Abdelhakim Dekhar, jugé aux assises pour son périple armé à Paris, de BFMTV, à Libération et la Société générale en novembre 2013, a affirmé jeudi qu'il voulait "intimider" ses cibles mais ne blesser personne.
"Je voulais intimider les gens. (...) Mais à aucun moment je n'ai voulu m'en prendre à la personne humaine", a déclaré l'accusé, qui a blessé griÚvement un assistant-photographe à Libération.
Pourquoi ne pas avoir pris une arme factice?, a interrogé la cour. "J'avais fait des recherches sur internet sur les armes factices. Je voulais que mon intimidation soit crédible", a expliqué l'accusé, qui a acheté dans une cité de Saint-Denis un fusil à pompe qu'il a chargé avec des cartouches que les chasseurs utilisent contre les sangliers.
Son objectif Ă©tait, dit-il, de mettre fin Ă ses jours. "J'Ă©tais dans un projet de suicide par intermĂ©diaire: je voulais que la police me tue". Il s'est rendu d'abord Ă BFMTV parce que "la couverture H24 aurait dĂ©multipliĂ© (son) scĂ©nario". Il voulait une mort "romantique", pour ne pas ĂȘtre perçu "comme un loser" par ses enfants, qui avaient alors 5 et 7 ans.
"Quand je vais Ă BFMTV, je me dis que quand je vais sortir, je vais ĂȘtre abattu par la police", raconte l'accusĂ©, qui se dĂ©crit comme "un intellectuel". Mais il reste une vingtaine de secondes et prend la fuite aprĂšs avoir menacĂ© un rĂ©dacteur en chef avec son arme.
A Libération, il dit avoir tiré dans "la confusion et la panique". Il aurait tiré sur l'assistant-photographe de Libération car celui-ci venait vers lui. Un expert balistique a pourtant écarté cette piste. Et la balle a pénétré dans le dos de la victime. "Ca me torture depuis quatre ans", affirme-t-il.
La cour l'a interrogé sur la question de la préméditation. Au juge d'instruction, il avait parlé d'un repérage. "C'est faux, c'est romancé", a dit l'accusé. C'était donc un mensonge?, a demandé la partie civile. Sa réponse: "J'ai l'imagination fertile".
Abdelhakim Dekhar a dĂ©jĂ Ă©tĂ© condamnĂ© aux assises, en 1998, dans un dossier criminel majeur liĂ© aux milieux de l'ultragauche. Il Ă©tait soupçonnĂ© d'ĂȘtre "le troisiĂšme homme" de l'Ă©quipĂ©e de deux membres de cette mouvance, Florence Rey et Audry Maupin: une fusillade au cours de laquelle trois policiers, un chauffeur de taxi et Maupin avaient Ă©tĂ© tuĂ©s en 1994.
"Ca me ronge", a-t-il affirmé, son avocat l'interrogeant sur sa culpabilité.
La cour devrait rendre son verdict vendredi soir tard. Abdelhakim Dekhar encourt la perpétuité.
Par Jean-François GUYOT - © 2017 AFP
