Madagascar

Les mythiques 4L et 2CV toujours en piste

  • PubliĂ© le 1 dĂ©cembre 2018 Ă  12:59
  • ActualisĂ© le 1 dĂ©cembre 2018 Ă  14:27
Une Renault 4L de la police, Ă  Antananarivo, le 7 novembre 2018 Ă  Madagascar

La 4L blanche avec gyrophare, barrée du signe police, est stationnée à quelques mÚtres du palais présidentiel de style Renaissance d'Antananarivo. "Pas question de faire de course-poursuite avec, mais elle a l'avantage de ne pas beaucoup consommer", explique, pragmatique, le policier en uniforme qui la conduit.

Au bout de la rue, à l'ombre de lumineux jacarandas en fleurs, plusieurs Renault 4L mais aussi des 2 CV de la marque Citroën, coiffées d'une enseigne "Taxi", attendent les clients.
RelĂ©guĂ©s Ă  la casse ou entrĂ©s dans la lĂ©gende en Europe, ces vĂ©hicules populaires aprĂšs guerre en France arpentent toujours les raidillons de la capitale malgache et les routes de poussiĂšre de la Grande Ile. Au point d'en ĂȘtre presque devenus ses emblĂšmes nationaux.

Rijason Randrianantoanina, un chauffeur de taxi de 37 ans, est fier de sa "magnifique" "Deudeuche" (le petit nom de la 2 CV, alias "Deux chevaux") qui le fait vivre depuis seize ans maintenant. "Elle a été mise en circulation en 1978, c'est une voiture solide", dit-il.
Oui, la carrosserie montre plusieurs signes de rouille avancĂ©e et la jauge Ă  essence ne fonctionne plus, mais "j'ai une jauge dans la tĂȘte. Il suffit de s'habituer, c'est tout", explique-t-il avec un naturel dĂ©sarmant.
Le réservoir de sa 2 CV - couleur crÚme, comme tous les taxis de "Tana", la capitale - ne contient que 28 petits litres. Et Rijason Randrianantoanina est visiblement bon en calcul mental: il n'est jamais tombé en panne d'essence.

"Elle passe partout... il suffit de la soulever"

Depuis les années 60, de nombreuses 2 CV et 4L ont été importées depuis l'Europe, et notamment depuis la France, l'ancienne puissance coloniale. Mais des modÚles ont aussi été assemblés dans la Grande Ile jusque dans les années 80.
C'est précisément là qu'Elysée Rakotondrakolona s'est formé jusqu'à la fermeture de la Société malgache de construction automobile (Somacoa). Il est aujourd'hui le garagiste de référence des 4L à Antananarivo, dans le quartier populaire d'Antoamadinika.
"La 4L, c'Ă©tait le premier 4X4. Elle passe mĂȘme lĂ  oĂč les 4X4 modernes ne passent pas. Il suffit de trois personnes pour la soulever!", explique-t-il, flegmatique.
Dans son garage à ciel ouvert, coincé entre un salon de "coiffure esthétique" et un marchand de beignets de rue, s'entassent uniquement des carcasses de 4L.
Ici, c'est le rÚgne de la débrouille. "Je prends des piÚces de Renault 5 pour le train avant des 4L", raconte Elysée Rakotondrakolona, dans un bleu de travail presque aussi vieux que ses modÚles.
"Notre spécialité, nous les Malgaches, c'est que lorsqu'on voit deux piÚces qui se ressemblent, on sait les adapter. C'est le systÚme D", assure-t-il.
L'expert ne baisse les bras que dans un cas bien précis: quand la boßte de vitesses est cassée. "Là, il n'y a rien à faire."

"Rien d'électronique"

Increvable ou presque, facile à réparer, économique en carburant: c'est la recette du succÚs de la 4L et de la 2 CV à Madagascar.
Aucun chiffre n'est disponible mais elles sont à coup sûr des milliers à circuler au quotidien à Madagascar, une ßle trÚs pauvre de l'océan Indien.

Et peu importe la pollution créée par ces anciens modÚles peu compatibles avec des normes écologiques...
Dans le garage d'Elysée Rakotondrakolona, un ouvrier redresse patiemment à petits coups de burin la carrosserie trÚs malléable d'une 4L. D'autres enlÚvent le moteur d'un modÚle orange pour modifier le chùssis.
Bruno Rasolofomanantsoa, cultivateur de riz, a aussi confié au "docteur" Rakotondrakolona son précieux outil de travail, sa fourgonnette 4L, pour qu'il la désosse et greffe son moteur dans une carrosserie de 4L traditionnelle.
"Il n'y a pas de complication dans cette voiture. Tout est manuel, rien d'électronique", explique le quinquagénaire qui transporte avec sa 4L l'engrais dans ses riziÚres . "Si on a un problÚme au milieu de nulle part, pour faire un diagnostic, il suffit d'ouvrir le capot."
Riri, chauffeur de taxi, approuve. "Je la rĂ©pare moi-mĂȘme, j'ai appris sur le tas." Sur son enseigne, un N d'Antananarivo a pris la poudre d'escampette. Mais sa 4L, qui date de 1975, "c'est du costaud". "Elle passe partout mĂȘme quand il y a beaucoup d'eau, car l'allumage est en hauteur", souligne-t-il.

Les piÚces originales se font toutefois de plus en plus rares, déplore Riri. Des commerçants sont bien spécialisés dans l'import de piÚces depuis l'Europe et des Indo-Pakistanais installés à Madagascar ont aussi flairé le filon, explique-t-il.
"Mais on ne sait plus si ce sont des copies ou pas. Je suggÚre aux Français de reprendre la production des piÚces détachées!"

AFP

guest
0 Commentaires