Climat

L'hiver perd le nord en Europe en ce mois de février

  • PubliĂ© le 26 fĂ©vrier 2019 Ă  21:39
  • ActualisĂ© le 27 fĂ©vrier 2019 Ă  06:07
Des gens se promÚnent en barque à Hyde Park dans le centre de Londres, le 24 février 2019

Record de chaleur battu au Royaume-Uni, printemps précoce sur la France ou la Scandinavie mais neige en Turquie et en GrÚce: la météo est sens dessus dessous en Europe en ce mois de février, nouveau signe possible du dérÚglement climatique.

Printemps en Europe de l'Ouest

Le Royaume-Uni a battu coup sur coup lundi et mardi son record de chaleur pour un mois de fĂ©vrier et mĂȘme pour un jour d'hiver. Alors que la barre des 20°C n'avait jusqu'alors pas Ă©tĂ© franchie en cette saison, le mercure a atteint 20,6°C Ă  Trawsgoed (Pays de Galles) lundi puis 21,2°C mardi dans l'ouest de Londres.

"C'est du jamais vu", commente Étienne Kapikian, prĂ©visionniste Ă  MĂ©tĂ©o-France.

Des records mensuels plus localisés ont également été enregistrés ces derniers jours dans de nombreuses localités de plusieurs pays d'Europe de l'Ouest, avec par exemple 25°C à Ourence (Espagne) ou 20,2°C à Uccle prÚs de Bruxelles. Et si ce n'est pas un record français, le mercure atteignait mardi 25,7°C à la pointe de Socoa, dans les Pyrénées-Atlantiques.

Les tempĂ©ratures sont Ă©galement printaniĂšres en Scandinavie, avec un record pour fĂ©vrier battu samedi Ă  Kvikkjokk en SuĂšde (9,1°C) prĂšs du cercle polaire ou encore 17,8°C Ă  Linge en NorvĂšge, selon MĂ©tĂ©o-France. Mais au mĂȘme moment, le thermomĂštre ne dĂ©passait pas les 5°C Ă  Lecce en Italie ou 3°C Ă  Thessalonique en GrĂšce, oĂč il a neigĂ© le week-end dernier, tout comme dans le nord-ouest de la Turquie.

Des flux sud-nord

Cette situation "est liĂ©e Ă  la circulation atmosphĂ©rique qui s'est mise en place ce week-end et qui perdure en ce dĂ©but de semaine", explique Étienne Kapikian Ă  l'AFP, dĂ©crivant des basses pressions sur l'Atlantique et l'est de l'Europe, qui encadrent un puissant anticyclone sur l'Europe de l'Ouest. "Cette succession basses pressions-hautes pressions-basses pressions s'accompagne d'Ă©changes de masses d'air dans des directions nord-sud", ajoute le prĂ©visionniste. Ainsi, sur la façade atlantique, l'air chaud remonte du sud, provoquant les tempĂ©ratures printaniĂšres, et Ă  l'est, l'air froid venu du cercle polaire redescend vers les Balkans et la MĂ©diterranĂ©e centrale, provoquant aussi des "anomalies thermiques" et de la neige.

CÎté est, le froid se calme mais "ça ne se calme pas niveau douceur sur l'Europe de l'Ouest", indique encore Etienne Kapikian, prévoyant d'autres records en France, Royaume-Uni, Bénélux et jusqu'en Scandinavie d'ici mercredi.

Signe du changement climatique ?

"Ce qui nous voyons en Grande-Bretagne, avec plus de 20°C en hiver pour la premiÚre fois, c'est ce qu'on s'attend à voir avec le réchauffement climatique", indique à l'AFP Friederike Otto, chercheuse au Environmental Change Institute d'Oxford. "Le fait que le printemps commence beaucoup plus tÎt est l'un des signes évidents du changement climatique", ajoute-t-elle, n'allant pas jusqu'à lier formellement les deux, sans analyse plus précise.

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, les scientifiques sont rĂ©ticents Ă  attribuer au seul dĂ©rĂšglement climatique la survenue d'un Ă©vĂ©nement mĂ©tĂ©o extrĂȘme quel qu'il soit. Toutefois, de plus en plus de recherches sont conduites pour dĂ©terminer a posteriori si un Ă©vĂ©nement aurait pu se produire dans un monde non soumis au changement climatique causĂ© par les activitĂ©s humaines.

Fin juillet dernier, le World Weather Attribution, rĂ©seau dont le Dr Otto fait partie, avait mĂȘme estimĂ©, ayant lancĂ© des calculs sans attendre la fin de la canicule, que la vague de chaleur exceptionnelle qui touchait l'Europe Ă©tait un "signe sans ambiguĂŻtĂ©" du rĂ©chauffement.

"Nous avons eu un été tardif inhabituel cet automne et maintenant le printemps commence plus tÎt (...). C'est lié au réchauffement de la planÚte qui augmente fortement la probabilité d'une telle chaleur", commente de son cÎté Dim Coumou, du Postdam Institute for Climate Impact Research (PIK).
"On peut penser qu'il est trÚs plaisant d'avoir ce temps si tÎt dans la saison, mais (si ces anomalies) se produisent au milieu de l'été, cela peut avoir des impacts importants sur la société", ajoute-t-il à l'AFP.

Les chercheurs sont plus prudents quant à la responsabilité du changement climatique sur la circulation atmosphérique responsable des températures plus rigoureuses à l'est. "Quand il y a une forte anomalie chaude quelque part, c'est souvent compensé par une anomalie froide", commente Etienne Kapikian.

AFP

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