Pour attirer les touristes étrangers

L'Arabie saoudite veut une place sur la carte du tourisme mondial

  • PubliĂ© le 24 janvier 2018 Ă  10:19
  • ActualisĂ© le 24 janvier 2018 Ă  10:24
Des randonneurs et leur guide s'approchent du cratĂšre volcanique d'Al Wahbah, Ă  quelque 360 km au nord-est de Jeddah, en Arabie saoudite, le 17 novembre 2017

Fixant, émerveillés, un lac salé en contrebas, des randonneurs tentent péniblement d'apprivoiser les pentes escarpées d'un cratÚre volcanique, trésor caché parmi les merveilles naturelles que l'Arabie saoudite veut promouvoir pour attirer des touristes étrangers.


Le royaume de 32,5 millions d'habitants, longtemps fermé, va bientÎt commencer à délivrer des visas touristiques, ouvrant l'une des derniÚres frontiÚres du tourisme mondial. Pays du Golfe encore trÚs dépendant du pétrole, l'Arabie saoudite considÚre le tourisme comme une manne potentielle, un "or blanc", et vise 30 millions de visiteurs par an d'ici 2030, soit prÚs du double d'aujourd'hui.

Connu pour sa sĂ©grĂ©gation des sexes et son code vestimentaire liĂ©s Ă  une version rigoriste de l'islam, le pays Ă©tait jusqu'ici perçu comme une destination improbable par les touristes du monde entier, Ă  l'exception des pĂšlerins de La Mecque et MĂ©dine. Les autoritĂ©s veulent notamment promouvoir le cratĂšre volcanique d'Al Wahbah, oĂč les visites sont encore rares. Pour la premiĂšre fois, Amr Khalifa, un guide privĂ©, conduit un groupe de campeurs au fond de ce cratĂšre, les encourageant Ă  mettre leur poids sur les talons pour ne pas glisser.

"J'ai parlé d'Al Wahbah à mes amis", mais "ils ne connaissent pas", confie Mohamed Bahroun, un banquier d'affaires basé à Jeddah (ouest).

- Montagnes amoureuses -

Situé à quatre heures de route de Jeddah, ce cratÚre s'est formé aprÚs une explosion de vapeur souterraine due à l'activité volcanique. La légende locale raconte que sa naissance est le fruit de l'amour de deux montagnes, dont l'une s'est déracinée pour s'unir à l'autre, laissant une dépression en forme de bol. "Le principal défi consiste à rendre ces sites touristiques accessibles", affirme M. Khalifa, en admettant que son groupe est le seul sur place ce week-end là.

Le tourisme est l'un des moteurs de "Vision 2030", un plan ambitieux pour restructurer l'économie saoudienne annoncé en 2016 par le puissant prince héritier Mohammed ben Salmane. Le jeune fils du roi se projette comme un réformateur et multiplie les initiatives pour moderniser le royaume ultra-conservateur. Il a dévoilé en octobre un immense projet de zone de développement futuriste dans le nord-ouest -comprenant un volet touristique-, qui nécessite 500 milliards de dollars d'investissements.

En août, Ryad avait annoncé le lancement d'un projet touristique d'envergure consistant à transformer une cinquantaine d'ßles de la mer Rouge en stations balnéaires de luxe. Les autorités prévoient aussi de mettre en valeur des sites archéologiques nabatéens, dont celui d'Al-Hijr, inscrit par l'Unesco au Patrimoine mondial.

- Pas d'alcool ? -

Dans un entretien à l'AFP le mois dernier, le prince Sultane ben Salmane ben Abdelaziz, en charge du secteur touristique saoudien, a annoncé que des préparatifs étaient en cours pour lancer des visas électroniques au premier trimestre de 2018 pour "tous les ressortissants dont les pays autorisent leurs citoyens à visiter" l'Arabie saoudite. "Le royaume est un trÚs grand trésor", a souligné ce prince en décrivant ses paysages époustouflants. "Nous ne sommes pas que des marchands de pétrole", a-t-il assuré.

L'Arabie saoudite a commencĂ© sa mue en levant l'interdiction des salles de cinĂ©ma, en autorisant les femmes Ă  entrer dans des stades et en annonçant qu'elles pourraient conduire Ă  partir de juin prochain. Mais l'interdiction totale de l'alcool risque d'ĂȘtre un frein pour des touristes occidentaux, estiment des experts. Le prince Sultane a dĂ©clarĂ© que le royaume, qui tire sa lĂ©gitimitĂ© de la tutelle des lieux les plus sacrĂ©s de l'islam, ne permettrait pas l'alcool. "Nous ne voulons pas abandonner notre culture et nos valeurs", a-t-il prĂ©venu.

Des rumeurs font toutefois état de projets pour créer des centres de villégiature exclusifs pour les touristes étrangers, qui, à l'instar de nombreux complexes résidentiels d'expatriés à Ryad, auraient des normes plus souples. Kristian Ulrichsen, associé au Baker Institute for Public Policy à l'université Rice (Houston, Etats-Unis), pense que les autorités miseront "en premier lieu sur les visiteurs locaux et régionaux, pendant que l'infrastructure touristique se développe". Mais des agences de voyages internationales prévoient déjà des voyages.

"Il y a beaucoup de potentiel, nous le savons grùce à la demande croissante dans notre base de données", déclare à l'AFP Justin Wateridge, directeur général de l'agence Steppes Travel, basée en Grande-Bretagne. Le tourisme est un "concept nouveau" pour l'Arabie Saoudite, souligne pour sa part Khaled Batarfi, un écrivain basé à Jeddah. "Dans notre héritage tribal, servir les autres est inacceptable, sauf s'il s'agit de votre propre invité", écrivait-il l'an dernier dans le journal Saudi Gazette, appelant à la mise en place de formations destinées aux professionnels du tourisme.

AFP

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