7Ăšme art

Le cinéma pour "parler de ma douleur", dit l'auteur de "Pebbles" en lice pour un Oscar

  • PubliĂ© le 13 dĂ©cembre 2021 Ă  13:26
  • ActualisĂ© le 13 dĂ©cembre 2021 Ă  13:47
Le cinéaste indien P.S. Vinothraj, le 27 novembre 2021 à Panaji, dont le premier film "Koozhangal" est en lice pour un Oscar

Petit garçon, il vendait des fleurs sur un marché de sa ville natale dans le sud de l'Inde, quand cameramen et comédiens ont débarqué pour un tournage de cinéma. Ce fut le déclic pour P.S. Vinothraj dont le premier film est aujourd'hui en lice pour un Oscar.

Plus de deux dĂ©cennies ont passĂ©, son film "Koozhangal" vient de faire sensation en Inde mais aussi Ă  l'Ă©tranger sous le titre "Pebbles" (cailloux) y compris Ă  Hollywood oĂč il est en compĂ©tition pour l'Oscar du meilleur long mĂ©trage international l'an prochain.

Pourtant, le jeune cinĂ©aste de 32 ans ne s'attendait pas Ă  une telle reconnaissance et souhaitait surtout organiser des projections de "Pebbles" dans les villages de l’État mĂ©ridional du Tamil Nadu oĂč il l'a tournĂ©. Issu d'un milieu dĂ©favorisĂ©, il s'est inspirĂ© de drames survenus au sein de sa propre famille et de son environnement, dans la vieille citĂ© de Madurai.

- "Raconter ces tourments" -

"Ce genre de vie s'est changé en film", déclare-t-il à l'AFP, s'exprimant en tamoul. Agé de neuf ans à la mort de son pÚre, il a dû aussitÎt se mettre à travailler, privé d'éducation pour aider sa famille. "Le cinéma me permet de parler de ma douleur", confie-t-il.

Il a grandi en vivant de petits boulots qui l'ont entraßné ailleurs. Il fut un temps ouvrier d'une usine de textile à Tiruppur. "Nombre de vies sont tombées en ruines sous mes yeux", dit-il.

"Certains se sont mariĂ©s trĂšs jeunes, ont traversĂ© une multitude d'Ă©preuves", poursuit-il, "tout cela est restĂ© en moi, avec le dĂ©sir de raconter ces tourments". Le rĂȘve de devenir rĂ©alisateur persistait et, convaincu que l'Ă©ducation l'aiderait Ă  le concrĂ©tiser, il a voulu s'inscrire dans une Ă©cole. Mais il avait ratĂ© le coche, car "trop vieux".

Il est alors parti s'installer dans la capitale de l'État, Chennai (ancienne Madras), oĂč il s'est formĂ© seul au cinĂ©ma en regardant des films dans la boutique de DVD qui l'employait.

Puis il a fini par décrocher des postes d'assistant sur des tournages de courts métrages et au théùtre. "Mon expérience de la vraie vie m'a appris la dureté et m'a aidé à faire ce film, (...) m'y a préparé", assure-t-il.

- "Histoires simples, honnĂȘtes" -

P.S. Vinothraj rĂ©flĂ©chissait Ă  ce qu'il voulait raconter au cinĂ©ma, cherchait une idĂ©e de long-mĂ©trage quand sa sƓur a franchi le seuil de la maison familiale, en pleurs, se souvient-il.

Elle avait été chassée du domicile conjugal par son mari et était parvenue jusque-là aprÚs avoir parcouru 13 kilomÚtres à pied, son enfant de deux ans dans les bras, sous un soleil de plomb.

"J'ai éprouvé de la douleur et me suis demandé pourquoi la vraie vie était une telle épreuve", dit-il encore, "puis j'ai pris conscience que je travaillais dans le cinéma, c'était mon outil".

Ainsi "Pebbles" conte le périple d'un homme alcoolique, violent, et son jeune fils, dans la rudesse et l'aridité du Tamil Nadu, à la recherche de la mÚre qui les a quittés.

Le titre provient d'un mot tamoul dĂ©signant les cailloux que les paysans se mettent dans la bouche pour lutter contre la soif. La critique indienne a applaudi un "chef-d'Ɠuvre" et saluĂ© un "dĂ©but sensationnel (...) viscĂ©ral et puissant".

Au Festival international du film de Rotterdam, "Pebbles" a été récompensé par un Tiger Award, le jury estimant que l'art "en apparence simple et humble" du débutant était une "leçon de cinéma pur".

Lui s'en dit "trĂšs fier", comme de sa sĂ©lection aux Oscars, ajoutant qu'un tel soutien lui fait l'effet "d'une grande fĂȘte". P.S. Vinothraj se mĂȘle au mouvement Ă©mergent de rĂ©alisateurs tamouls issus comme lui de milieux dĂ©favorisĂ©s, qui osent traiter des inĂ©galitĂ©s sociales et mettre en scĂšne des personnages malmenĂ©s par la vie.

"Je ne parle pas anglais, ne suis pas Ă©duquĂ©, j'ai tout appris sur le chemin de l'existence", explique-t-il, "le film en est la mĂ©taphore". Son prochain projet a trouvĂ© matiĂšre dans une autre situation familiale. L'essentiel pour lui, assure-t-il, est de continuer Ă  tourner des "histoires simples, honnĂȘtes, de la vie".

AFP

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