Solidarité

Le "Club des mordus" vient en aide aux victimes d'attaques d'animaux

  • PubliĂ© le 22 fĂ©vrier 2021 Ă  20:44
  • ActualisĂ© le 22 fĂ©vrier 2021 Ă  21:39
De g. Ă  d., les surfeurs Kevin Young, Dave Pearson, Bruce Locas et Ray Short, le 23 janvier 2021 Ă  Port Macquarie

Le "Bite Club" ou "Club des mordus" est un cercle singulier.

Créé par Dave Pearson, un Australien qui a survécu à une attaque de requin, il vient en aide aux centaines de personnes qui, à travers la planÚte, ont connu ce type d'expérience traumatisante. Il y a prÚs de dix ans, cet homme de 58 ans surfait sur la cÎte est australienne quand un requin-bouledogue lui a arraché un bras. Ses amis ont réussi à le ramener sur la plage, loin du prédateur de trois mÚtres de long qui l'avait entraßné vers le fond de l'océan.
Depuis ce jour, il aide les victimes d'attaques Ă  surmonter leur traumatisme.

"Ma vie est faite d'attaques de requins", raconte-t-il Ă  l'AFP, aprĂšs une journĂ©e passĂ©e Ă  prendre des vagues sur la plage oĂč a eu lieu le drame.
Au dĂ©part, le "club des mordus" ne comptait qu'un petit nombre de victimes de ces prĂ©dateurs marins. Depuis, il s'est Ă©largi aux personnes attaquĂ©es par des chiens, des alligators et mĂȘme des hippopotames. Ses membres, dĂ©sormais prĂšs de 400, se rencontrent habituellement au moins une fois par an. Certains se voient mĂȘme pour surfer alors que d'autres restent en contact via les rĂ©seaux sociaux.


- "Il ne comprenaient pas" -

Son club est un rĂ©seau de survivants qui cherchent du soutien. Le fondateur passe donc la plupart de ses nuits au tĂ©lĂ©phone avec au moins un de ses membres qui ressent le besoin de parler. C'est en partageant par hasard Ă  l'hĂŽpital son expĂ©rience traumatisante avec Lisa Mondy, attaquĂ©e quelques jours avant lui par un requin, qu'il a rĂ©alisĂ© l'importance d'Ă©changer. "Tout le monde Ă©tait lĂ  pour me souhaiter le meilleur, mais jusqu'Ă  ce que je parle avec Lisa, c'Ă©tait comme s'ils ne comprenaient pas vraiment ce que j'avais dans la tĂȘte", se souvient le surfeur.

Le choc de l'attaque mĂȘlĂ© Ă  la couverture mĂ©diatique est perturbant pour les victimes et leurs proches mais aussi pour les secours. Dans certains cas, il peut provoquer un trouble de stress post-traumatique. Le jour de 2013 oĂč Zac, ĂągĂ© de 19 ans, a Ă©tĂ© tuĂ© par un requin-tigre prĂšs de la ville australienne de Coffs Harbour, son pĂšre, Kevin Young, s'est senti anĂ©anti par une tempĂȘte dĂ©vastatrice. Alors qu'il avait les jambes presque sectionnĂ©s, son fils a rĂ©ussi Ă  rejoindre en ramant ses trois amis, ĂągĂ© de 14, 15 et 19 ans. Au milieu des eaux rouge sang, le trio a ramĂ© prĂšs d'une demi-heure pour le ramener vivant jusqu'au rivage. En vain.

"Dans mon esprit, ce jour-là, ces trois garçons sont devenus des hommes", souligne M. Young qui se sent "redevable à vie" pour ce qu'ils ont fait. Tout comme M. Pearson, M. Young évoque la douleur des autres avant la sienne. Chacune des personnes ayant pris part au sauvetage de son fils en a payé le prix psychologique, dit-il.

- Points de vue différents -
Pour M. Young, c'est une chance d'appartenir Ă  ce "Bite Club" qui Ă©vite aux victimes d'ĂȘtre livrĂ©es Ă  elles-mĂȘmes. Parmi elles figure Ray Short. En 1966, alors ĂągĂ© de 13 ans, un requin lui a arrachĂ© une jambe pendant qu'il nageait prĂšs de Wollongong, au sud de Sydney. A l'Ă©poque, "si vous rencontriez ou entendiez parler d'une ou deux autres victimes de morsures de requin, c'Ă©tait incroyable", se souvient M. Short qui se rĂ©jouit de l'existence de ce club.

Pour M. Pearson, si tous ses membres sont Ă©troitement liĂ©s, leurs points de vue divergent. Certains sont partisans d'abattre les requins et d'autres sont des dĂ©fenseurs de l'environnement. De mĂȘme, la maniĂšre de surmonter ce traumatisme diffĂšre. M. Pearson, tout comme beaucoup d'autres membres du cercle, n'a pas tournĂ© le dos Ă  l'ocĂ©an.

Seule sa pratique du "surf a changé, c'est probablement plus spécial désormais parce que j'en connais les conséquences".
Si les attaques de requins demeurent exceptionnelles, elles ont été particuliÚrement nombreuses (22) l'an dernier en Australie et ont fait sept morts, selon la Taronga Conservation Society.

En 2020, l'ßle-continent a été le pays à enregistrer le plus de telles attaques, d'aprÚs les données mondiales du programme de recherche sur les requins du Musée d'histoire naturelle de Floride. "L'an dernier, j'ai rencontré quatre familles qui ont perdu quelqu'un et c'est dur, chaque attaque vous rappelle la vÎtre", reconnaßt M. Pearson.
 

AFP

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