Quelques heures aprĂšs la double fusillade meurtriĂšre de Hanau qui a fait neuf morts, les enquĂȘteurs allemands tentent de retracer le parcours de l'assaillant dont le mobile "raciste" ne fait plus de doute ni pour le parquet antiterroriste, ni pour les autoritĂ©s.
La chanceliĂšre allemande Angela Merkel a dĂ©noncĂ© "le poison" du racisme, faisant le lien avec d'autres attentats d'extrĂȘme droite depuis 20 ans dans le pays, aprĂšs ces attaques menĂ©es par un Allemand aux "motivations xĂ©nophobes".
L'assaillant prĂ©sumĂ©, Tobias R., 43 ans, a Ă©tĂ© retrouvĂ© mort dans son appartement, de mĂȘme que sa mĂšre, tuĂ©e par balle, portant le bilan total Ă 11 morts, dont neuf dans les deux fusillades. Les victimes, dont certaines sont d'origine ou de nationalitĂ© Ă©trangĂšre, avaient entre 21 et 44 ans, selon le parquet. Un Bosnien et un Bulgare figurent parmi les victimes.
- Des victimes d'origine kurde -
Le pÚre de l'unique suspect a lui été retrouvé indemne, hors de l'appartement. Le parquet antiterroriste cherche à déterminer si l'auteur a pu bénéficier de complicité pour mener ces attaques dont le mobile est "profondément raciste".
Mercredi soir, un bar à chicha, le Midnight, avait été visé par des tirs dans le centre de Hanau, ville de prÚs de 100.000 habitants à 20 kilomÚtres de Francfort, avant que le tireur ne gagne en voiture un deuxiÚme établissement, l'Arena Bar, dans le quartier périphérique de Kesselstadt.
L'assaillant a sonné à la porte du deuxiÚme bar et tiré sur des personnes présentes dans la zone fumeur, tuant cinq personnes dont une femme, selon des informations de Bild. "Les victimes sont des gens que nous connaissons depuis des années", dont deux employés de l'Arena, a réagi le fils du gérant du bar, absent comme son pÚre au moment des tirs et cité par l'agence DPA. "C'est un choc pour tout le monde."
Parmi les tuĂ©s figurent "plusieurs victimes d'origine kurde", a indiquĂ© la ConfĂ©dĂ©ration des communautĂ©s du Kurdistan en Allemagne (Kon-Med), accusant les dirigeants allemands de ne pas "rĂ©solument combattre le terrorisme d'extrĂȘme droite".
L'auteur prĂ©sumĂ©, qui a suivi une formation de conseiller bancaire puis des Ă©tudes de gestion, a laissĂ© derriĂšre lui une vidĂ©o et un manifeste de 24 pages, que l'AFP a pu consulter. Il y appelle notamment Ă "anĂ©antir" la population d'au moins 24 pays, parmi lesquelles celles du Maghreb, du Moyen-Orient, d'IsraĂ«l ou encore d'Asie du Sud, avançant des thĂšses racialistes tout en assurant ĂȘtre surveillĂ© depuis l'enfance.
- Pleurs -
Les enquĂȘteurs ont Ă©galement retrouvĂ© dans sa voiture des munitions et des chargeurs. Le suspect Ă©tait muni d'un permis de chasse. Jeudi, une dizaine de personnes se recueillaient devant les lieux Ă la mi-journĂ©e, dont une femme en pleurs rĂ©confortĂ©e par une autre et un vieil homme en larmes. "Je connaissais bien les personnes qui Ă©taient dans ce bar (...) Ca aurait pu ĂȘtre moi", a affirmĂ© Ă l'AFP Ahmed, un habitant de 30 ans du quartier. "Je ne comprends pas, nous n'avons pas de problĂšmes liĂ©s au racisme ici", s'est Ă©tonnĂ©e une autre voisine.
Plusieurs rassemblements sont prévus jeudi en fin de journée, à Hanau notamment mais aussi Porte de Brandebourg, à Berlin. Le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer, qui a déposé des gerbes de fleurs sur les sites visés avec sa collÚgue de la Justice, Christine Lambrecht, a promis de nouvelles mesures dans les prochains jours.
A Bruxelles, de nombreux dirigeants ont exprimé leur solidarité à Angela Merkel avant l'ouverture du sommet européen. Emmanuel Macron s'est dit "aux cÎtés" de la chanceliÚre. La présidente de la Commission, l'Allemande Ursula von der Leyen, s'est déclarée "choquée par la tragédie".
- Menace -
L'association Ditib, principale organisation de la communauté turque musulmane d'Allemagne, a parlé dans un communiqué de "jour noir dans l'histoire de l'Allemagne" et réclamé plus de protection pour ses fidÚles.
La menace d'un terrorisme d'extrĂȘme droite inquiĂ©tait de plus en plus les autoritĂ©s allemandes, depuis notamment le meurtre d'un Ă©lu allemand pro-migrants, membre du parti de la chanceliĂšre Merkel, en juin dernier. Vendredi, 12 membres d'un groupuscule d'extrĂȘme droite ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s. Ils sont soupçonnĂ©s d'avoir planifiĂ© des attaques de grande ampleur contre des mosquĂ©es.
En octobre, un extrémiste de droite négationniste avait tenté de commettre un attentat dans une synagogue de Halle, un massacre n'étant évité que de justesse. Il avait toutefois abattu une passante et le client d'un restaurant de kébabs, diffusant en direct sur internet ses forfaits.
Dans son allocution, Mme Merkel a aussi Ă©voquĂ© les meurtres de neuf personnes d'origine immigrĂ©e et d'une policiĂšre commis entre 2000 et 2007 par le trio nĂ©onazi "ClandestinitĂ© nationale-socialiste" (NSU). L'affaire a Ă©tĂ© marquĂ©e par une cascade de scandales autour de l'enquĂȘte et des services de renseignements intĂ©rieurs, censĂ©s disposer d'indics dans les milieux nĂ©onazis et vivement critiquĂ©s pour leur aveuglement.
AFP



