Le suspect de l'attaque de Belfast devant un juge, au lendemain de violences anti-immigrés

  • PubliĂ© le 10 juin 2026 Ă  12:28
  • ActualisĂ© le 10 juin 2026 Ă  12:31
Des policiers sur les lieux d'une agression au couteau avenue Kinnaird, dans le nord de Belfast, en Irlande du Nord, le 9 juin 2026

Le réfugié soudanais accusé d'une attaque au couteau à Belfast qui a choqué le Royaume-Uni doit comparaßtre mercredi devant un juge, aprÚs une soirée de violentes manifestations anti-immigrés dans cette ville d'Irlande du Nord.

La vidéo de cette attaque, qui a eu lieu lundi et qui montre l'assaillant assis sur un homme à terre, en sang, lui portant des coups, a été largement partagée sur les réseaux sociaux.

CondamnĂ©e unanimement par la classe politique britannique, dont le Premier ministre Keir Starmer, elle a suscitĂ© des appels Ă  manifester, relayĂ©s par des figures de l'extrĂȘme droite, notamment le militant Tommy Robinson - de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon - et soutenus par le milliardaire amĂ©ricain Elon Musk.

Mardi soir, et malgré les appels au calme des autorités, des centaines de personnes se sont rassemblées à plusieurs endroits de Belfast, des manifestations qui ont rapidement dégénéré.

Visages masqués, certains manifestants ont incendié des bus, des véhicules et des habitations, obligeant les pompiers à évacuer des habitants, selon des journalistes de l'AFP et des images de médias britanniques.

"Des groupes d'hommes masquĂ©s qui incendient des maisons oĂč vivent des familles, ce n'est rien d'autre qu'un acte de lĂąchetĂ© rĂ©pugnant", a condamnĂ© la PremiĂšre ministre nord-irlandaise, Michelle O'Neill.

"Rien ne peut excuser ni justifier les attaques commises ce soir (mardi)", a-t-elle ajouté sur X, appelant une nouvelle fois au calme.

- Paris, Dublin, Belfast -

Le suspect de l'attaque au couteau, dont l'identité n'a pas été révélée, a été inculpé mardi soir pour tentative de meurtre, possession d'un objet tranchant ou pointu dans un lieu public et menaces de mort.

Le ministĂšre de l'IntĂ©rieur a indiquĂ© qu'il s'agit d'un ressortissant soudanais, entrĂ© en Irlande du Nord en 2023 en bus depuis la RĂ©publique d'Irlande, d'oĂč il Ă©tait arrivĂ© depuis la France. Il avait obtenu le statut de rĂ©fugiĂ© Ă  son arrivĂ©e, avec un titre de sĂ©jour valide jusqu'en 2028.

La police nord-irlandaise a Ă©cartĂ© Ă  ce stade la piste terroriste, mĂȘme si le motif de l'attaque reste incertain.

La victime, un homme d'une quarantaine d'années, a été hospitalisée dans un état grave, avec d'"importantes blessures aux yeux et de graves lacérations au dos et au visage", selon la police.

La ministre nord-irlandaise de l'Intérieur, Naomi Long, a dénoncé mercredi matin sur la BBC l'action de personnes sur les réseaux sociaux, qui, "hier, auraient eu bien du mal à situer Belfast sur une carte" et qui "ont instrumentalisé la peur légitime que les gens ressentent face aux événements".

"Au bout du compte, si vous chassez des gens de chez eux sur la seule base de la couleur de leur peau, vous ne pouvez pas le présenter autrement, c'est du racisme", a-t-elle ajouté.

- "ScĂšnes horribles" -

Le chef du parti unioniste nord-irlandais UUP, Jon Burrows, a aussi dĂ©noncĂ© ces actes, affirmant s'ĂȘtre rendu sur place mardi soir.

"C'étaient pour la plupart des enfants de moins de 16 ans, le visage couvert, persuadés que leur devoir patriotique était d'aller incendier un bus (...), d'essayer de trouver des maisons liées à des immigrés. Ces scÚnes étaient absolument horribles", a-t-il raconté sur BBC Ulster.

Des habitants des quartiers concernés interrogés par l'AFP mardi soir faisaient également part de leur inquiétude.

"Ils ont lancé des cocktails Molotov" et "tout d'un coup le feu a pris, on a eu de la fumée dans le bùtiment, et les pompiers nous ont dit de sortir", a témoigné l'un d'eux, Eemran, ingénieur d'origine indienne de 41 ans.

Des personnalitĂ©s des partis d'extrĂȘme droite Reform UK de Nigel Farage, ou de Restore Britain, dirigĂ© par Rupert Lowe, ont mis en cause les politiques migratoires du gouvernement travailliste et de ses prĂ©dĂ©cesseurs conservateurs.

De violentes manifestations anti-immigrés ont secoué l'Irlande du Nord ces deux derniÚres années, notamment en juin 2025 et à l'été 2024, ainsi que d'autres endroits du Royaume-Uni.

L'attaque de Belfast survient une semaine aprÚs une manifestation émaillée de violences à Southampton, pour dénoncer la façon dont la police locale a géré, en décembre, le meurtre d'un étudiant blanc, Henry Nowak, par un jeune homme sikh.

Des figures de l'extrĂȘme droite, parmi lesquelles Tommy Robinson, y avaient participĂ©.

AFP

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