Les Ătats-Unis et les talibans ont fait Ă©tat samedi de "progrĂšs importants" au bout d'une semaine de pourparlers de paix pour mettre fin Ă 17 annĂ©es de guerre en Afghanistan, mĂȘme s'ils butent toujours sur certains obstacles majeurs.
Le reprĂ©sentant spĂ©cial des Ătats-Unis pour la rĂ©conciliation en Afghanistan, Zalmay Khalilzad, s'est dit satisfait aprĂšs six jours de dialogue au Qatar. "Les rencontres ici ont Ă©tĂ© plus productives qu'elles ne l'avaient Ă©tĂ© par le passĂ©. Nous avons fait des progrĂšs importants sur des enjeux cruciaux", a-t-il tweetĂ©.
Interrogé par l'AFP, un haut gradé des talibans basé au Pakistan a partagé cet optimisme, assurant que les deux camps étaient "tombés d'accord sur des points majeurs". "Nous avançons et nous avons déjà fait beaucoup de progrÚs", a-t-il ajouté.
Le ministre des Affaires étrangÚres du Qatar, cheikh Mohamed ben Abdulrahman Al-Thani, a également fait part de progrÚs accomplis: "Ces progrÚs sont une étape importante dans l'histoire de la paix et de la réconciliation en Afghanistan", a-t-il tweeté.
"Nouvelles encourageantes", a commentĂ© le secrĂ©taire d'Ătat amĂ©ricain Mike Pompeo sur Twitter. "Les Ătats-Unis s'impliquent pour trouver la paix, en empĂȘchant l'Afghanistan d'ĂȘtre encore un refuge du terrorisme international et en ramenant nos soldats Ă la maison".
L'administration de Donald Trump a entamĂ© Ă l'Ă©tĂ© 2018 des discussions d'abord trĂšs discrĂštes avec des reprĂ©sentants des insurgĂ©s afghans Ă Doha, oĂč les talibans disposent d'un bureau de reprĂ©sentation dĂ©diĂ© Ă ces initiatives diplomatiques. AprĂšs plusieurs sĂ©ances de nĂ©gociations, Washington a fini par admettre que Zalmay Khalilzad avait eu des contacts directs avec les talibans.
Et cette semaine, les discussions au Qatar ont duré plus longtemps que les fois précédentes. L'envoyé spécial, qui a l'habitude de tweeter tous les jours durant ses déplacements, était resté muet pendant toute la durée de ces nouveaux pourparlers.
"Nous allons poursuivre sur cette lancée et reprendre sous peu les pourparlers. Il y a un certain nombre de questions à régler", a-t-il finalement assuré samedi.
Trump a hĂąte
MĂȘme si l'envoyĂ© spĂ©cial amĂ©ricain n'a pas prĂ©cisĂ© les avancĂ©es rĂ©alisĂ©es ces derniers jours, les hypothĂšses qui circulent incluent un possible retrait des troupes amĂ©ricaines en Ă©change de la garantie, par les talibans, de ne plus accueillir d'extrĂ©mistes Ă©trangers ou de groupes jihadistes considĂ©rĂ©s comme terroristes par Washington ? la raison initiale de l'intervention amĂ©ricaine lancĂ©e aprĂšs les attentats du 11 septembre 2001.
Ă l'Ă©poque les talibans avaient le pouvoir Ă Kaboul, et la guerre dĂ©clenchĂ©e par les Ătats-Unis avait pour but de les chasser et d'Ă©liminer le rĂ©seau Al-QaĂŻda et son chef Oussama ben Laden.
Dix-sept ans plus tard, le prĂ©sident Trump a hĂąte de retirer les troupes amĂ©ricaines d'Afghanistan. Il a dans un premier temps renoncĂ© Ă le faire, sous la pression de chefs militaires qui l'ont mĂȘme convaincu, Ă l'Ă©tĂ© 2017, d'envoyer des renforts. Mais Washington a dĂ©cidĂ©, fin 2018, de commencer Ă organiser le retrait de la moitiĂ© des 14.000 soldats amĂ©ricains dĂ©ployĂ©s en Afghanistan.
S'agissait-il, déjà , d'un gage donné aux talibans avant ces derniers pourparlers?
"Les Ătats-Unis ont acceptĂ© beaucoup de nos demandes", a assurĂ© samedi Ă l'AFP le haut gradĂ© des insurgĂ©s islamistes.
Leur porte-parole Zabihullah Mujahid a précisé dans un communiqué que les "progrÚs" réalisés de lundi à samedi concernaient bien "le retrait des troupes étrangÚres", qui était à l'ordre du jour.
"Résoudre les derniers différends"
Plusieurs noeuds restent toutefois à résoudre.
"Il n'y a pas de résolution du conflit tant que nous n'avons pas d'accord sur tout, et ce +tout+ doit inclure un dialogue entre Afghans et un cessez-le-feu complet", a prévenu Zalmay Khalilzad, laissant entendre qu'il s'agissait-là des principaux points d'achoppement.
Le reprĂ©sentant des talibans a aussi reconnu que les deux camps cherchaient encore "un compromis pour rĂ©soudre les derniers diffĂ©rends", parmi lesquels la question du "gouvernement afghan". Leur porte-parole officiel a mĂȘme tenu Ă dĂ©mentir dans son communiquĂ© tout accord sur un cessez-le-feu ou sur de futures nĂ©gociations avec "l'administration de Kaboul".
Cette question a déjà fait capoter d'autres tentatives de mettre fin au conflit par le passé: les talibans refusent catégoriquement de parler directement au gouvernement afghan du président Ashraf Ghani, reconnu par la communauté internationale. Ils le voient comme une "marionnette" des Américains, seuls interlocuteurs valables à leurs yeux tant qu'ils sont présents militairement dans le pays.
"Tant qu'il n'y a pas d'accord sur la question du retrait des forces étrangÚres d'Afghanistan, toute avancée sur les autres sujets est impossible", a mis en garde le porte-parole des talibans.
Les autorités de Kaboul ont d'ailleurs exprimé des inquiétudes ces derniÚres semaines face à ces discussions de paix qui leur échappent.
Pour les rassurer, l'émissaire américain a annoncé qu'il se rendait immédiatement en Afghanistan pour faire le point avec elles.
AFP
