AprÚs leur triomphe électoral

Les nationalistes corses attendent Paris de pied ferme

  • PubliĂ© le 11 dĂ©cembre 2017 Ă  15:10
  • ActualisĂ© le 11 dĂ©cembre 2017 Ă  15:22
Les candidats pour le parti nationaliste corse Pe a Corsica Jean Guy Talamoni (4eG) et Gilles Simeoni (5eD) célÚbrent leur triomphe électoral le 10 décembre 2017

Forts de leur triomphe dimanche aux élections territoriales, les nationalistes corses attendent désormais l'ouverture rapide de négociations avec Paris en vue d'une plus grande autonomie politique, l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni brandissant la menace de manifestations dans le cas contraire.


"Paris a aujourd?hui Ă  prendre la mesure de ce qui se passe en Corse", a appelĂ© de ses voeux la tĂȘte de liste PĂš a Corsica, l'autonomiste Gilles Simeoni, Ă  l'annonce du score historique des nationalistes qui ont remportĂ© l'Ă©lection territoriale avec 56,5% des suffrages exprimĂ©s.
Ils disposeront de 41 des 63 siÚges à l'Assemblée de Corse ainsi que des 11 siÚges du conseil exécutif, le mini-gouvernement de l'ßle de Beauté. Seul bémol, un électeur sur deux seulement s'est déplacé, avec une participation de 52,6%.
L'allié de M. Simeoni au sein de PÚ a Corsica, l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni, a d'emblée mis en garde le gouvernement : "si Paris manifeste à nouveau un véritable déni de démocratie, nous serons contraints de susciter des manifestations populaires en Corse bien sûr mais également de faire le tour des capitales européennes pour dire que la France, qui donne des leçons de droits de l?homme au monde entier, a cette attitude anti-démocratique en traitant par le mépris le suffrage universel".
Deux lignes qui illustrent la "répartition des rÎles entre les deux figures du nationalisme", estime à l'AFP JérÎme Fourquet, directeur du département opinion à l'Ifop et auteur de "La nouvelle question corse".


- 'Félicitations républicaines' -


"Le modĂ©rĂ© Simeoni avance dans la gestion et la nĂ©gociation avec Paris en essayant de rassurer (...) et dans le mĂȘme temps, il faut aussi inscrire le rapport de force et mettre un peu la pression sur Paris, ce Ă  quoi s'emploie Talamoni", explique M. Fourquet, ajoutant que la "deuxiĂšme fonction" de l'Ă©lu est de "s'adresser Ă  la frange la plus dure du mouvement +natio+".
Le Premier ministre Edouard Philippe a adressĂ© Ă  Gilles Simeoni des "fĂ©licitations rĂ©publicaines" et s'est dit prĂȘt Ă  le recevoir Ă  Paris "dĂšs l'installation de la nouvelle collectivitĂ©", le 1er janvier prochain, a indiquĂ© l'entourage du chef du gouvernement Ă  l'AFP.
Une rĂ©ponse "apprĂ©ciĂ©e" par l'homme fort de l'Île de BeautĂ© mais jugĂ©e insuffisante, a ensuite prĂ©cisĂ© M. Simeoni : "Je lui ai dit qu'au-delĂ  de la politesse protocolaire, nous attendions et espĂ©rions un vĂ©ritable dialogue avec l'Etat et que jamais les conditions n'avaient Ă©tĂ© aussi favorables pour que la question corse (...) se rĂšgle de façon apaisĂ©e et durable".
Les nationalistes préconisent l'obtention d'un statut d'autonomie sous trois ans et sa mise en oeuvre en dix ans, se traduisant par la "dévolution d'un véritable pouvoir législatif et fiscal, reconnu aussi bien par l'Etat que par l'Union européenne".
Leurs attentes portent également sur trois dossiers prioritaires : la co-officialité de la langue corse, la création d'un statut de résident et l'amnistie pour les "prisonniers politiques" et les recherchés.
"Ces trois dossiers impliquent des ruptures totales ou entrent en contradiction flagrante avec les grands principes constitutionnels et institutionnels français", souligne M. Fourquet.
"Pour la co-officialité de la langue corse, il faudrait changer la constitution française", note-t-il. Sur la question des prisonniers politiques, on touche à "l'indépendance de la justice" et sur le statut de résident, il s'agirait d'une "entorse à l'égalité des citoyens".
Mais il "est peut-ĂȘtre envisageable que Paris fasse un geste ou aille dans le sens des requĂȘtes sans leur accorder une pleine et entiĂšre satisfaction", avance l'expert, citant l'octroi possible de davantage de moyens pour l'apprentissage de la langue corse. Sur la question des prisonniers politiques, "l'Ă©tape intermĂ©diaire est le rapprochement" des dĂ©tenus Ă  la maison d'arrĂȘt de Borgo en Corse.
"Sans que cela soit trĂšs coĂ»teux symboliquement, ça peut ĂȘtre envisagĂ© pour un certain nombre d'entre eux pour montrer la bonne volontĂ© du gouvernement français", estime M. Fourquet.

Par Régine LAMOTHE - © 2017 AFP

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