Afghanistan

L'EI, un ennemi invisible qui marche dans les pas des talibans Ă  Kaboul

  • PubliĂ© le 3 novembre 2021 Ă  14:31
  • ActualisĂ© le 3 novembre 2021 Ă  15:09
Des combattants talibans montent la garde devant une entrée de l'hÎpital militaire Sardar Mohammad Dawood Khan à Kaboul au lendemain d'un attentat meurtrier, le 3 novembre 2021

"Daech, c'est les talibans, mais en pire". Au lendemain de l'attaque sanglante contre un hÎpital de Kaboul revendiquée par le groupe Etat islamique, les habitants redoutent ce nouvel ennemi invisible qui s'inspire de maniÚre déroutante des modes opératoires des talibans.

"Les talibans nous appelaient les infidÚles. Maintenant, ce sont eux qui sont tués parce qu'ils sont considérés comme infidÚles" par l'EI, analyse à chaud un commerçant du quartier de l'hÎpital militaire, encore en état de siÚge. "Et dans cette guerre, ils n'ont aucune chance de gagner", prophétise-t-il.

Dans la ruelle de l'hĂŽpital oĂč au moins 19 personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es la veille selon un bilan toujours incertain, un nettoyeur passe un jet d'eau sur les flaques de sang. Un garde taliban lui montre avec son fusil les barbelĂ©s de la palissade oĂč des restes humains restent accrochĂ©s. "On leur avait dit de ne pas laisser les voitures circuler dans cette rue. L'hĂŽpital a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© attaquĂ©, mais ils ne nous ont pas Ă©coutĂ©s", dit Ă  l'AFP un mĂ©decin de l'hĂŽpital militaire visĂ©, sous couvert d'anonymat.

Cet établissement avait déjà été pris pour cible en mars 2017 par des assaillants déguisés en personnel médical, une opération elle aussi revendiquée par l'EI. La fusillade de six heures à l'intérieur du bùtiment avait fait 50 morts, selon le bilan officiel, plus du double selon des sources sécuritaires.

- Le cauchemar du "sur-attentat" -

Pour le mĂ©decin de l'hĂŽpital militaire, "Daech (acronyme arabe de l'EI, ndlr) et les talibans sont les deux oreilles de la mĂȘme tĂȘte d'Ăąne". "Je ne peux pas faire la diffĂ©rence, ils ont les mĂȘmes barbes, les mĂȘmes vĂȘtements. Pour moi, ce sont des religieux qui s'en prennent Ă  ce qui est diffĂ©rent d'eux, ceux qui n'ont pas Ă©tĂ© Ă©duquĂ©s dans la religion comme eux". Mais en ce qui concerne les modes opĂ©ratoires, "Daech, c'est les talibans en pire, leurs attaques sont encore plus compliquĂ©es et dangereuses", ajoute-t-il.

Cette fois-ci, une moto piégée s'est approchée de la porte principale de l'hÎpital et son conducteur s'est fait exploser. DerriÚre, des hommes armés ont tiré et réussi à pénétrer dans le bùtiment.

Une vingtaine de minutes plus tard, au moment oĂč les forces spĂ©ciales des talibans sont arrivĂ©es, une voiture piĂ©gĂ©e, aux airs de taxi selon des tĂ©moins, s'est prĂ©sentĂ©e. Cette mĂ©thode du "sur-attentat", pratiquĂ©e Ă  l'Ă©poque de leur insurrection par les talibans, est le cauchemar des habitants de Kaboul. "AprĂšs la premiĂšre explosion, je voyais les gens dehors blessĂ©s, mais je ne pouvais pas aller les aider car je savais qu'il y aurait rapidement une deuxiĂšme explosion et c'est ce qu'il s'est passĂ©", commente le mĂ©decin.

- Talibans fébriles -

Plus encore que dans le reste de la ville, les patrouilles de talibans lourdement armĂ©s sont omniprĂ©sentes autour du site de l'attaque. Les vĂ©hicules sont arrĂȘtĂ©s, les papiers vĂ©rifiĂ©s, les coffres inspectĂ©s...

Hazrat Noor, un fermier de la rĂ©gion de Jawozjan, soignĂ© Ă  l'hĂŽpital de Kaboul depuis plusieurs semaines, estime, lui, "ne pas s'ĂȘtre senti autant en sĂ©curitĂ© depuis 40 ans". "Daech n'osera plus attaquer, c'Ă©tait leur derniĂšre tentative, les talibans sont forts, ils ont le contrĂŽle partout. Daech, ils ne sont rien", assure le vieil homme en habit typiquement taliban.

Pourtant, fébriles au lendemain de l'attaque, les gardes demandent à la presse de ne pas former d'attroupement "parce que la zone n'est pas propre" et ils posent des regards suspicieux sur chaque nouvel arrivant dans le périmÚtre.

ChargĂ© de sĂ©curiser la zone, Mohamad Torbi, prĂ©sent au moment de l'attaque, assure pouvoir reconnaĂźtre les hommes de l'EI "car ils sont diffĂ©rents dans leur accent et leur comportement". "On sait tout de suite qu'ils ne sont pas des nĂŽtres", affirme le taliban venu du Wardak, dans son uniforme occidentalisĂ©, bonnet de ski sur la tĂȘte. "Mais hier, ils portaient nos uniformes", assure-t-il.

AFP

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