La Jordanie, la Turquie et les Emirats arabes unis ont violé l'embargo sur les armes imposé depuis 2011 à la Libye, affirme un rapport confidentiel d'experts de l'ONU chargés de son contrÎle, en déplorant l'intensification dans ce pays "d'un conflit par procuration".
"Les Emirats arabes unis, la Jordanie et la Turquie ont fourni des armes de maniÚre réguliÚre et parfois flagrante sans vraiment d'efforts pour en dissimuler la provenance", soulignent les experts dans une synthÚse de leurs travaux accompagnant leur étude, à laquelle l'AFP a eu accÚs jeudi.
Selon des diplomates, la Jordanie est notamment accusée d'avoir formé des troupes du maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort de l'Est libyen qui a déclenché en avril une offensive militaire pour s'emparer de Tripoli. Les Emirats arabes unis, autre soutien du maréchal, sont soupçonnés d'avoir utilisé des avions-bombardiers au profit de ses troupes.
Ce pays pourrait ĂȘtre impliquĂ© dans le bombardement d'un centre de dĂ©tention de migrants dans la banlieue de Tripoli le 2 juillet qui avait fait une cinquantaine de morts. Mais le rapport, s'il parle de l'implication "probable" d'un avion Ă©tranger, n'apporte pas de rĂ©ponse dĂ©finitive, Ă©voquant de maniĂšre gĂ©nĂ©rale le recours Ă des F-16 de fabrication amĂ©ricaine et Mirage 2000-9 de fabrication française, deux types d'appareils en dotation dans l'armĂ©e de l'Air des Emirats.
La Turquie pour sa part, qui a apportĂ© ouvertement son soutien au gouvernement du Premier ministre Fayez al-Sarraj, a fourni du matĂ©riel Ă ses troupes, allant des vĂ©hicules blindĂ©s aux drones, selon les mĂȘmes sources diplomatiques.
- Groupes tchadiens et soudanais -
Dans leur rapport, les experts soulignent attendre toujours des réponses de plusieurs Etats membres de l'ONU à leurs questions. "Le groupe a aussi identifié la présence de groupes armés tchadiens et soudanais en soutien aux forces affiliées au GNA (gouvernement de Sarraj) et à l'ANL (armée de Haftar)". "Bien que les capacités militaires des deux parties aient apparemment été renforcées, l'impact des groupes armés étrangers sur le rÚglement du conflit est resté en réalité limité", précisent toutefois les experts.
Remis le 29 octobre aux 15 membres du Conseil de sécurité, le rapport assure que "les parties des deux cÎtés ont reçu des armes et de l'équipement militaire, du soutien technique et des avions de combat non-libyens en violation de l'embargo sur les armes".
Le document qui porte sur une pĂ©riode d'un an fait 85 pages et comprend plus de 300 pages d'annexes: photos, cartes, manifestes de cargaisons livrĂ©es par bateaux... Il doit ĂȘtre dĂ©battu en fin de mois par les 15 membres du Conseil de sĂ©curitĂ© au sein du ComitĂ© de sanctions chargĂ© de la Libye et ĂȘtre approuvĂ© avant d'ĂȘtre publiĂ©, probablement en dĂ©cembre.
"Le groupe d'experts a identifiĂ© de multiples actes qui menacent la sĂ©curitĂ©, la paix et la stabilitĂ© en Libye", soulignent les experts. Depuis le dĂ©clenchement de l'offensive du marĂ©chal Haftar, une "nouvelle phase d'instabilitĂ©, combinĂ©e avec des intĂ©rĂȘts de plusieurs Etats et d'acteurs non Ă©tatiques, a amplifiĂ© le conflit par procuration qui s'est dĂ©veloppĂ© depuis 2011", dĂ©noncent-ils.
- Trafic de pétrole -
Selon des diplomates, le rapport s'interroge sur plusieurs interférences étrangÚres et évoque outre les pays déjà cités l'Egypte, la France, l'Arabie Saoudite ou le Qatar. "Les opérations militaires ont été dominées par le recours à des munitions guidées de précision tirées par des drones, ce qui a permis dans une certaine mesure de limiter les dommages collatéraux attendus dans un conflit de ce type", notent aussi les experts.
Le recours aux drones "est massif et pour les deux cÎtés", affirme un diplomate, confirmant les inquiétudes cet été à ce sujet de l'émissaire de l'ONU Ghassan Salamé.
Selon un autre diplomate s'exprimant aussi sous anonymat, le rapport n'évoque pas la présence de mercenaires russes en Libye. Plusieurs centaines d'entre eux auraient été déployés sur le territoire libyen ces derniers mois en soutien aux troupes du maréchal Haftar, selon des médias américains. Moscou a démenti jeudi ces informations des quotidiens New York Times et Washington Post.
Le rapport souligne par ailleurs que le trafic de migrants, "mĂȘme rĂ©duit considĂ©rablement", "continue de financer des rĂ©seaux contribuant Ă l'instabilitĂ©". Il dĂ©nonce aussi "quatre tentatives" par la National oil Corporation dans l'est du pays "d'exporter illĂ©galement du pĂ©trole brut". "Des produits raffinĂ©s continuent d'ĂȘtre dĂ©tournĂ©s par voie maritime et terrestre, mais Ă un niveau infĂ©rieur Ă celui des annĂ©es prĂ©cĂ©dentes", selon les experts.
AFP

