Bélarus

La pression monte sur Loukachenko, chahuté dans une usine

  • PubliĂ© le 17 aoĂ»t 2020 Ă  16:52
  • ActualisĂ© le 17 aoĂ»t 2020 Ă  17:02
Manifestation contre le gouvernement devant l'usine MZKT, le 17 août 2020 à Minsk, au Bélarus

Un face-à-face tendu a opposé lundi Alexandre Loukachenko aux ouvriers d'une importante usine qui lui criaient "Pars!", la pression montant sur le président bélarusse pour qu'il quitte le pouvoir aprÚs l'élection contestée du 9 août.

RĂ©pondant Ă  un appel Ă  la grĂšve de l'opposition aprĂšs la manifestation historique de dimanche qui a rĂ©uni des dizaines de milliers de personnes Ă  Minsk, des employĂ©s de plusieurs usines et de la tĂ©lĂ©vision publique ont arrĂȘtĂ© le travail lundi.

Une visite d'Alexandre Loukachenko à l'usine de fabrication de véhicules-tracteurs (MZKT) de Minsk a notamment donné lieu à échange tendu avec des ouvriers scandant "Pars!" alors qu'il donnait son discours et répondait à leurs questions. "Merci, j'ai tout dit, vous pouvez crier +Pars+", a conclu M. Loukachenko avant de quitter l'estrade, visiblement en colÚre.

La pression monte au BĂ©larus depuis l'Ă©lection prĂ©sidentielle du 9 aoĂ»t, qui a vu la réélection d'Alexandre Loukachenko avec 80% des votes malgrĂ© de nombreuses accusations de fraude. Dimanche, pour ce qui est devenu le plus grand rassemblement d'opposition de l'histoire du pays, plus de 100.000 personnes ont participĂ© Ă  un dĂ©filĂ© dans la capitale Ă  l'appel de la principale opposante, Svetlana TikhanovskaĂŻa, qui s'est dit prĂȘte lundi Ă  "assumer ses responsabilitĂ©s" et gouverner le pays.

Mercredi, un sommet extraordinaire des 27 dirigeants de l'UE doit avoir lieu sur la situation au Bélarus, a annoncé le président du Conseil européen Charles Michel tandis que l'Allemagne, qui assure la présidence tournante de l'Union européenne, a menacé d'étendre les sanctions déjà décidées la semaine derniÚre aprÚs les violences policiÚres contre les manifestants.

- Loukachenko défiant -

Devant l'usine MZKT, oĂč Alexandre Loukachenko Ă©tait arrivĂ© en hĂ©licoptĂšre, un rassemblement a rĂ©uni plusieurs centaines de protestataires, brandissant le drapeau rouge et blanc de l'opposition et lançant des slogans hostiles au pouvoir. "Nous prĂ©voyons de participer Ă  toutes les grĂšves pacifiques, les actions de protestations (...) pour que le pouvoir rĂ©alise finalement qu'il se bat contre son propre peuple", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP Ilia Rybkine, un employĂ© de 30 ans.

Des employés de l'emblématique usine de tracteurs MTZ, dont la production est exportée dans toute l'ex-URSS et qui fait la fierté du pays, ont eux assuré à l'AFP que plusieurs milliers d'entre eux avaient cessé le travail. "Jamais je ne ferai quoi que ce soit sous pression", a déclaré M. Loukachenko durant son discours à l'usine MZKT: "Tant que vous ne me tuerez pas, il n'y aura pas d'élections", a-t-il lancé.

Environ 600 manifestants selon les mĂ©dias locaux se sont aussi rĂ©unis devant le siĂšge de la tĂ©lĂ©vision publique oĂč Maria Kolesnikova, l'un des visages de l'opposition, les a rejoints. "Je sais Ă  quel point vous avez peur, parce que nous avons tous peur. Merci d'avoir surpassĂ© votre peur et d'avoir rejoint la majoritĂ©", a-t-elle dĂ©clarĂ©.

Selon le site d'informations tut.by, les employés du producteur de potasse Belaruskali ont annoncé à leur tour leur intention de se mettre en grÚve. Le potasse, utilisé pour fabriquer de l'engrais, est une source de revenu majeure pour le Bélarus, qui en est un des plus gros producteurs au monde.

- PrĂȘte Ă  gouverner -

Depuis le scrutin du 9 aoĂ»t qui l'a vu jeter en prison plusieurs de ses concurrents, empĂȘcher l'accĂšs des bureaux de vote aux observateurs indĂ©pendants puis brutalement rĂ©primer les manifestations s'opposant aux rĂ©sultats, Alexandre Loukachenko a de nombreuses fois rejetĂ© l'idĂ©e d'un dĂ©part. En fin de semaine derniĂšre, des centaines d'employĂ©s d'usines d'Etat ont cessĂ© le travail, signe que la base Ă©lectorale habituelle du prĂ©sident au pouvoir depuis 1994 s'Ă©brĂšche.

TĂŽt lundi matin, Svetlana TikhanovskaĂŻa a assurĂ© dans une vidĂ©o enregistrĂ© depuis la Lituanie, oĂč elle est rĂ©fugiĂ©e, ĂȘtre prĂȘte Ă  devenir "le leader national" et gouverner le pays, rappelant son ambition d'organiser une nouvelle Ă©lection prĂ©sidentielle libre si elle accĂšde au pouvoir. Elle a aussi appelĂ© les autoritĂ©s Ă  libĂ©rer tous les manifestants interpellĂ©s la semaine derniĂšre, retirer les forces antiĂ©meutes des rues et enquĂȘter sur ceux ayant ordonnĂ© la rĂ©pression.

AprÚs l'élection, quatre soirées de manifestations ont été matées par les forces antiémeutes, faisant au moins deux morts, des dizaines de blessés et plus de 6.700 arrestations, dont la majeure partie ont depuis été libérés. La pression monte aussi à l'extérieur du Bélarus: lundi, le Royaume-Uni a annoncé à son tour qu'il "n'accepte pas les résultats" de l'élection présidentielle et compte "sanctionner les responsables" de la répression des manifestations.

La Lituanie a de son cĂŽtĂ© averti que le BĂ©larus avait commencĂ© des exercices militaires Ă  sa frontiĂšre, accusant Alexandre Loukachenko d'ĂȘtre responsable de l'escalade des tensions depuis l'Ă©lection. Minsk a tout de mĂȘme reçu le soutien de Moscou, alliĂ© historique malgrĂ© des tensions rĂ©currentes et dont l'attitude sera cruciale pour l'issue de la crise. Selon Alexandre Loukachenko, Vladimir Poutine lui a promis "une aide complĂšte (...) pour assurer la sĂ©curitĂ© du BĂ©larus", via un accord militaire liant les deux pays.

AFP

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