Contestations sociales

Les manifestations s'étendent dans le sud de l'Irak

  • PubliĂ© le 13 juillet 2018 Ă  23:20
  • ActualisĂ© le 14 juillet 2018 Ă  05:21
Des protestataires brûlent des pneus lors d'une manifestation à Bassora dans le sud de l'Irak, contre le chÎmage,le 12 juillet 2018

Des Irakiens ont de nouveau manifesté vendredi à Bassora, au sixiÚme jour d'une contestation sociale qui s'est étendue à d'autres provinces du sud de l'Irak, un pays miné par la corruption et des années de violences.


Les protestations contre le chĂŽmage et la vĂ©tustĂ© des services publics, principalement l'Ă©lectricitĂ©, ont Ă©tĂ© exacerbĂ©es par la mort d'un manifestant dimanche Ă  Bassora, au premier jour des manifestations dans ce chef-lieu de la province du mĂȘme nom, riche en pĂ©trole.
Le Premier ministre Haider al-Abadi est arrivĂ© Ă  Bassora (environ 500 km au sud de Bagdad) en provenance de Bruxelles, oĂč il a participĂ© Ă  une rĂ©union sur la lutte internationale contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI), dĂ©fait l'annĂ©e derniĂšre en Irak aprĂšs trois ans de combats meurtriers et destructeurs.

Il a rencontré des commandants militaires, des dirigeants politiques locaux et des responsables pétroliers, selon son bureau.
Le Premier ministre a aussi discuté avec des leaders de tribus auxquels il a affirmé que l'Etat débloquerait "les fonds nécessaires pour Bassora", selon une source proche de M. Abadi.Dans le centre-ville, des centaines de personnes ont manifesté vendredi devant le siÚge du conseil provincial, encadrées par un important dispositif de sécurité."Des voleurs nous pillent", ont-ils notamment scandé en brandissant des drapeaux irakiens, en référence au gouvernement.

- "Les gens ont faim" -

"Les gens ont faim et vivent sans eau ni Ă©lectricitĂ©", s'est exclamĂ© Abdallah Khaled, 29 ans."Nos demandes sont simples: plus d'emplois, des structures de dessalement de l'eau et la construction de centrales Ă©lectriques", a ajoutĂ© cet employĂ©.Les dirigeants "n'ont rien fait. MĂȘme les routes datent du prĂ©cĂ©dent rĂ©gime", dit-il en rĂ©fĂ©rence Ă  l'Ăšre de Saddam Hussein, dictateur dĂ©chu en 2003.
Jeudi, des manifestants avaient brûlé des pneus dans plusieurs quartiers de Bassora et bloqué des routes.

Au premier jour des manifestations dimanche, un manifestant avait été tué par des tirs de la police selon des témoins, attisant les tensions.

Depuis, les manifestations sont quotidiennes, et elles se sont étendues vendredi aux provinces de Dhi Qar, Missane et Najaf, au nord de celle de Bassora.

Dans la province de Najaf, des dizaines de personnes ont envahi la salle d'attente de l'aĂ©roport de la ville sainte chiite du mĂȘme nom oĂč s'Ă©taient dĂ©ployĂ©es les forces de l'ordre, selon un correspondant de l'AFP.Des manifestants ont Ă©tĂ© blessĂ©s lorsque la police a tentĂ© de les disperser, selon la mĂȘme source.

A Nassiriya, dans la province de Dhi Qar, plusieurs manifestants et policiers ont été blessés dans des heurts, aprÚs que les protestataires se sont rassemblés devant la résidence du gouverneur, selon une source médicale.

A Missane, plusieurs médias ont fait état de manifestations devant le quartier général du parti Daawa, auquel appartient M. Abadi.
Dans un communiqué jeudi, le ministre du Pétrole Jabbar al-Luaibi avait affirmé que des manifestants dans la province de Bassora avaient tenté de pénétrer dans des raffineries sur un champ pétrolier et avaient mis le feu à certains bùtiments à l'entrée de l'installation.

- "Révolution de la faim" -

Les ressources pétroliÚres représentent 89% du budget de l'Irak et 99% de ses exportations mais elles ne fournissent que 1% des emplois aux travailleurs locaux, les compagnies pétroliÚres étrangÚres employant essentiellement des étrangers.
"Il y a des emplois mais ils sont pris par des non Irakiens", a affirmé vendredi à l'AFP Moussa al-Asadi, 25 ans, dans la foule de manifestants à Bassora.

Le taux de chĂŽmage s'Ă©lĂšve officiellement Ă  10,8% en Irak, oĂč les moins de 24 ans reprĂ©sentent 60% de la population.
La plus haute autorité chiite d'Irak a annoncé vendredi son soutien aux manifestants, tout en les appelant à éviter les désordres.
"Il n'est ni juste ni acceptable que cette province riche (en pĂ©trole) soit l'une des plus misĂ©rables d'Irak", a dĂ©clarĂ© cheikh Abdel Mahdi al-KerbalaĂŻ, reprĂ©sentant de l'ayatollah Ali Sistani, lors de son prĂȘche Ă  Kerbala (centre).

En 2015, un mouvement de protestation animĂ© principalement par le dirigeant chiite Moqtada Sadr avait Ă©tĂ© lancĂ© contre la corruption et la vĂ©tustĂ© des services publics, avant de perdre de l'ampleur.Moqtada Sadr est arrivĂ© en tĂȘte des Ă©lections lĂ©gislatives du 12 mai avec son alliance inĂ©dite avec les communistes. Mais les rĂ©sultats n'ont pas encore Ă©tĂ© validĂ©s.Vendredi, le leader chiite a apportĂ© son soutien aux protestataires."Nous n'acceptons pas que les manifestants opprimĂ©s soient agressĂ©s", a dit Moqtada Sadr sur Twitter, utilisant le hashtag: "la rĂ©volution de la faim gagne".

AFP

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