Coronavirus

L'Institut Pasteur Ă  Paris, sentinelle sous haute protection

  • PubliĂ© le 28 janvier 2020 Ă  21:36
  • ActualisĂ© le 29 janvier 2020 Ă  09:44
Un biologiste Ă  l'Institut Pasteur, Ă  Paris, le 28 janvier 2020

Les autorités sanitaires sont suspendues à son verdict: en quelques jours seulement, l'Institut Pasteur à Paris est devenu la sentinelle de détection du coronavirus chinois, un nouveau venu que le personnel, déjà rodé aux autres virus respiratoires, manipule sous trÚs haute protection.

C'est ici que les trois premiers cas en Europe, des Français revenant de Chine, ont été confirmés vendredi. Quand les courbes positives se sont dessinées sur l'écran d'ordinateur "il y avait une grande excitation car ça validait toute la chaßne, depuis l'infirmiÚre de l'hÎpital qui a fait le prélÚvement sur le patient jusqu'à la fiabilité de notre +test-diagnostic+", confie Vincent Enouf, directeur adjoint du Centre national de référence (CNR) des virus des infections respiratoires de Pasteur.

Le soulagement était d'autant plus fort que ce premier test avait été mis au point en un temps record. "Quelques jours aprÚs les premiers cas, les Chinois ont eu la trÚs bonne idée de faire un séquençage de génome complet" du nouveau virus, raconte-t-il.

Ce séquençage "nouvelle génération" a été rapidement diffusé au sein de la communauté scientifique et publié sur une base de données spécialisée. A partir de cette séquence, les équipes de l'Institut Pasteur ont pu élaborer un test fiable. Chaque jour, l'Institut réceptionne une dizaine de prélÚvements en provenance d'hÎpitaux français, à température ambiante. Il s'agit de prélÚvements "nasaux-pharyngés" (mucus nasal ou de gorge) - comme pour la grippe - effectués sur des patients "suspects".

Les Ă©chantillons ne doivent surtout pas ĂȘtre altĂ©rĂ©s pour Ă©viter de fausser les rĂ©sultats - un faux nĂ©gatif par exemple ferait sortir un patient de l'hĂŽpital alors qu'il est contagieux. Un protocole spĂ©cifique ultra-sĂ©curisĂ© a donc Ă©tĂ© mis en place. Le virus est inoculĂ© sur des cellules inertes. Si le prĂ©lĂšvement s'avĂšre positif, il est communiquĂ© au clinicien et Ă  son patient, puis descendu dans un laboratoire de niveau "P3", le plus haut niveau de sĂ©curitĂ© de Pasteur - le degrĂ© le plus Ă©levĂ© (4) est utilisĂ© pour Ebola mais dans d'autres instituts.

- Combinaison intégrale -

C'est lĂ , sous combinaison intĂ©grale, masque FFP3 (le plus filtrant possible) et lunettes, dans une piĂšce d'oĂč aucune particule ne sort, que le coronavirus est cultivĂ©, dans l'espoir de l'isoler et de l'expertiser. "Comme le virus est vivant et qu'on ne le connaĂźt pas, on protĂšge le personnel de la façon la plus drastique", dĂ©taille Vincent Enouf, prĂ©cisant que ces conditions Ă©taient les mĂȘmes pour le Sras et le sont toujours - trĂšs rarement - pour le Mers.

MĂ©lanie Albert, technicienne supĂ©rieure de laboratoire, se dit totalement sereine: la jeune femme est habituĂ©e aux virus respiratoires, comme la grippe - contre laquelle elle est vaccinĂ©e. Tous les gestes, elle les connaĂźt. "Elle a la main verte", ironise son supĂ©rieur. "C'est trĂšs important de faire appel Ă  des laboratoires qui ont l'habitude de travailler dans des conditions d'urgence : on prend des prĂ©cautions supplĂ©mentaires mais le personnel est complĂštement prĂȘt, il a conscience de ce qu'il fait", se fĂ©licite Vincent Enouf.

Et ces jours-ci, sa petite Ă©quipe de sept personnes est "hyper motivĂ©e, car Ă  partir du moment oĂč l'inconnu est prĂ©sent, ça nous donne envie de savoir", assure-t-il. "Les journĂ©es sont beaucoup plus longues... parce que c'est passionnant", acquiesce, enthousiaste, MĂ©lanie Albert.

Les "suspicions", comme ils les appellent, vont probablement continuer d'arriver dans les jours qui viennent. Et l'Institut Pasteur va diffuser son test aux autres hÎpitaux en France pour pouvoir multiplier les sentinelles et détecter plus de cas - si l'épidémie se diffuse davantage en France, il faudra néanmoins sélectionner les prélÚvements.

L'enjeu pour l'institut de recherche est maintenant de réussir à isoler le virus français, notamment dans un espoir thérapeutique: élaborer un vaccin ou des traitements contre ce virus contre lequel il n'existe à l'heure actuel aucun traitement. Ils espÚrent pouvoir le faire dans la semaine.

AFP

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