Meurtre de Jamal Khashoggi

La Turquie demande l'arrestation de deux proches du prince saoudien

  • PubliĂ© le 6 dĂ©cembre 2018 Ă  00:11
  • ActualisĂ© le 6 dĂ©cembre 2018 Ă  05:22
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane , le 2 décembre 2018 à Alger

La Turquie a demandé mercredi l'arrestation de deux proches du prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane en lien avec le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, accentuant la pression sur le dauphin saoudien, mis en cause mardi par d'influents sénateurs américains.

D'aprĂšs l'agence de presse Ă©tatique Anadolu, la justice turque a Ă©mis des mandats d'arrĂȘt visant Ahmed al-Assiri et Saoud al-Qahtani, accĂ©dant Ă  la requĂȘte du procureur gĂ©nĂ©ral d'Istanbul, qui les soupçonne "fortement" de "faire partie des planificateurs" du meurtre.

Le général al-Assiri, ancien chef-adjoint du renseignement saoudien, et al-Qahtani, ex-conseiller "médias" à la cour royale, sont deux membres de la garde rapprochée du prince héritier saoudien.
Ils ont Ă©tĂ© dĂ©mis de leurs fonctions le 20 octobre alors qu'une tempĂȘte diplomatique s'abattait sur Ryad aprĂšs le meurtre de Jamal Khashoggi, qui a considĂ©rablement terni l'image de la pĂ©tromonarchie, notamment celle de Mohammed ben Salmane, surnommĂ© "MBS".

M. Khashoggi, un Ă©ditorialiste saoudien critique de Ryad qui Ă©crivait notamment pour le Washington Post, a Ă©tĂ© tuĂ© le 2 octobre dans le consulat d'Arabie Ă  Istanbul, oĂč il s'Ă©tait rendu pour effectuer des dĂ©marches administratives.
Si MBS nie vigoureusement tout lien avec le meurtre, la presse progouvernementale turque et des responsables, sous couvert d'anonymat, l'accusent d'ĂȘtre derriĂšre le meurtre.
Et alors que le président américain Donald Trump s'est érigé en allié indéfectible du prince héritier, des sénateurs républicains ont affirmé mardi, aprÚs avoir été informés des conclusions de la CIA, n'avoir "aucun doute" sur le fait qu'il avait "ordonné" le meurtre de M. Khashoggi.
MBS "est fou, il est dangereux, et il a mis cette relation (avec les Etats-Unis) en danger" car il n'est pas "fiable", a lùché Lindsey Graham, poids lourd du Sénat et proche du président américain.
Le ministre américain de la Défense Jim Mattis a cependant indiqué mercredi chercher encore des preuves pour désigner le responsable de ce crime.
"Si je dis quelque chose, j'ai besoin de preuves", a-t-il déclaré. "Je suis convaincu du fait que nous allons trouver d'autres preuves de ce qui s'est passé. Seulement je ne sais pas ce que cela sera, ni qui sera impliqué".
M. Graham "est un sénateur et il a droit à ses opinions", a également répondu M. Mattis.

Appel Ă  la "transparence"

AprÚs avoir affirmé dans un premier temps que Jamal Khashoggi avait quitté vivant son consulat à Istanbul, l'Arabie a fini par reconnaßtre, sous la pression internationale, que le journaliste avait été tué et démembré à l'intérieur de la représentation diplomatique.

La justice saoudienne a ouvert une enquĂȘte et s'est dite prĂȘte Ă  coopĂ©rer avec les enquĂȘteurs turcs qui mĂšnent leurs propres investigations. Mais depuis le dĂ©but de l'affaire, une extrĂȘme mĂ©fiance rĂšgne de part et d'autre.
"A ce jour, nous n'avons pu obtenir aucun Ă©lĂ©ment de la part de l'Arabie saoudite concernant l'enquĂȘte", a dĂ©plorĂ© mercredi le chef de la diplomatie turque MevlĂŒt Cavusoglu. "Il faut qu'ils soient transparents, qu'ils partagent ce que rĂ©vĂšle leur enquĂȘte".

Le prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan a plusieurs fois rĂ©clamĂ© l'extradition des suspects arrĂȘtĂ©s par l'Arabie saoudite, mais sa demande est restĂ©e lettre morte Ă  ce jour. Ryad insiste en effet pour que tout procĂšs se dĂ©roule en Arabie saoudite.
Le mois dernier, le procureur gĂ©nĂ©ral saoudien a annoncĂ© que parmi les 21 suspects dĂ©tenus en lien avec l'enquĂȘte sur le meurtre, 11 avaient Ă©tĂ© inculpĂ©s. Il a requis la peine de mort pour cinq d'entre eux.

Selon le récit des événements par les autorités saoudiennes, al-Assiri a ordonné à une équipe de 15 agents saoudiens de ramener "de gré ou de force" M. Khashoggi en Arabie saoudite. Une fois sur place, le chef du commando aurait décidé de tuer le journaliste.
Quant à al-Qahtani, il fait partie des 17 responsables saoudiens visés par des sanctions annoncées mi-novembre par le Trésor américain, "pour son rÎle dans la préparation et l'exécution de l'opération" contre le journaliste.

Sean Penn Ă  Istanbul

Pour un haut responsable proche de l'enquĂȘte turque, la requĂȘte du bureau du procureur d'Istanbul visant les deux suspects saoudiens illustre le fait que, dans l'esprit d'Ankara, "les autoritĂ©s saoudiennes n'agiront pas formellement contre ces deux individus".

Dans un entretien avec la presse turque cette semaine, le président Erdogan a déploré que plusieurs questions restaient toujours sans réponse, à commencer par la localisation du corps de M. Khashoggi.
Les enquĂȘteurs turcs ont fouillĂ© le consulat et la rĂ©sidence du consul saoudien Ă  Istanbul, ainsi que deux villas dans le nord-ouest de la Turquie. En vain.

Signe de l'intĂ©rĂȘt que cette affaire continue de susciter plus de deux mois aprĂšs le meurtre, l'acteur amĂ©ricain Sean Penn se trouvait mercredi Ă  Istanbul pour travailler sur un documentaire sur l'affaire Khashoggi.
D'aprÚs les images diffusées par les médias turcs, l'acteur deux fois oscarisé s'est notamment rendu devant le consulat saoudien avec son équipe de tournage.

AFP

guest
0 Commentaires