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L'accident mortel d'une Tesla, un contre-temps pour les voitures autonomes

  • PubliĂ© le 2 juillet 2016 Ă  09:28
Une Model S de Tesla lors d'un salon automobile Ă  Francfort, en Allemagne, le 16 septembre 2015

La mort du conducteur d'une Tesla équipée d'un systÚme de pilotage automatique activé est un contre-temps fùcheux pour le développement des voitures autonomes dont il va retarder l'arrivée sur les routes, estiment les experts.


"Clairement c'est une chose horrible mais dans l'ensemble ça ne va pas affecter la technologie" autonome, résume Richard Wallace du Center for Automotive Research à Ann Harbor (Michigan, nord).
Ce tragique accident devrait toutefois Ă  court terme "affecter la perception de la technologie", concĂšde l'analyste.
Les autoritĂ©s amĂ©ricaines ont ouvert jeudi une enquĂȘte aprĂšs l'accident mortel d'une berline de luxe, la "Model S", de Tesla Ă©quipĂ©e d'Autopilot, un systĂšme maison permettant Ă  la voiture d'effectuer seule des manoeuvres comme changer de voie, accĂ©lĂ©rer, dĂ©cĂ©lĂ©rer, freiner et stationner.... Il est activĂ© et dĂ©sactivĂ© par le conducteur.
Ce systÚme était actif lorsqu'"un camion a pris un tournant à gauche en face d'une Model S à une intersection", le 7 mai, sur une route de Floride (sud-est), selon l'agence américaine de la sécurité routiÚre (NHTSA).
D'aprÚs les déclarations aux médias américains du conducteur du poids lourd, Frank Baressi, le propriétaire de la Model S, Joshua Brown, regardait un film au moment de l'accident.
Lors de l'introduction en 2015 d'Autopilot, Tesla avait conseillé à ses clients de rester vigilants.
Ce tout premier accident mortel d'une voiture en pilotage automatique fragilise l'argument des défenseurs de cette technologie qui mettaient en avant sa sécurité et estimaient qu'elle devrait permettre de réduire les accidents de la route, dont 90% sont dues à des erreurs humaines, et fluidifier la circulation.
-Dilemmes éthiques -
Nouvelle frontiÚre pour les régulateurs et les assureurs, la technologie autonome est basée sur des capteurs sophistiqués, des ordinateurs et des caméras mais soulÚve des interrogations sur le partage des responsabilités en cas d'accident et des dilemmes éthiques, comme celui de savoir si le véhicule doit sacrifier ses occupants pour éviter la collision avec des piétons.
"Ni Autopilot ni le conducteur n'ont détecté la manoeuvre du poids lourd (...) donc les freins n'ont pas été enclenchés", a par exemple assuré Tesla en référence à l'accident de Floride.
"Mon inquiĂ©tude, ma crainte est que cet accident aurait pu ĂȘtre Ă©vitĂ©", confie Ă  l'AFP Mary Cummings, responsable du laboratoire de l'autonomie Ă  la Duke University. "Je crains qu'il ne fasse faire un pas en arriĂšre Ă  l'industrie", ajoute-t-elle, regrettant que Tesla n'ait pas rĂ©glĂ© les "points aveugles" attachĂ©s, selon elle, Ă  Autopilot.
En début d'année devant des parlementaires américains, Mme Cummings avait déjà appelé à n'autoriser la voiture autonome sur les routes que lorsque la technologie aura été complÚtement éprouvée. Des voitures semi-autonomes sont déjà en circulation.
"Il y aura des inconnues, des points qui vont ĂȘtre des surprises pour les ingĂ©nieurs et ça je peux l'accepter", avait-elle dĂ©fendu.
Cet accident est "trĂšs triste", a rĂ©agi vendredi Harald KrĂŒger, le patron de BMW, tout en promettant la premiĂšre voiture autonome du groupe d'ici 2021. "La sĂ©curitĂ© prime sur le reste", a-t-il affirmĂ©.
Le potentiel de la voiture autonome considérée avec l'électrique comme l'avenir de l'automobile a entraßné une course contre la montre entre Detroit, berceau de l'automobile américaine, et la Silicon Valley, temple de la technologie, pour savoir qui sera le premier à l'introduire sur les routes d'ici 2020.
De General Motors à Apple en passant par Ford, Google, Fiat Chrysler et Uber, les projets, les alliances stratégiques et les acquisitions de start-ups spécialisées affluent.
L'accident tragique de la Model S devrait tempérer cet enthousiasme, avance Ron Montoya chez le cabinet Edmunds.com
Les consommateurs "n'auront peut-ĂȘtre pas envie (maintenant) de faire confiance Ă  un tel systĂšme", souligne-t-il.
"Nous nous attendons à ce que nos machines soient parfaites et quand ce n'est pas le cas, ça fait peur", ajoute-t-il se disant "persuadé que la technologie autonome est l'avenir des voitures".
Les régulateurs américains sont censés publier au courant de l'été un premier guide sur les voitures autonomes pour à la fois répondre aux impatiences des constructeurs et apaiser les craintes des consommateurs comme des assureurs.

Par Brigitte HAGEMANN - © 2016 AFP
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