AprÚs plusieurs jours de blocages et d'actions à travers la France, les "gilets jaunes" préparent l'"acte 2" de leur mouvement, avec notamment un rassemblement samedi à Paris, pour marquer les esprits et relancer une mobilisation qui montre des signes d'essoufflement.
AprÚs avoir écarté le scénario d'un rassemblement place de la Concorde, le ministÚre de l'Intérieur a indiqué jeudi que les "gilets jaunes" mobilisés notamment contre les prix du carburant pourraient se réunir sur l'esplanade du Champ-de-Mars, prÚs de la Tour Eiffel. "Ce lieu offr(e) les conditions de sécurité nécessaires", explique le ministÚre dans un communiqué, ajoutant que plusieurs demandes avaient été déposées en préfecture et qu'un "dispositif de sécurité" sera mis en place pour protéger les "lieux sensibles" de la capitale. Mais des "gilets jaunes" ont rapidement rejeté cette hypothÚse. "La manifestation n'aura pas lieu à cet endroit", a assuré sur LCI Priscillia Ludosky, l'une des personnes à l'initiative du mouvement en région parisienne. Une annonce sera faite vendredi, a-t-elle affirmé, en évoquant un rassemblement "au coeur de Paris, trÚs certainement au niveau des Champs-Elysées".
LancĂ© sur les rĂ©seaux sociaux hors de tout cadre syndical ou politique, le mouvement veut faire du rassemblement parisien "l'acte 2" d'une mobilisation protĂ©iforme qui a placĂ© l'exĂ©cutif sur la dĂ©fensive et plongĂ© la majoritĂ© dans un certain dĂ©sarroi. "J'espĂšre qu'il va y avoir une vĂ©ritable marĂ©e jaune", affirme Frank Buhler, l'un des initiateurs du mouvement dans le Tarn-et-Garonne et auteur d'une vidĂ©o oĂč il appelait tous les "gilets jaunes" "Ă pied, Ă cheval et en voiture [Ă ] parcourir la totalitĂ© des rues de Paris". Devant une affluence difficile Ă estimer -plus de 33.000 personnes se sont dĂ©clarĂ©es comme "participants" sur Facebook- et face Ă la crainte de dĂ©bordements, le ministĂšre de l'IntĂ©rieur a prĂ©venu que "la rĂ©ponse judiciaire sera intraitable en cas de troubles". Mais ce rendez-vous parisien divise, l'argument financier ou la perspective de violences pouvant dĂ©courager certains de s'y rendre.
"On va pas gaspiller du carburant, ça serait un peu bĂȘte", estime Tristan Lozach, qui coordonne le mouvement dans les CĂŽtes d'Armor.
La SNCF a démenti une "rumeur persistante" selon laquelle le port d'un gilet jaune samedi vaudrait titre de transport.
Certains "gilets jaunes" n'appellent pas à rallier le cortÚge parisien, comme Fabrice Schlegel, 45 ans, meneur à Dole (Jura), qui préfÚrera une action "à l'échelle du département": "D'abord, tout le monde n'a pas 150 euros à mettre pour faire le déplacement et puis on s'inquiÚte de la violence qu'il peut y avoir". A "la derniÚre grosse manifestation parisienne, le 1er mai, les "black bloc" étaient de sortie et il y a eu beaucoup de casse. Je ne veux pas participer à quelque chose comme ça", poursuit-il.
Situation tendue à la Réunion
Sur le terrain, le mouvement marquait le pas au sixiÚme jour d'une mobilisation, qui s'est élargie à une contestation plus générale de la baisse du pouvoir d'achat et des taxes. Jeudi, le ministÚre de l'Intérieur recensait 5.107 manifestants et 268 manifestations en France, contre 15.000 mercredi.
Quelques irrĂ©ductibles continuaient Ă organiser des blocages Ă©pars en mĂ©tropole, avec des barrages filtrants aux abords des dĂ©pĂŽts pĂ©troliers ou sur certains axes routiers dans le Pas-de-Calais, le Gard, l'HĂ©rault, le Vaucluse, le Haut-Rhin ou en Nouvelle-Aquitaine. Les troubles se concentrent dĂ©sormais sur l'Ăźle de La RĂ©union oĂč, malgrĂ© l'instauration d'un couvre-feu nocturne, la situation restait tendue aprĂšs une flambĂ©e de violences urbaines.
"Nous serons intraitables car on ne peut pas accepter les scĂšnes que nous avons vues", a rĂ©agi mercredi soir le prĂ©sident Emmanuel Macron, en annonçant l'envoi de renforts de gendarmerie. Bien que moins nombreux, les barrages persistants en mĂ©tropole dĂ©sorganisent toujours le trafic. Chez les commerçants, l'inquiĂ©tude est "grande, surtout en cette pĂ©riode, avec (les promotions de) "Black Friday" et les achats pour les fĂȘtes de fin d'annĂ©e qui dĂ©butent", a soulignĂ© le dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral de la FĂ©dĂ©ration du commerce et de la distribution (FCD), Jacques Creyssel. Ces perturbations ont suscitĂ© des remous dans plusieurs pays frontaliers. Le ministĂšre espagnol des Affaires Ă©trangĂšres s'est plaint jeudi des "obstacles Ă la libre circulation des marchandises" Ă la frontiĂšre basque; la circulation des poids-lourds vers l'Angleterre Ă©tait perturbĂ©e Ă Calais avec le blocage de l'autoroute A16 menant au tunnel sous la Manche.
 © 2018 AFP

