En Syrie

La vie sous terre des habitants d'un fief rebelle pilonné

  • PubliĂ© le 22 fĂ©vrier 2018 Ă  18:47
  • ActualisĂ© le 23 fĂ©vrier 2018 Ă  05:43
De la fumée et de la poussiÚre s'élÚvent d'une rue aprÚs des raids aériens du régime syrien sur la localité de Hammourié, dans le fief rebelle de la Ghouta orientale prÚs de Damas, le 21 février 2018

Au rythme des bombardements, Oum Jamal cuisine dans une cave sommairement amĂ©nagĂ©e oĂč elle s'est rĂ©fugiĂ©e avec sa famille, aprĂšs la destruction de sa maison par les frappes du rĂ©gime syrien sur la Ghouta orientale.


Comme elle, de nombreux habitants de ce fief rebelle Ă  l'est de Damas ont trouvĂ© refuge dans des sous-sols, aprĂšs avoir fui un domicile en ruine, ou pour Ă©chapper Ă  la violence meurtriĂšre des raids aĂ©riens et tirs d'artillerie du rĂ©gime de Bachar al-Assad. "Nous ne sommes pas retournĂ©s une seule fois chez nous, nous restons ici jours et nuits", raconte Oum Jamal, vĂȘtue d'une abaya noire et d'un voile serrĂ© encadrant son visage.

Avec son fils trentenaire et sa fille handicapée, cela fait plus d'un mois et demi que la quinquagénaire a abandonné la maison familiale, réduite en miettes par les frappes de l'armée, dans la localité de Madira. "Notre maison a été bombardée, alors on est venu ici. Puis elle a été de nouveau touchée pendant qu'on était là, et elle s'est entiÚrement écroulée", poursuit-elle.

Avec son fils, elle a aménagé son nouvel habitat en installant des panneaux de tÎle pour délimiter son espace, au centre de la cave glaciale au sol terreux.
"Quand les avions envahissent le ciel, mes voisins viennent se réfugier ici, avant de retourner chez eux quand la situation se calme", explique Oum Jamal, 56 ans. "Moi et mes enfants on reste ici", lùche-t-elle.

- Froid et humidité -

Mais durant les rares moments de répit, elle aussi se risque à sortir de sa cachette pour retrouver la lumiÚre du jour et surtout s'approvisionner en bois et en eau.
A l'aide d'une hachette, elle coupe du bois pour se chauffer, puis remplit d'eau des bouteilles vides avant de retourner dans son abri. Dans la cave, le bois est dĂ©posĂ© sous un poĂȘle en fer qu'elle a elle-mĂȘme fabriquĂ©, Ă  l'entrĂ©e d'une tente jaune, sous laquelle elle dort avec ses deux enfants.

"On dort ici tous les trois, l'espace est trĂšs exigu", dĂ©plore la quinquagĂ©naire. "On vit dans le froid, sous la terre", lĂąche-t-elle, dĂ©signant un mur d'oĂč s'Ă©coule des eaux usĂ©es du bĂątiment. AssiĂ©gĂ©s depuis 2013 par les forces du rĂ©gime, les quelque 400.000 habitants de la Ghouta sont actuellement confrontĂ©s Ă  un nouveau dĂ©luge de feu du pouvoir, qui pilonne quotidiennement l'enclave.

Cinq jours de bombardements ont ainsi tuĂ© plus de 380 civils, dont 90 enfants, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Dans une autre cave de Madira, alors que gronde Ă  l'extĂ©rieur l'aviation du rĂ©gime, des femmes vĂȘtues de noir, entourĂ©es d'enfants, servent des assiettes de taboulĂ©, une salade Ă  base de persil.

Le vacarme des appareils militaires s'intensifie, et l'une d'elle agrippe alors le genou de sa soeur, assise Ă  ses cĂŽtĂ©s. Trois enfants jouent au ballon dans une piĂšce attenante, oĂč un lit et une armoire ont Ă©tĂ© installĂ©s.

- 'Privé de vie' -

Depuis des années déjà, les habitants se sont habitués à cette "vie des caves", déplore Yousra Ali, qui a élu domicile dans les sous-sols de l'école Dar al-Salam à Erbine, autre localité de la Ghouta orientale.

Souffrant d'une maladie cardiaque l'ayant contrainte à subir une opération chirurgicale, elle raconte, les yeux remplis de larmes, ses souffrances au quotidien.
"Je n'ai plus de médicaments (...) Nous vivons sans soleil, ni air frais. On est privé de vie ici", lùche la quadragénaire. Dans les salles de classe souterraines, les murs sont décorés de fleurs. Face à l'afflux des habitants, l'espace a été transformé en abri collectif. Matelas et couvertures s'entassent dans tous les coins, du linge sÚche sur les jeux pour enfants.

"Nous sommes 14 femmes et enfants à vivre dans une piÚce de 2,5 mÚtres de large, sans toilettes ou espace pour se laver", déplore de son cÎté Oum Abdou. "Ma maison a été détruite, mais bon, grùce à Dieu, on prend notre mal en patience", soupire la femme de 53 ans.

AFP

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