Scandale des abus sexuels

Le procureur de New York pose des conditions au rachat du studio Weinstein

  • PubliĂ© le 13 fĂ©vrier 2018 Ă  02:17
  • ActualisĂ© le 13 fĂ©vrier 2018 Ă  06:18
Le producteur américain  Harvey Weinstein, le 23 mai 2017 à Cannes

Le procureur de l'Etat de New York a posé lundi des conditions au rachat du studio co-fondé par Harvey Weinstein avec son frÚre Robert, réclamant notamment le départ des membres de la direction ayant fermé les yeux sur les abus sexuels commis par le tout-puissant producteur.


Lors d'une confĂ©rence de presse, le procureur Eric Schneiderman a citĂ© "trois principes simples" que devrait respecter tout projet de reprise: "Les victimes devront ĂȘtre correctement dĂ©dommagĂ©es, les employĂ©s Ă  l'avenir protĂ©gĂ©s et les cadres de la sociĂ©tĂ© coupables ou ayant permis (les abus) ne devront pas ĂȘtre rĂ©compensĂ©s".

"Toute offre qui enlĂšve les frĂšres Weinstein mais laisse intact le reste de la direction devrait ĂȘtre inacceptable", a-t-il aussi soulignĂ©, faisant valoir qu'"il s'agissait d'une culture d'entreprise omniprĂ©sente" que "n'importe quel cadre avec un sens de l'intĂ©gritĂ© aurait dĂ» faire cesser".

Le procureur, qui a assigné dimanche en justice The Weinstein Company (TWC) et les frÚres Weinstein pour n'avoir pas protégé leurs employés du comportement de prédateur sexuel du producteur, a pour autant assuré "ne vouloir bloquer aucun rachat" et vouloir éviter la mise en faillite de TWC.

Lundi matin, plusieurs médias américains avaient affirmé que cette assignation en justice avait fait capoter les négociations de reprise quasiment abouties menées par un groupe d'investisseurs emmené par une ex-responsable de l'administration Obama, Maria Contreras-Sweet.

Une source proche du dossier a cependant assuré à l'AFP que les négociations se poursuivaient lundi, tout en reconnaissant que "les commentaires du procureur ont donné une nouvelle perspective à ce rachat". Selon M. Schneiderman, le projet de reprise prévoit de confier la présidence de la nouvelle société à David Glasser, ancien directeur des opérations du studio Weinstein, une proposition qu'il a qualifiée d'"inacceptable".

- Plaintes 'choquantes' -

"David Glasser, qui supervisait le dĂ©partement des ressources humaines, n'a pas mis fin Ă  la discrimination, au harcĂšlement et aux abus alors mĂȘme qu'il Ă©tait responsable du traitement de dizaines de plaintes choquantes", a soulignĂ© le procureur. MalgrĂ© le dĂ©pĂŽt de "dizaines de plaintes formelles et de beaucoup d'autres informelles", a-t-il soulignĂ©, "aucune enquĂȘte formelle n'a jamais Ă©tĂ© lancĂ©e".

Le projet portĂ© par Mme Contreras-Sweet ne prĂ©voyait pas non plus dimanche de vĂ©ritable indemnisation des victimes, selon M. Schneiderman, et aurait maintenu les victimes de Harvey Weinstein "prisonniĂšres d'accords de confidentialitĂ©" signĂ©s avec l'entreprise qui "les auraient empĂȘchĂ©es de tĂ©moigner".

Si une offre de rachat était finalisée sans respecter ces conditions, le bureau du procureur de New York pourrait la bloquer en justice, a précisé une responsable. Ces conditions sévÚres se justifient, selon le procureur, par l'ampleur inédite des abus commis pendant plusieurs années au sein du célÚbre studio, derriÚre la production de films à succÚs comme "Le discours d'un roi" ou "Django Unchained".

- Une organisation au service des obsessions sexuelles de Harvey Weinstein -

Les quatre mois d'enquĂȘte, qui ont permis d'Ă©plucher les archives de la sociĂ©tĂ© et ont dĂ©bouchĂ© sur l'assignation en justice de dimanche, ont rĂ©vĂ©lĂ© combien l'organisation de TWC s'Ă©tait adaptĂ©e pour faciliter les obsessions sexuelles de Harvey Weinstein. Un groupe d'employĂ©es de la sociĂ©tĂ© avait notamment "pour tĂąche principale" d'accompagner Harvey Weinstein Ă  des Ă©vĂ©nements et de faciliter ses "conquĂȘtes", selon le procureur. Et un groupe Ă©tait "responsable de nettoyer son bureau aprĂšs ses contacts sexuels, y compris de rapporter aux femmes les vĂȘtements qu'elles auraient laissĂ©s".

Depuis la révélation de l'affaire Weinstein début octobre, plus de cent femmes dont des célébrités comme Ashley Judd, Gwyneth Paltrow ou Salma Hayek ont accusé Harvey Weinstein de les avoir harcelées, agressées ou violées, souvent il y a des années, voire des décennies.

Plusieurs victimes prĂ©sumĂ©es l'ont assignĂ© en justice. Le producteur, aujourd'hui ĂągĂ© de 65 ans, est sous le coup d'enquĂȘtes menĂ©es par les polices de New York, de Los Angeles et de Londres, mĂȘme s'il n'a fait l'objet d'aucune inculpation jusqu'ici. Face Ă  ces accusations, qui ont donnĂ© naissance au puissant mouvement anti-harcĂšlement #MeToo, les avocats d'Harvey Weinstein ont toujours dĂ©menti qu'il ait eu des rapports sexuels non consentis.

Le producteur déchu, invisible depuis le début du scandale, serait actuellement en traitement contre les addictions sexuelles dans un centre spécialisé de l'Arizona.
AFP

guest
0 Commentaires