

Illustration de la fébrilité ambiante, le président ukrainien Volodymyr Zelensky devait s'exprimer virtuellement mardi devant le CongrÚs américain pour tenter de débloquer une nouvelle enveloppe financiÚre autant débattue que cruciale pour son pays en guerre.

Une intervention finalement annulée à la derniÚre minute, sans donner de raison.

Le président français Emmanuel Macron recevra, lui, jeudi à l'Elysée le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui semble vouloir faire obstruction sur le soutien à Kiev.

M. Orban a rĂ©clamĂ© l'ajournement de deux dĂ©cisions clĂ©s pour l'Ukraine qui doivent ĂȘtre soumises au vote des pays membres de l'Union europĂ©enne: l'une relative au soutien budgĂ©taire de 50 milliards d'euros, l'autre sur l'ouverture de nĂ©gociations d'adhĂ©sion Ă  l'UE.

La grande contre-offensive ukrainienne lancée en juin a largement échoué à libérer les territoires occupés dans l'Est et le Sud, questionnant sur la poursuite d'une aide occidentale massive.

Et si des gains ont été enregistrés en mer Noire, permettant à Kiev d'exporter plusieurs tonnes de produits agricoles, la situation militaire sur le front terrestre semble désormais figée, sans véritable solution tactique en vue à court terme. Kiev assure cependant pouvoir gagner si l'aide militaire occidentale se poursuit.

- "Gérer Zelensky" -

Or "mĂȘme sous perfusion continue de l'Occident, l'Ukraine manque d'hommes, lĂ  oĂč la Russie n'a pas ce problĂšme", souligne auprĂšs de l'AFP un haut responsable militaire europĂ©en en poste Ă  l'Otan, constatant que "dans les cycles de formation (dispensĂ©e par l'Otan aux soldats ukrainiens, ndlr), ce sont des personnes plus ĂągĂ©es, moins expĂ©rimentĂ©es qui se prĂ©sentent dĂ©sormais".

"Il faut maintenant gĂ©rer Zelensky, le faire revenir de sa posture un peu jusqu'au-boutiste. Personne ne dit ça officiellement, mais je pense que c'est quand mĂȘme un peu ce qui se prĂ©pare", commente cette source otanienne.

De source diplomatique française, on s'efforce d'atténuer ces propos en soulignant que l'Ukraine a pour l'heure "un taux de mobilisation trÚs faible" et que du cÎté de la Russie, "les statistiques sont trafiquées".

Le moral des Ukrainiens s'est certes érodé, las de cette guerre. Mais sur le terrain, le discours des soldats ne change pas.

Bien que la guerre soit trĂšs coĂ»teuse, "les EuropĂ©ens ne laisseront jamais tomber l'Ukraine car ils sont conscients que si (Vladimir) Poutine s'empare de l'Ukraine, ce serait un prĂ©cĂ©dent extrĂȘmement dangereux" avec des risques pour les pays baltes et la Pologne, estime en outre Tatiana KastouĂ©va-Jean, experte Ă  l'Institut français des relations internationales (Ifri).

La source diplomatique française souligne à cet égard que toutes les raisons ayant conduit à soutenir l'Ukraine, dÚs le 24 février 2022, restent d'actualité.

"Soutenir l'Ukraine, c'est un enjeu de sécurité pour l'Europe et pour la France", a déclaré cette source à quelques journalistes, ajoutant qu'il fallait aussi "battre en brÚche l'idée qu'une crise en chassait une autre", en référence aux craintes des Ukrainiens que la guerre entre Israël et le Hamas ne détourne les Européens du conflit en Ukraine.

- "Période à risques" -

Il est naturel qu'il y ait des interrogations prÚs de deux ans aprÚs le début de cette guerre, observe cette source diplomatique. "Tout le monde comprend qu'on est dans une période à risques mais je ne vois pas de défaitisme à Bruxelles ou à l'Otan".

Pour Tatiana KastouĂ©va-Jean, il y a nĂ©anmoins urgence pour les EuropĂ©ens Ă  faire taire les voix dissonantes telles que celles de la Hongrie au moment oĂč "tout joue en faveur d'un statu quo" sur le plan militaire, et ce, probablement jusqu'aux Ă©lections amĂ©ricaines de novembre 2024.

Un signal est d'autant plus souhaitable que sur le plan domestique ukrainien, "des querelles au sein des élites sont apparues", souligne l'experte, en référence notamment à la détérioration des relations entre le président Zelensky et le commandant en chef des forces armées Valery Zaloujny.

"Est-ce la fin de l'union sacrée derriÚre Zelensky ou est-ce juste une parenthÚse liée au défi sur le front?", s'interroge-t-elle.

Dans ce contexte, les diplomates français s'efforcent de convaincre leurs partenaires européens et de l'Alliance Atlantique qu'il est également fondamental de poursuivre le soutien à l'Ukraine afin d'envoyer le signal à Vladimir Poutine de "ne pas compter sur l'épuisement du soutien" à Kiev.

Mais pour cela, les Européens doivent aussi accélérer sur la montée en puissance des cadences de leur industrie de la défense et sur l'interopérabilité des équipements.

L'ambassadrice ukrainienne auprÚs de l'Otan, Nataliia Galibarenko, déplorait récemment que les forces armées en Ukraine utilisaient plus de 200 systÚmes différents d'armement.

AFP

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