Le jury exclusivement féminin du prix Femina a couronné mardi l'écrivain Sylvain Prudhomme pour "Par les routes", un roman aux accents mélancoliques sur l'art de l'abandon.
"C'est un livre oĂč j'ai essayĂ© de parler du dĂ©sir de libertĂ© qu'on a un peu tous", a dĂ©clarĂ© le romancier venu recevoir son prix dans un salon du trĂšs chic Cercle de l'union interalliĂ©, Ă deux pas du Palais de l'ĂlysĂ©e.
Le roman, le 8e de Sylvain Prudhomme, 40 ans, publié chez L'ArbalÚte/Gallimard avait déjà été récompensé début octobre par le prix Landerneau des lecteurs. Il est toujours en lice pour le prix Interallié (décerné le 13 novembre) et a figuré dans les premiÚres sélections du Renaudot et du Grand prix de l'Académie française.
Le roman, sorti en août, s'est écoulé jusqu'à présent à 8.000 exemplaires selon l'institut GfK cité par le magazine professionnel Livres Hebdo.
L'écrivain était en lice face à Dominique Barbéris pour "Un dimanche à Ville-d?Avray" (Arléa), Michaël Ferrier pour "Scrabble" (Mercure de France), Luc Lang pour "La Tentation" (Stock), Alexis Ragougneau pour "Opus 77" (Viviane Hamy) et Monica Sabolo pour "Eden" (Gallimard).
Le Femina étranger a distingué le romancier espagnol Manuel Vilas pour "Ordesa" (Editions du Sous-Sol), traduit de l'espagnol par Isabelle Gugnon. Un prix spécial pour l'ensemble de son ?uvre a été remis à l'autrice irlandaise Edna O'Brien dont le livre "Girl" (Sabine Wespieser), traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, était dans la sélection finale.
Le Femina essai a récompensé Emmanuelle Lambert pour "Giono, furioso" (Stock). Une mention spéciale en tant que "lanceur d'alerte" a distingué "La fabrique du crétin digital: les dangers des écrans pour nos enfants" (Seuil) de Michel Desmurget.
- Un air de Leonard Cohen -
Camille Laurens, prĂ©sidente cette annĂ©e du jury du Femina, a saluĂ© en "Par les routes" un livre "trĂšs contemporain qui dit quelque chose de trĂšs fort sur l'amour et l'amitiĂ© et en mĂȘme temps sur cette jeunesse qui ne veut pas s'en aller". Le livre, a-t-elle ajoutĂ©, dĂ©peint "une façon trĂšs contemporaine d'envisager les rapports entre hommes et femmes".
"Mon livre, a reconnu Sylvain Prudhomme, est aussi sur la libertĂ© qu'on laisse Ă ceux qu'on aime". "Par les routes" met en scĂšne un homme d'une quarantaine d'annĂ©es jamais autrement nommĂ© que "l'auto-stoppeur". En couple avec une traductrice nommĂ©e Marie, pĂšre d'un petit garçon, l'auto-stoppeur ne peut s'empĂȘcher de partir rĂ©guliĂšrement, pouce levĂ©, au hasard sur les routes de France.
L'histoire est racontĂ©e par Sacha, un ancien ami. Ăcrivain, Sacha est venu s'installer dans une petite ville du sud-est sans savoir qu'il y retrouverait son compagnon de jeunesse avec qui, vingt ans auparavant, il avait sillonnĂ© la France en auto-stop. L'un s'est assagi, l'autre, doux et aimant, a pourtant toujours ce besoin paradoxal de bouger, d'aller voir d'autres ailleurs mĂȘme si, le plus souvent, ce sont des aires d'autoroutes. "C'Ă©tait comme s'il avait toujours besoin que sa trajectoire en frĂŽle d'autres", Ă©crit joliment Sylvain Prudhomme en parlant de son personnage.
Au fil des absences de plus en plus longues et fréquentes de l'auto-stoppeur, Sacha se rapproche de Marie et de leur fils Agustin. Mais le livre du romancier n'est pas un vaudeville. Ce qu'offre Sylvain Prudhomme est une splendide ode à la liberté. Il existe une multitude d'existences possibles, rappelle l'écrivain.
Le livre (304 pages, 19 euros) est dĂ©licat, sans emphase. La tonalitĂ© du roman oscille entre Lodoli (l'Ă©crivain italien que traduit Marie et dont elle dit: "Toujours la mĂȘme chose. La vie qui passe. Le temps qui s'en va. C'est tout simple, il n'y a jamais rien de spectaculaire") et Leonard Cohen qu'on entend fredonner "Famous Blue Raincoat", une chanson oĂč il est question d'une fille que l'on est deux Ă aimer et oĂč l'un des garçons dit Ă l'autre: "Je suis heureux que tu te sois trouvĂ© sur ma route".
L'an dernier, le prix Femina avait Ă©tĂ© dĂ©cernĂ© Ă Philippe Lançon pour "Le lambeau" (Gallimard) tandis que le prix Femina Ă©tranger avait Ă©tĂ© attribuĂ© Ă la romanciĂšre amĂ©ricaine Alice McDermott pour "La neuviĂšme heure" (La Table ronde), traduit de l'anglais par CĂ©cile Arnaud. Le Femina essai avait rĂ©compensĂ© Ălisabeth de Fontenay pour "Gaspard de la nuit" (Stock).
AFP
