Trois semaines aprĂšs le coup d'Etat

La Malaisie expulse un millier de Birmans malgré les critiques internationales

  • PubliĂ© le 23 fĂ©vrier 2021 Ă  15:43
  • ActualisĂ© le 23 fĂ©vrier 2021 Ă  16:09
Un camion des services d'immigration qui transporterait des migrants birmans se dirige le 23 fĂ©vrier 2021 vers une base navale en Malaisie d'oĂč les migrants ont Ă©tĂ© expulsĂ©s

La Malaisie a annoncĂ© mardi l'expulsion vers la Birmanie d'un millier de migrants en dĂ©pit d'un arrĂȘt qui lui ordonnait de suspendre ce transfert critiquĂ© par la communautĂ© internationale et les ONG, trois semaines aprĂšs le coup d'Etat.

Les migrants birmans avaient Ă©tĂ© acheminĂ©s par cars et camions sur une base militaire de la cĂŽte ouest de la Malaisie, oĂč ils ont Ă©tĂ© embarquĂ©s Ă  bord de trois bĂątiments de la marine birmane. Les Nations unies et les Etats-Unis avaient critiquĂ© ces expulsions, et des associations de dĂ©fense des droits de l'Homme avaient fait Ă©tat de la prĂ©sence parmi le groupe de demandeurs d'asile.

Et quelques heures avant le dĂ©part prĂ©vu de ces migrants, la Haute cour de Kuala Lumpur s'y Ă©tait opposĂ©e, en affirmant que l'opĂ©ration devait ĂȘtre temporairement suspendue.
Amnesty International et Asylum Access avaient déposé un recours soutenant que la Malaisie violerait ses obligations internationales si elle expulsait les migrants et expliquant que la vie de certains d'entre eux serait menacée s'ils revenaient en Birmanie.

Mais les navires birmans ont bien appareillĂ© avec 1.086 dĂ©tenus Ă  leur bord, les autoritĂ©s ne donnant aucune justification au fait qu'elles n'aient pas respectĂ© l'arrĂȘt de la Haute cour.
Le patron des services malaisiens de l'Immigration, Khairul Dzaimee Daud, s'est contentĂ© de dire qu'aucun migrant rohingya et aucun demandeur d'asile ne se trouvaient parmi les personnes expulsĂ©es. "Tous ceux qui ont Ă©tĂ© expulsĂ©s ont acceptĂ© de rentrer de leur plein grĂ©, sans y ĂȘtre forcĂ©s", a-t-il dit dans un communiquĂ©.

- "Réfugiés de zones de conflit" -

Les personnes expulsĂ©es Ă©taient dĂ©tenues dans des centres de rĂ©tention depuis 2020, a-t-il dit. Les autoritĂ©s avaient initialement fait Ă©tat de 1.200 dĂ©tenus, et on ignore pourquoi le chiffre final est moins important. La directrice gĂ©nĂ©rale d'Amnesty International en Malaisie, Katrina Jorene Maliamauv, avait exhortĂ© le gouvernement Ă  respecter l'arrĂȘt de la cour et Ă  s'assurer qu'aucun migrant ne soit expulsĂ©.

Elle avait aussi appelé les autorités à permettre au Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR) d'avoir accÚs aux prisonniers, afin de déterminer ceux qui doivent bénéficier de l'asile. "Nous appelons le gouvernement à revoir ses projets qui consistent à envoyer en Birmanie ce groupe de personnes vulnérables", a-t-elle dit. Des journalistes de l'AFP présents sur place avaient auparavant vu des dizaines de cars et de camions transportant les migrants arriver sur la base navale de Lumut, sous bonne escorte policiÚre.

L'armée birmane a renversé début février le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, ce qui a déclenché une campagne massive de protestations. La Malaisie avait exprimé sa "sérieuse préoccupation" aprÚs le coup d'Etat. Mais quelques jours plus tard, elle avait selon des médias donné son feu vert pour que la junte envoie des navires récupérer les migrants détenus.

Les autorités malaisiennes soutenaient que ces derniers avaient commis des infractions, comme le fait d'avoir dépassé leur autorisation de séjour, et que leur renvoi s'inscrivait dans le cadre d'un programme d'expulsion de migrants dans toute l'Asie.

La Malaisie accueille des millions de migrants des régions les plus pauvres d'Asie -notamment de Birmanie, du Bangladesh et d'Indonésie-, qui travaillent pour des salaires de misÚre, en particulier dans le bùtiment. Et environ 37.000 ont été expulsés l'an passé.

Cependant, Lilianne Fan, directrice internationale de la Fondation Geutanyoe, qui travaille avec des réfugiés, a affirmé que le millier de détenus birmans incluait des Chins, une minorité essentiellement chrétienne, et des personnes originaires des Etats Kachin (nord) et Shan (est), en proie à des conflits.

Les autorités malaisiennes interdisent depuis fin 2019 l'accÚs de leurs centres de détention au HCR, ce qui signifie que l'agence de l'ONU ne peut déterminer ceux des prisonniers qui devraient obtenir le statut de réfugiés.

James Bawi Thang Bik, président de l'Alliance des réfugiés Chin, basée en Malaisie, s'est dit choqué d'apprendre que des membres de cette minorité figuraient parmi les personnes expulsées. "Ce sont des réfugiés qui viennent d'une zone de conflit", a-t-il dit à l'AFP.

AFP

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