Nouveaux dispositifs

Le boom des applis de lutte contre le harcĂšlement de rue

  • PubliĂ© le 22 septembre 2020 Ă  12:38
  • ActualisĂ© le 22 septembre 2020 Ă  12:55
Manifestation contre la violence sexuelle le 23 novembre 2019 Ă  Marseille

"Street Alert", "Garde ton corps", "Sekura"... Les applications mobiles de lutte contre le harcĂšlement de rue se sont multipliĂ©es, permettant aux femmes d'appeler Ă  l'aide grĂące Ă  un bouton "alerte" qui indique leur position. Mais les modalitĂ©s d'utilisation, voire l'existence mĂȘme de ces dispositifs suscitent des interrogations.

"Je ne me sens pas du tout en sécurité dans la rue. Au moins, si je lance une alerte, je sais qu'il y a des personnes qui peuvent réagir directement", confie Sophie, 22 ans, étudiante à Toulouse. Sur son téléphone, la jeune femme garde toujours ouverte la derniÚre appli en date, "The Sorority", gratuite comme les différentes offres de ce secteur. Disponible depuis le 1er septembre, elle permet de générer une alerte partagée ensuite auprÚs des utilisatrices. Celles qui se trouvent à proximité peuvent ainsi savoir si l'une d'elles a besoin d'aide et la géolocaliser.

"Pour créer un climat de confiance, nous n'acceptons que les femmes et leur demandons une piÚce d'identité et un selfie pour vérifier manuellement l'identité de chacune", assure à l'AFP Priscillia Routier Trillard, créatrice de cette appli qui revendique prÚs de 4.000 téléchargements en deux semaines.

Les applications proposent des fonctionnalitĂ©s diverses, d'une alarme sonore censĂ©e faire fuir les agresseurs au recensement de "lieux refuge". C'est le cas de "Garde ton corps", disponible depuis le 10 aoĂ»t, qui a nouĂ© un partenariat avec Ă  ce jour une trentaine de bars, restaurants et hĂŽtels en France. Ces derniers s'engagent Ă  accueillir quiconque s'estime en insĂ©curitĂ© sur la voie publique. "L'idĂ©e de rĂ©pertorier des endroits sĂ»rs m'est venue aprĂšs que je me suis fait refuser l'accĂšs Ă  un bar, un soir oĂč je me sentais suivie, car je ne portais pas la +bonne tenue+", raconte sa fondatrice, Pauline Vanderquand.

- "Machiavélisme des agresseurs" -

Mais attention, prévient Diariata N'Diaye, pionniÚre dans ce domaine, "quand on développe ce type d'application, il est important de maßtriser le sujet des violences. Car on peut facilement proposer une fonctionnalité qui se retourne contre l'utilisatrice".

"C'est trÚs dangereux de mettre en contact une personne en situation de vulnérabilité avec des inconnus, c'est sous-estimer le machiavélisme des agresseurs, qui se font un plaisir de télécharger ce type d'application, quitte à usurper une identité", met en garde cette slameuse et activiste qui a lancé "App-Elles" en 2015 en s'appuyant sur son expérience du terrain et son vécu de victime de violences.

"Cela peut aussi ĂȘtre dangereux pour la personne qui voudrait apporter son aide Ă  une victime", fait-elle valoir. Son appli permet aux utilisatrices, anonymisĂ©es, d'enregistrer le contact de trois proches qui sont les uniques destinataires des alertes. Ces derniers peuvent alors localiser la victime et accĂ©der Ă  l'enregistrement audio de son tĂ©lĂ©phone.

Certaines applis présentent-elles un caractÚre de dangerosité pour leurs abonnées? La responsable du développement de l'application "Handsaway", Lucile Dupuy, tempÚre. "Notre vocation n'est pas d'inciter les utilisateurs à intervenir dans l'urgence d'une agression. Il s'agit d'un outil pour fédérer et rendre compte de la fréquence des agressions sexistes et sexuelles", argumente-t-elle.

Mais le dispositif peut ĂȘtre utilisĂ© Ă  mauvais escient: ainsi "Handsaway", lancĂ© en 2016 et fort de 110.000 utilisateurs revendiquĂ©s, a dĂ» suspendre son service le 8 juin dernier aprĂšs avoir Ă©tĂ© inondĂ© de fausses alertes et de messages Ă  caractĂšre sexiste et sexuel, selon cette responsable.

Militante au sein du collectif Stop harcĂšlement de rue, Marine Stoll s'interroge sur l'existence mĂȘme de ces applis. Si "le compagnonnage de rue permet Ă  certaines de se sentir plus en sĂ©curitĂ©", il n'est "pas normal d'avoir besoin d'un accompagnement de ce type pour ne pas ĂȘtre harcelĂ©e et vivre sa vie normalement", plaide-t-elle. PlutĂŽt que de dĂ©ployer des applications mobiles, ce qui ne "rĂšglera pas la problĂ©matique sur le long terme, il faut davantage informer et sensibiliser dĂšs l'Ă©cole", souligne cette bĂ©nĂ©vole.

AFP

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1 Commentaires
Jojo
Jojo
5 ans

Cette sociĂ©tĂ© est malade... Mais ce n'est qu'un dĂ©but...PhĂ©nomĂšnes migratoires avec choc des cultures (amplifiĂ©s par, la rarĂ©faction des ressources naturelles, les difficultĂ©s Ă©conomiques sociales et politiques dans les pays plus pauvres), et ce sont 10 fois plus de migrants qui sont annoncĂ©s...Sans compter nos bons français qui ont oubliĂ© d'ĂȘtre Ă©duquĂ©s pour le vivre ensemble respectueux (porn culture, et image de la femme comme objet, gangsta culture oĂč on se fĂ©licite d'ĂȘtre une crapule sur patte). Donc c'est malheureux, mais ce n'est pas prĂȘt de finir, n'en dĂ©plaise aux schiappa ou autre opportunistes qui profitent de la situation Ă  leur avantage