"Se taire ou mourir"

Les journalistes dans le viseur des mafias

  • PubliĂ© le 29 novembre 2018 Ă  20:33
  • ActualisĂ© le 30 novembre 2018 Ă  05:09
Les journalistes, cibles des mafias

Les journalistes sont souvent les cibles de la pieuvre mafieuse à travers le monde, ce qui les contraint notamment à se protéger et à collaborer entre eux, décrit l'ONG Reporters sans FrontiÚres dans un rapport publié jeudi.

Sur les années 2017 et 2018, plus de 30 journalistes ont été tués par des organisations secrÚtes aux ramifications souvent internationales. "La pieuvre a étendu ses ramifications autour de la planÚte plus vite que toutes les multinationales réunies", souligne l'auteur du rapport, le journaliste d'investigation Frédéric Ploquin.

RSF dénombre également au moins cinq tentatives d?assassinats de journalistes dont les commanditaires et les exécutants étaient issus des rangs de la mafia, "sans compter les nombreuses agressions, menaces et destructions de médias". A leur domicile, à leur travail ou via les réseaux sociaux, des journalistes se voient exhortés à choisir entre "se taire ou mourir".

Au Mexique, au BrĂ©sil et Ă  la frontiĂšre colombienne, au moins 10 journalistes ont Ă©tĂ© tuĂ©s par la mafia depuis le dĂ©but de l'annĂ©e. En Inde, le journaliste Sandeep Sharma, qui enquĂȘtait sur la "mafia du sable", est mort Ă©crasĂ© par un camion-benne.

L'Europe n'a pas été épargnée, avec entre autres les assassinats des journalistes d?investigation Daphne Caruana Galizia, tuée en 2017 dans l?explosion de sa voiture à Malte, et du jeune Jan Kuciak, tué avec sa compagne en février 2018 en Slovaquie. Tous deux s?intéressaient à la mafia italienne et à certaines de ses opérations financiÚres impliquant businessmen et hommes politiques.
En Italie, pour la seule année 2017, 196 journalistes ont bénéficié de mesures de protection et une dizaine, à l?image de Roberto Saviano ou de Paolo Borrometi, vivent sous escorte policiÚre permanente.
Dans les Pouilles (sud), la journaliste MarilĂč Mastrogiovanni, qui enquĂȘte sur l'organisation mafieuse Sacra Corona Unita, reçoit continuellement des menaces et vit sous protection. "Il n'y a pas assez de policiers pour combattre la mafia et encore moins pour dĂ©fendre les journalistes", regrette Mme Mastrogiovanni.

En Namibie, John Grobler traque la main du crime organisé derriÚre l'extraction des ressources primaires. "N'oublions jamais que nous leur faisons plus peur qu'ils ne nous effraient", rappelle le journaliste indépendant.
Face aux menaces, certains journalistes mettent un terme Ă  leurs enquĂȘtes, d'autres choisissent de dĂ©mĂ©nager, de s'exiler ou encore de mettre en commun leurs informations, notamment avec des collĂšgues Ă©trangers, dans le cadre de consortiums internationaux de journalistes d'investigation.

"Les journalistes qui enquĂȘtent sur des sujets aussi dangereux que la mafia se retrouvent bien souvent seuls et dĂ©munis face aux reprĂ©sailles", souligne dans un communiquĂ© Christophe Deloire, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de RSF. "Les Etats doivent tout mettre en oeuvre pour leur apporter le soutien et la protection adĂ©quats, et non faire la sourde oreille aux demandes de protection".

AFP

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