Politique

Le nouvel homme fort du Burkina issu d'un putsch investi président

  • PubliĂ© le 16 fĂ©vrier 2022 Ă  17:48
  • ActualisĂ© le 16 fĂ©vrier 2022 Ă  20:33
Le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba lors de sa premiÚre intervention à la télévision burkinabÚ le 27 janvier 2022

Le nouvel homme fort du Burkina Faso, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, a été investi mercredi président par le Conseil constitutionnel, trois semaines aprÚs le coup d'Etat qui l'a porté au pouvoir et juste avant la redéfinition de la présence militaire internationale dans le Sahel.

"Je jure devant le peuple burkinabĂš (...) de prĂ©server, de respecter, de faire respecter et de dĂ©fendre la Constitution, l'acte fondamental et les lois" du Burkina, a dĂ©clarĂ© M. Damiba en prĂȘtant serment devant le Conseil lors d'une cĂ©rĂ©monie retransmise par la tĂ©lĂ©vision nationale.

Aucun dirigeant Ă©tranger n'a assistĂ© Ă  la cĂ©rĂ©monie qui s'est tenue dans une petite salle du Conseil constitutionnel oĂč seule la presse officielle a Ă©tĂ© admise.

AprĂšs sa prestation de serment, M. Damiba, vĂȘtu d'un treillis militaire ceint d'une Ă©charpe aux couleurs du Burkina, la tĂȘte coiffĂ©e d'un bĂ©ret rouge, a prononcĂ© un discours d'une dizaine de minutes, le deuxiĂšme seulement depuis sa prise de pouvoir.

Dans le sillage du Mali et du Niger, le Burkina Faso est pris depuis 2015 dans une spirale de violences attribuées à des mouvements jihadistes, affiliés à Al-Qaïda et au groupe Etat islamique, qui ont fait plus de 2.000 morts dans le pays et contraint au moins 1,5 million de personnes à fuir leurs foyers.

Rendant hommage au "peuple BurkinabÚ qui souffre dignement des affres du terrorisme depuis plus de six ans", il a appelé à "prendre collectivement conscience des efforts et des sacrifices à consentir".

Une minute de silence a été observée à la mémoire des victimes civiles et militaires des jihadistes.

"En ces moments difficiles, notre pays n'a pas été abandonné par ses partenaires. Le Burkina Faso réitÚre sa disponibilité à travailler en toute souveraineté avec tous les partenaires dans le respect mutuel", a-t-il ajouté, alors que le Burkina Faso a été suspendu des instances de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédeao) et de l'Union africaine, sans autres sanctions pour l'instant.

Le lieutenant-colonel Damiba, 41 ans, a pris le pouvoir le 24 janvier à Ouagadougou aprÚs deux jours de mutineries dans plusieurs casernes du pays, renversant le président élu Roch Marc Christian Kaboré, accusé notamment de pas avoir réussi à contrer la violence jihadiste qui frappe le Burkina depuis prÚs de sept ans.

Il a mis en place une junte appelĂ©e Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) qui a pour prioritĂ© "la sĂ©curitĂ©". Mercredi, M. Damiba a assurĂ© que "l'Ɠuvre de refondation portĂ©e par le MPSR ne s’inscrit pas dans une logique rĂ©volutionnaire", martelant l'importance de "la valeur d'intĂ©gritĂ©".

"Nous allons procéder à une dépolitisation systématique, méthodique et progressive de l'administration publique. Seules doivent prévaloir les compétences techniques et la probité", a-t-il déclaré.

- Opérations de Barkhane -

Plusieurs heures avant la prestation de serment, l'accÚs au Conseil constitutionnel était filtré par un important dispositif des forces de sécurité dressé dans un rayon de 100 m autour du siÚge de l'institution à Ouagadougou, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le lieutenant-colonel Damiba a rapidement consulté les forces vives, partis politiques, syndicats et organisations de la société civile, plutÎt indulgentes à son égard.

A la suite de ces consultations, M. Damiba a pris le 6 fĂ©vrier un dĂ©cret annonçant la crĂ©ation d'une commission composĂ©e de 15 membres en vue d'"Ă©laborer un projet de charte et d'agenda, assorti d'une proposition de durĂ©e de la transition et des modalitĂ©s de mise en Ɠuvre" dans un "dĂ©lai de deux semaines".

Mercredi, M. Damiba n'a donné aucune précision sur la durée de cette transition.

La Cédéao et l'Union africaine avaient demandé fin janvier à la junte un calendrier "raisonnable" pour le "retour à l'ordre constitutionnel" et la libération du président Kaboré renversé, qui se trouvait toujours mercredi en résidence surveillée dans une villa de Ouagadougou.

La prestation de serment de M. Damiba est intervenue à quelques heures de l'annonce par la France et ses partenaires européens de leur retrait du Mali voisin, en raison de l'attitude hostile à leur égard des militaires au pouvoir à Bamako, également issus d'un coup d'Etat.

Le lieutenant-colonel Damiba n'a pas pris position sur l'engagement militaire français et européen dans le Sahel, mais depuis qu'il est au pouvoir, la force française Barkhane a pu mener des opérations anti-jihadistes au Burkina.

Il a remodelé les structures de la lutte anti-jihadiste et s'est rendu récemment dans le nord de son pays, une région particuliÚrement affectée par les attaques.

AFP

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