Le général Abdul Rashid Dostum, chef de guerre redouté du nord de l'Afghanistan et premier vice-président de retour dimanche à Kaboul aprÚs un an d'exil en Turquie, a été accueilli par un attentat suicide dÚs l'aéroport.
L'explosion, due à un kamikaze a fait au moins "dix morts et blessés" selon un premier bilan du ministÚre de l'Intérieur; elle s'est produite aux portes de l'aéroport alors que le convoi officiel quittait les lieux au milieu d'une foule dense. Selon son porte-parole, le général ouzbek est "indemne" en revanche, des victimes sont à déplorer parmi les spectateurs, a indiqué Najib Danish, porte-parole du ministÚre, sans autres détails. De trÚs nombreuses ambulances se sont aussitÎt ruées sur place.
L'attentat n'a pas été immédiatement revendiqué.
Accusé de viol sur un rival fin 2016, Dostum, qui avait quitté le pays en mai 2017 pour échapper à la justice, a été accueilli en héros par une délégation d'officiels afghans et des dizaines de partisans, principalement des membres de la communauté ouzbÚke. L'avion spécialement affrété par le gouvernement afghan pour le ramener d'Ankara s'est posé à 16H30 (midi GMT), attendu sur le tapis rouge par une haie d'officiels et de partisans enthousiastes.
Dostum, qui doit reprendre ses fonctions de vice-prĂ©sident malgrĂ© l?enquĂȘte de justice ouverte Ă son encontre, est apparu sur la passerelle en costume de ville, chemise blanche et cravate rouge, entourĂ© de sa garde personnelle. Il a aussitĂŽt gagnĂ© ses bureaux de vice-prĂ©sident, devant lesquels de nouveau des centaines de partisans l'attendaient.
Parmi les officiels venus le fĂȘter, l'ex vice-prĂ©sident Ahmad Zia Massoud, frĂšre du dĂ©funt commandant Ahmad Shah Massoud, plusieurs fois trahi par Dostum, Ă©tait prĂ©sent ainsi que l'autre figure du nord, Atta Mohammad Noor, et le leader de la communautĂ© hazara chiite, Mohammad Mohaqiq. Atta, Massoud et Mohaqiq sont les figures de proue de l'opposition au prĂ©sident Ashraf Ghani.
- Impunité pour le "boucher de Kaboul" -
Dimanche matin les portraits de Dostum avaient fleuri dans les rues de Kaboul, le long de la route de l'aéroport et autour du palais présidentiel, accompagnés de "Welcome" en dari et en anglais. D'ethnie ouzbÚke, ùgé d'une soixantaine d'années, Dostum collectionne depuis des décennies les faits de guerre et les pires exactions - comme la mort de 2.000 talibans enfermés dans des conteneurs en 2001.
Une enquĂȘte a Ă©tĂ© ouverte en janvier 2017 par la justice afghane sous pression des Occidentaux aprĂšs qu'il eut ordonnĂ© Ă sa garde personnelle de capturer son rival Ahmad Ishchi, un ancien gouverneur sexagĂ©naire, de l'avoir sĂ©questrĂ©, fait torturer et sodomiser avec un fusil d'assaut AK-47.
EmbarrassĂ©, car Dostum est vice-prĂ©sident d'un pouvoir aux Ă©quilibres dĂ©licats, Ashraf Ghani avait dĂ» se rĂ©soudre Ă cette enquĂȘte aprĂšs l'indignation de responsables des Etats-Unis, de l'Union europĂ©enne et du Canada.
Dostum est le deuxiÚme chef de guerre afghan à regagner la capitale avec les honneurs. En mai 2017, Gulbuddin Hekmatyar, surnommé par la presse "le boucher de Kaboul" pour l'avoir martyrisée par des bombardements sans merci dans les années 90, était rentré aprÚs 20 ans d'absence au terme d'un accord avec le gouvernement lui garantissant l'impunité.
Le gouvernement afghan se trouve dans une situation fragile au nord avec la poussĂ©e du groupe Etat islamique dans la province de Jawzjan, le fief de Dostum et celle des talibans dans la province de Faryab. Des troubles civils ont en outre rĂ©cemment Ă©clatĂ©, faisant plusieurs morts, aprĂšs l'arrestation dĂ©but juillet d'un proche de Dostum, Nizamuddin Qaisari, commandant de la police locale Ă©galement Ă la tĂȘte d'une milice de plusieurs milliers d'hommes. Il est accusĂ© d'insultes et menaces de mort envers les autoritĂ©s.
Depuis la Turquie, le général Dostum avait dénoncé l'arrestation de son allié et prévenu que la défense du nord "risquait de s'effondrer" face aux talibans et au groupe Etat islamique.
A l'approche des élections législatives d'octobre et présidentielle prévues en 2019, Ashraf Ghani a besoin de ramener un minimum de stabilité dans le pays mais ses offres de paix aux talibans sont restées jusqu'à présent sans effet.
AFP


