Escalade

Les Etats-Unis "n'ont pas peur" de sanctionner le régime iranien "au plus haut niveau"

  • PubliĂ© le 23 juillet 2018 Ă  09:20
  • ActualisĂ© le 23 juillet 2018 Ă  10:06
Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo, le 11 juillet 2018 à Bruxelles

Les Etats-Unis n'ont "pas peur" de sanctionner "au plus haut niveau" le rĂ©gime de TĂ©hĂ©ran, accusĂ© d'ĂȘtre "un cauchemar pour le peuple iranien", a prĂ©venu dimanche le secrĂ©taire d'Etat amĂ©ricain Mike Pompeo dans un discours de soutien aux manifestations en Iran.

Le 8 mai, le prĂ©sident Donald Trump, dont la RĂ©publique islamique est devenue la principale bĂȘte noire, dĂ©cidait de claquer la porte de l'accord censĂ© empĂȘcher l'Iran de se doter de la bombe atomique et de rĂ©tablir toutes les sanctions levĂ©es dans le cadre de ce texte jugĂ© trop laxiste.vMike Pompeo dĂ©voilait ensuite le 21 mai sa "nouvelle stratĂ©gie" visant Ă  contraindre l'Iran Ă  se plier Ă  douze exigences draconiennes, sous la menace des sanctions "les plus fortes de l'Histoire".

Lors du troisiÚme acte, le chef de la diplomatie américaine a prononcé dimanche devant la diaspora iranienne, à la bibliothÚque présidentielle Ronald Reagan de Simi Valley, un discours intitulé "Soutenir les voix iraniennes".vAlors que les alliés européens des Etats-Unis tentent par tous les moyens de sauver l'accord sur le nucléaire iranien, il a appelé le monde à "cesser de flirter avec un régime révolutionnaire" accusé de "corruption", de "terrorisme", de violations des droits de l'Homme et de persécutions religieuses.

Il a confirmé que Washington souhaite que tous les pays réduisent leurs importations de pétrole iranien "au plus prÚs de zéro" d'ici la date-butoir du 4 novembre, faute de quoi ils s'exposeront aux sanctions américaines.v"Ce n'est pas fini", a-t-il mis en garde au sujet des sanctions américaines, aprÚs avoir rappelé que les Etats-Unis avaient déjà ciblé en janvier l'ayatollah Sadegh Larijani, chef de l'Autorité judiciaire, pour violations des droits de l'Homme.

"Les dirigeants du rĂ©gime, notamment ceux Ă  la tĂȘte des Gardiens de la RĂ©volution", l'armĂ©e d'Ă©lite iranienne, "et de la Force Qods", chargĂ©e des opĂ©rations extĂ©rieures, "doivent payer chĂšrement pour leurs mauvaises dĂ©cisions", a-t-il estimĂ©.vAlors que l'administration Trump est rĂ©guliĂšrement soupçonnĂ©e de caresser l'espoir d'un changement de rĂ©gime en Iran, Mike Pompeo a rĂ©affirmĂ© vouloir uniquement "que le rĂ©gime change de maniĂšre significative son comportement, Ă  la fois Ă  l'intĂ©rieur de l'Iran et sur la scĂšne mondiale".

- "Quarante ans de kleptocratie" -

"Il reviendra in fine au peuple iranien de choisir ses dirigeants", mais "sous le président Trump, les Etats-Unis ne resteront pas silencieux", a-t-il lancé, longuement applaudi par les représentants de la diaspora, malgré l'interruption d'une manifestante rapidement écartée.v"Les Etats-Unis vous entendent, les Etats-Unis vous soutiennent, les Etats-Unis sont à vos cÎtés", a-t-il ajouté à l'intention des manifestants, qui selon lui descendent dans la rue comme jamais depuis la révolution islamique de 1979.

ConcrÚtement, il a annoncé le lancement d'une chaßne multimédia (télévision, radio, numérique et réseaux sociaux) 24 heures sur 24 en langue farsi, "afin que les Iraniens ordinaires en Iran et à travers le monde sachent que l'Amérique est à leurs cÎtés".vL'idée de l'administration Trump est simple: tenter de profiter des tensions sociales qui semblent se multiplier en Iran, sur fond de difficultés économiques aggravées par l'annonce du retour des sanctions américaines qui fait partir de nombreuses entreprises étrangÚres.

Elle compte s'appuyer sur une date symbolique, les 40 ans de la République islamique, l'an prochain. "Quarante ans de kleptocratie, 40 ans de richesse détournée pour soutenir le terrorisme, 40 ans d'emprisonnement d'Iraniens ordinaires pour avoir pacifiquement exprimé leurs droits", a martelé Mike Pompeo.vLa communauté diplomatique et les experts sont divisés à Washington quant à savoir si la République islamique est vraiment ébranlée par la crise sociale en cours, voire menacée de l'intérieur. Et le débat fait rage aussi sur les conséquences d'une éventuelle chute du pouvoir actuel.

"Un vrai changement de régime ne peut venir que de l'intérieur", explique à l'AFP Behnam Ben Taleblu, du think tank conservateur Foundation for Defense of Democracies, estimant que "des Iraniens de toutes classes sociales manifestent plus que jamais". "Le résultat le plus probable d'un éventuel effondrement du régime serait un coup d'Etat militaire pour rétablir l'ordre, mené par l'homme que les faucons de Washington redoutent le plus: le général Ghassem Souleimani", qui commande la Force Qods, met en garde pour sa part Mark Fitzpatrick, de l'International Institute for Strategic Studies.

Mike Pompeo a balayé cet argument, refusant de faire la distinction entre radicaux et modérés. "Des gouvernements à travers le monde craignent que s'attaquer à la République islamique affaiblisse la cause des modérés, mais ces soi-disant modérés au sein du régime restent des révolutionnaires islamiques violents anti-Amérique et anti-Occident", a-t-il insisté, épinglant nommément le président Hassan Rohani et son ministre des Affaires étrangÚres Mohammad Javad Zarif.

AFP

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