Syrie

Le régime et les rebelles annoncent un accord dans le sud

  • PubliĂ© le 7 juillet 2018 Ă  06:08
  • ActualisĂ© le 7 juillet 2018 Ă  07:18
De la fumée s'élÚve au-dessus d'un secteur rebelle de la ville de Deraa, aprÚs des raids attribués au régime syrien, le 5 juillet 2018

Le gouvernement syrien et les rebelles du sud de la Syrie sont parvenus à un accord pour mettre fin à l'offensive dévastatrice que menait le régime depuis le 19 juin dans la province de Deraa, "berceau" de la révolte anti-Assad.

Cet accord, qui concerne uniquement la province de Deraa selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), a été obtenu dans la ville de Bousra al-Cham au bout de longues négociations entre Russes --alliés du régime-- et factions rebelles, au lendemain d'un déluge de feu qui avait contraint les insurgés à reprendre les pourparlers.

"Un accord a été obtenu entre le gouvernement syrien et les groupes terroristes", a annoncé l'agence de presse officielle Sana, qui utilise le terme "terroristes" pour désigner tous les groupes qui combattent le régime. Celui-ci prévoit l'"entrée en vigueur d'un cessez-le-feu et la remise par les groupes terroristes de leurs armes lourdes et moyennes dans toutes les villes et localités", selon Sana.

Ceux "qui refusent ce rĂšglement partiront pour (la province d')Idleb avec leurs familles", a prĂ©cisĂ© l'agence, une condition sur laquelle les factions rebelles avaient insistĂ©. D'autre part, les dĂ©placĂ©s pourront revenir chez eux, d'aprĂšs la mĂȘme source.

L'offensive militaire du rĂ©gime a fait au moins 325.000 dĂ©placĂ©s, selon le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU, Antonio Guterres. Jeudi, la Russie avait empĂȘchĂ© l'adoption d'une dĂ©claration de l'ONU centrĂ©e sur l'aide humanitaire aux populations de Deraa. En vertu de l'accord conclu vendredi soir, les institutions de l'Etat reprendront leur travail dans la rĂ©gion et "l'Etat syrien prendra le contrĂŽle de toutes les positions aux mains des rebelles le long de la frontiĂšre jordanienne", selon l'agence Sana.

Dans un communiqué, les groupes rebelles ont confirmé l'existence d'un accord "pour épargner le sang du sud", tout en réclamant une supervision de l'ONU pour sa mise en oeuvre. Le porte-parole du commandement rebelle, Hussein Abazeed, a affirmé à l'AFP que cet accord constituait "la meilleure option possible pour épargner le sang des combattants insurgés".

La province de Deraa est frontaliÚre de la Jordanie et décrite comme le "berceau" de la révolte contre le président syrien Bachar al-Assad en 2011. La guerre en Syrie a éclaté aprÚs la répression de ces manifestations prodémocratie par le régime.

"TrĂšs symbolique"

Quelques heures avant l'annonce d'un accord, des militaires russes et des responsables syriens de l'administration des frontiÚres étaient arrivés "sans aucun combat" au poste-frontiÚre stratégique de Nassib, avait indiqué à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. L'agence Sana avait, elle, rapporté que le drapeau syrien avait "été hissé au niveau du poste de Nassib", à la frontiÚre jordanienne, dont les rebelles avaient pris le contrÎle en 2015.

"Deraa est trÚs symbolique pour Assad parce que c'est le berceau de la révolution syrienne, tandis que (la reprise de) Nassib poussera les Jordaniens à s'investir pour un retour du régime dans le sud-ouest au vu des bénéfices de la reprise des échanges commerciaux avec la Syrie", a expliqué à l'AFP Nicholas Heras, chercheur au Centre for a New American Security.

AprĂšs avoir repris ces derniers mois le contrĂŽle de zones rebelles autour de Damas --comme dans la Ghouta orientale, oĂč il a Ă©tĂ© accusĂ© de crimes contre l'humanitĂ© par l'ONU--, le rĂ©gime syrien s'Ă©tait tournĂ© vers Deraa, l'un des derniers fiefs rebelles. Il y a menĂ©, avec son alliĂ© russe, une stratĂ©gie rodĂ©e alliant bombardements meurtriers et nĂ©gociations pour des accords dits de "rĂ©conciliation" qui s'apparentent Ă  des capitulations.

Plus de 30 localités de la province de Deraa étaient ainsi déjà passées ces derniÚres semaines sous contrÎle du régime, en vertu d'accords avec certaines factions rebelles. Ceci avait permis à Damas de négocier en position de force, en ayant la main sur prÚs de 70% de la province contre 30% avant l'offensive.

Selon le porte-parole du commandement rebelle, Hussein Abazeed, l'accord de vendredi soir prévoit le transfert en toute sécurité d'au moins 6.000 personnes --combattants et civils--, vers la province d'Idleb (nord-ouest, encore sous contrÎle insurgé. Selon des sources rebelles, Moscou avait auparavant rejeté un abandon progressif des armes lourdes par les insurgés et tout transfert de population.

La province de Deraa avait fait l'objet d'un cessez-le feu l'an dernier, en vertu d'un accord entre les Etats-Unis, la Russie et la Jordanie. L'offensive du régime de Bachar al-Assad, qui en a fait fi, a tué 150 civils en moins de trois semaines.

A Bsayra, une localité de la province de Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie, 18 personnes, dont 11 membres des Forces démocratiques syriennes (FDS), ont été tuées vendredi par l'explosion d'une voiture piégée devant un siÚge de cette coalition de combattants arabes et kurdes soutenue par les Etats-Unis, a indiqué l'OSDH. L'attentat n'a pas été revendiqué.

- © 2018 AFP

guest
0 Commentaires