Il succĂšde Ă  Rami Hamdallah

Le président palestinien nomme l'un de ses proches Premier ministre

  • PubliĂ© le 10 mars 2019 Ă  18:47
  • ActualisĂ© le 10 mars 2019 Ă  20:36
Mohammad Chtayyeh, nommé nouveau Premier ministre palestinien par le président Mahmoud Abbas, le 10 mars 2019 dans son bureau à Ramallah

Le président palestinien Mahmoud Abbas a nommé dimanche l'un de ses proches, Mohammad Chtayyeh, Premier ministre, le chargeant de former un nouveau gouvernement, un choix qui devrait renforcer l'emprise de son parti, le Fatah, au détriment du Hamas, le mouvement islamiste rival.

Fin décembre, le président palestinien avait annoncé vouloir dissoudre le Parlement palestinien contrÎlé par le Hamas et organiser des élections dans les six mois. Un mois plus tard, le précédent Premier ministre palestinien, Rami Hamdallah, remettait sa démission.

Ces annonces et la nomination de Mohammad Chtayyieh, un des fidĂšles du prĂ©sident palestinien, Ă  la tĂȘte du gouvernement, sont perçues par les analystes comme une maniĂšre pour Mahmoud Abbas d'Ă©carter encore davantage le Hamas qui contrĂŽle Gaza. Ce dernier a annoncĂ© dimanche qu'il ne reconnaissait "pas le gouvernement sĂ©paratiste car il a Ă©tĂ© formĂ© sans consensus national".

Le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a dénoncé dans un communiqué un nouveau gouvernement qui "reflÚte l'unilatéralisme d'Abbas et son monopole du pouvoir", mettant en garde contre la volonté du président palestinien de séparer la bande de Gaza de la Cisjordanie occupée. Le gouvernement est l'émanation de l'Autorité palestinienne, entité intérimaire internationalement reconnue et censée préfigurer un Etat indépendant qui comprendrait la Cisjordanie et la bande de Gaza, séparées de quelques dizaines de kilomÚtres par le territoire israélien. Mais dans les faits, c'est le président palestinien qui prend les décisions importantes.

L'Autorité palestinienne n'exerce plus son pouvoir, limité par l'occupation israélienne, que sur des fragments de Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

- Paysage politique figé -

En 2014, la nomination du précédent gouvernement s'était faite lors d'une phase de réconciliation entre le Hamas et le Fatah. Le cabinet ainsi formé était composé de personnalités indépendantes que les deux mouvements avaient acceptées, avant que le rapprochement ne vole en éclat.

Le nouveau gouvernement que devra annoncer M. Chtayyieh dans les prochaines semaines est lui au contraire le fruit de l'échec des négociations entre le parti laïc du président palestinien et le mouvement islamiste. "Si le Hamas ne veut pas de la réconciliation, si le Hamas ne veut pas d'élections, si le Hamas veut toujours former avec d'autres un mini-Etat à Gaza pour les FrÚres musulmans, si c'est leur stratégie, nous devons mettre fin à la relation. C'est pourquoi nous devons former un nouveau gouvernement", avait ainsi déclaré Nabil Abou Roudeinah, le porte-parole du président palestinien le mois dernier.

En 2006, le Hamas a remporté les élections législatives palestiniennes mais la communauté internationale a refusé de reconnaßtre cette victoire.
Un an plus tard, le mouvement islamiste prenait le contrÎle de la bande de Gaza au terme d'une quasi-guerre civile avec le Fatah. Depuis, tous les efforts de réconciliation entre les deux frÚres ennemis palestiniens ont échoué, figeant le paysage politique: le Parlement ne siÚge pas et le président Mahmoud Abbas, dont le mandat a expiré depuis 2009, dirige toujours l'Autorité palestinienne, faute d'élections.

En 2018, M. Hamdallah avait essuyĂ© un attentat contre son convoi lors d'une rare visite Ă  Gaza. Il s'en Ă©tait sorti indemne. M. Abbas a pris une sĂ©rie de mesures de rĂ©torsion pour tenter de forcer, en vain, le Hamas Ă  remettre les rĂȘnes du pouvoir Ă  l'AutoritĂ© palestinienne Ă  Gaza. Pour des observateurs, ces mesures attisent les tensions dans l'enclave, qui a frĂŽlĂ© une nouvelle guerre avec IsraĂ«l en 2018.

L'AutoritĂ© s'inquiĂšte d'ĂȘtre mise Ă  l'Ă©cart en voyant des acteurs internationaux, face Ă  l'acuitĂ© de la situation Ă  Gaza, traiter avec le Hamas. Elle s'alarme Ă©galement de la disjonction grandissante entre la Cisjordanie et Gaza et du risque que cet Ă©loignement fait peser sur la crĂ©ation d'un Etat palestinien comprenant les deux territoires, mĂȘme si les nĂ©gociations de paix avec IsraĂ«l sont inexistantes depuis des annĂ©es.

L'Autorité, au sein de laquelle le président n'a pas de réelle opposition, est largement discréditée auprÚs des Palestiniens qui lui reprochent corruption et incapacité à mettre fin à l'occupation israélienne.

- © 2019 AFP

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