France

L'heure du jugement pour Jawad Bendaoud, le logeur de jihadistes du 13 novembre 2015

  • PubliĂ© le 14 fĂ©vrier 2018 Ă  07:18
  • ActualisĂ© le 14 fĂ©vrier 2018 Ă  09:09
Jawad Bendaoud au Palais de justice le 24 janvier 2018

Epilogue d'un procÚs hors norme pour Jawad Bendaoud: le logeur de deux jihadistes des attentats du 13 novembre 2015 en France, qui a toujours clamé son innocence, saura mercredi aprÚs-midi s'il est parvenu à convaincre le tribunal.


Condamnation ou relaxe? Isabelle Prévost-Desprez, la présidente de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, spécialisée dans les affaires terroristes, rendra ce jugement trÚs attendu à 15H00 GMT. Il concluera le premier procÚs en lien avec ces attaques perpétrées par trois commandos jihadistes, qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés à Paris et Saint-Denis, au nord de la capitale, et traumatisé la France.

Un procĂšs retentissant avec quelque 700 parties civiles, plus de 100 avocats (mais seulement six pour la dĂ©fense), des rires dĂ©clenchĂ©s par les propos insolites de Jawad Bendaoud, des larmes des victimes des attentats. Jawad Bendaoud, parfois surnommĂ© "le logeur de Daech", est jugĂ© pour "recel de malfaiteurs terroristes". Cet homme de 31 ans, un dĂ©linquant multirĂ©cidiviste, encourt six ans de prison au maximum pour avoir mis Ă  disposition d'Abdelhamid Abaaoud, l'un des cerveaux prĂ©sumĂ©s des attentats, et de son complice, Chakib Akrouh, un squat oĂč ils s'Ă©taient repliĂ©s Ă  Saint-Denis.

Ils Ă©taient arrivĂ©s le 17 novembre au soir dans l'appartement oĂč ils sont morts le lendemain tĂŽt dans l'assaut des policiers. Jawad Bendaoud a Ă©tĂ© interpellĂ© peu aprĂšs, alors qu'il venait d'expliquer Ă  des journalistes de l'AFP et de BFMTV que l'assaut avait eu lieu chez lui. Par ses dĂ©clarations dĂ©calĂ©es, il Ă©tait devenu la risĂ©e d'un pays sous le choc des attaques les plus meurtriĂšres qu'ait connues la France.

Depuis le 18 novembre 2015, il nie avoir su que les deux hommes faisaient partie des commandos jihadistes. "Je ne savais pas que c'Ă©taient des terroristes", a-t-il martelĂ© lors de son procĂšs qui a dĂ©marrĂ© le 24 janvier. "MĂȘme pour 150.000 euros, je n'aurais pas hĂ©bergĂ© des terroristes".

- 'Dans la case voyou' -

"Je ne suis pas dans la case terroriste, mais dans la case voyou, délinquant, racaille", a renchéri son voisin dans le box, Mohamed Soumah, également jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes". Ce dernier a joué le rÎle d'intermédiaire, en mettant en contact Hasna Aït Boulahcen, qui cherchait une planque pour les deux jihadistes, et Jawad Bendaoud. Le procureur Nicolas Le Bris a été en partie convaincu par les arguments de Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah.

"Il n'y a pas suffisamment d'éléments pour pouvoir affirmer qu'ils connaissaient et savaient que ces deux fuyards avaient participé aux attentats", a dit le procureur. En revanche, "ni Mohamed Soumah ni Jawad Bendaoud ne pouvaient ignorer qu'ils apportaient leur aide à des criminels en fuite", a-t-il ajouté. Quatre ans de prison ferme ont été requis contre ces deux prévenus, pour qui le procureur a demandé un maintien en détention.

Les réquisitions les plus lourdes ont visé le troisiÚme prévenu, Youssef Aït Boulahcen, jugé pour "non-dénonciation de crime". Il est le cousin d'Abdelhamid Abaaoud et le frÚre d'Hasna Aït Boulahcen, qui est morte aux cÎtés des jihadistes dans l'assaut d'une unité d'élite de la police. Le procureur a requis cinq ans de prison avec mandat de dépÎt contre lui. Youssef Aït Boulahcen a cherché à "masquer un projet d'attentat d'Abdelhamid Abaaoud, qui voulait frapper à nouveau", selon le procureur.

Lui a niĂ© ĂȘtre liĂ© au groupe Etat islamique, "cette idĂ©ologie de destruction". "Je respecte scrupuleusement la loi française, je travaille, je paie mes impĂŽts", s'est-il dĂ©fendu. "Oui, Abdelhamid Abaaoud est mon cousin germain, mais ce n'est pas de ma faute". Les avocats des trois prĂ©venus ont demandĂ© la relaxe.
Mais, dans son ultime dĂ©claration dans ce procĂšs, Jawad Bendaoud a lancĂ©: "Je parie Ă  80% que je vais ĂȘtre condamnĂ©. Il y a l'opinion publique, les familles des victimes".

AFP

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